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FFF: "Je n'ai rien fait de mal, nulle part, à personne", Le Graët assure n'avoir jamais eu de comportement inapproprié avec les femmes

Poussé à la démission en janvier 2023, Noël Le Graët reste en retrait du quotidien du football français depuis près d'un an. Mais ce mardi, l'ancien président de la FFF a été entendu par des députés dans le cadre de la commission d'enquête concernant les dysfonctionnements au sein de plusieurs fédérations sportives. Ses avocats (qui n'étaient pas présents à ses côtés) avaient préparé le terrain en adressant un courrier aux élus afin de prévenir que l'ancien dirigeant garderait le silence sur certains dossiers. Cela ne l'a pas empêché de rappeler les conditions de la fin de son mandat.

"Je crois que cela a été un lynchage médiatique immérité. Je n'ai rien fait de mal, nulle part, à personne. Mais à un moment je ne supportais plus les articles journaliers. J’ai une famille avec trois enfants d’un certain âge, ce ne sont plus des bébés, et neuf petits-enfants qui ont entre 22 et 30 ans. Et ce n’est pas forcément agréable d’avoir tous les jours dans le journal local ou national des contre-vérités. Je ne m’exprimerai pas longtemps sur ce dossier car mes avocats ont demandé que le rapport d'audit soit annulé et contesté, parce que pour le moment la défense que j’ai présentée c’est que je ne suis au courant de rien. Vous dans cette salle, vous êtes plus au courant que moi. Moi je ne sais pas."

>> L'audition de Noël Le Graët par les députés

Le Graët surpris d'être ciblé par l'audit ministériel

Poussé vers la sortie à la FFF après la publication d'un audit lancé par le ministère des Sports, Noël Le Graët a partagé sa surprise après le rapport des enquêteurs de l'IGESR (Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche). Selon ses mots, celui qui était alors le patron du football français depuis l'après-Knysna n'a pas eu connaissance de tous les faits qui lui sont reprochés et notamment dans le signalement à la justice contre lui depuis le 13 janvier 2023.

"C’est assez drôle parce que j’ai été entendu et je vais en parler en toute liberté", a poursuivi l’ancien patron de la 3F au sujet de l’audit ministériel. "Ensuite j’ai été reçu et on m’a dit que je pouvais partir en vacances tranquille et que le dossier était clos. Je suis rentré chez moi, parti en Martinique comme on en a l’habitude. En arrivant là-bas on m’a dit de revenir à cause d’un fait nouveau. Je n’ai jamais su lequel, je ne sais pas de quoi on me parle. J’ai été mis à l’article 40 donc aujourd’hui je ne peux pas répondre à toutes les questions. On m'a reconvoqué à cause d'un fait nouveau. Mais personne ne m'a détaillé ce que c'était. Je n’ai jamais reçu ni courrier ni rendez-vous de qui que ce soit."

"J'ai mis des femmes à tous les postes"

Quand on lui demande s'il a des faits à rapporter auprès de la commission sur d'éventuels problèmes liés à des agressions ou comportements inappropriés au sein de la FFF, Noël Le Graët se montre clair et dément avoir des "faits à rapporter". Puis l'ancien président de l'instance dirigeante du football tricolore de préciser sa pensée.

"J'ai trop de respect. D'abord j'ai mis des femmes à tous les postes. A la Fédération, ma directrice générale était une femme et je crois que vous allez la recevoir (jeudi). Ma vice-président, Brigitte Henriques, était une femme", a encore enchaîné l'ancien président du club de football de Guingamp.

"J'ai développé le football féminin. J'ai l'habitude de travailler avec des femmes et très franchement je ne me fais aucun reproche sur tout ce qui a été écrit dans le rapport d'audit."

La présidente de la commission a beau lui rappeler qu'il a prêté serment et le Breton a répliqué: "J'ai prêté serment sous réserve que l'on reste dans le cadre des questions que vous devez me poser en-dehors des éventuelles difficultés. Donc je ne répondrai pas."

Le Graët reconnait "peut-être" une blague malheureuse devant Henriques qu'il voyait lui succéder à la FFF

Lors de son audition par les membres de la commission parlementaire, Brigitte Henriques avait dénoncé certains comportements de Noël Le Graët à la FFF et notamment plusieurs blagues d'un goût douteux voire graveleuses. Là encore, le Breton a nié un phénomène répétitif et a dit tout le bien qu'il pensait de son ancienne vice-présidente.

"Brigitte Henriques était l'une des femmes que je préférais à la Fédération, c’était l’une de celles qui travaillait le mieux. J’ai peut-être eu une blague malheureusement, c’est possible mais j'ai un profond respect pour elle", a confié NLG devant les élus où se trouvait notamment Karl Olive, frère aîné de Brigitte Henriques. "J’aurais préféré qu’elle reste à la Fédé parce que si elle était restée, c’est elle qui m’aurait remplacé. Je n'ai rien contre Philippe Diallo, n’y voyez aucune allusion maladroite, mais elle était une vice-présidente de qualité. Cela m'étonnerait qu'elle m'ait critiqué."

Un drôle d'échange sur les comportements inappropriés avec les femmes

Parmi les questions posées à Noël Le Graët, les députés ont abordé l'épineux dossier des limites entre ce qui est autorisé et ce qui ne l'est pas dans les relations hommes-femmes. L'ancien président de la FFF a expliqué qu'il était d'une autre génération, tout simplement, et que les choses avaient évolué. L'occasion d'une séquence verbale étonnante avec une élue.

"Je ne sais pas (ce qu'est un comportement inapproprié). Est-ce que dire à quelqu'un qu'elle a une jolie robe c'est grave? Aujourd'hui, oui. Les temps ont changé. Moi j'ai 82 ans, petit à petit les temps ont changé, ça ne se dit plus", a indiqué le Costarmoricain. "Il faut faire plus attention aujourd’hui qu’il y a quelques années. Et c’est bien."

Quand la présidente de la commission a relancé l’ancien patron du football français sur le fait de savoir si c’est un comportement inapproprié de dire à une femme qu’elle a une jolie robe, Noël Le Graët répond du tac au tac. "Vous trouvez que c’est du harcèlement sexuel de dire ça", a rétorqué l’ex-président de la FFF. "Pour moi non mais pour vous peut-être."

Des silences qui agacent et un mutisme sur les affaires en cours

A l'image des nombreux dossiers précis où Noël Le Graët a assuré ne pas avoir la compétence pour les aborder, l'ancien patron de la Fédération française de football a refusé de répondre à certaines questions. En particulier quand on lui a demandé s'il était approprié de demander à une salariée de porter une jupe lors d’un voyage de travail.

"Je ne réponds pas à cette question. Je n’ai pas à répondre à cette question", a tranché net l’ancien maire de la ville de Guingamp. "Parce que je vous vois venir."

Une manière de rappeler que, s’il s’est présenté seul devant la commission parlementaire, Noël Le Graët a préparé le terrain par un courrier de ses avocats en prévenant qu’il ne parlerait pas des procédures en cours. Après l'audition de l'ex-président de la FFF, la rapporteure de la commission parlementaire a livré sa réaction au micro de RMC Sport.

"Il y a forcément les affaires en cours niveau justice sur lesquelles il n’a pas souhaité répondre mais pour le reste j’ai l’impression qu’il n’était pas informé de grand-chose, qu’il a confié des responsabilités, qu’il a laissé les gens gérer comme ils le souhaitaient", a regretté la députée des Hauts-de-Seine, Sabrina Sebaihi. "Quand on est président d’une fédération comme celle-ci, on est en droit d’attendre de lui qu’il ait un œil et un contrôle de ce qu’il se passe sous sa responsabilité. En l’occurrence ça ne semble pas être le cas."

Article original publié sur RMC Sport