Publicité

TOUT COMPRENDRE - Guerre en Ukraine: la prise de la ville de Bakhmout revendiquée par les Russes

La fin de la bataille de Bakhmout? Samedi, le groupe paramilitaire russe Wagner a revendiqué la prise de la ville de l'est de l'Ukraine, ce qu'a ensuite démenti l'Ukraine. Ce dimanche, le président ukrainien Volodymyr Zelensky entretient le flou sur la prise russe ou non de cette ville. Que sait-on de la situation sur place, où les combats ont débuté en août dernier?

• Qu'affirment les forces russes concernant la ville de Bakhmout?

Le groupe paramilitaire russe Wagner, puis le ministère russe de la Défense assurent samedi avoir "totalement libéré" Bakhmout.

"Le 20 mai 2023, aujourd'hui, à midi, Bakhmout a été prise dans sa totalité", affirme Evguéni Prigojine dans une vidéo diffusée par son service de presse sur Telegram, entouré de ruines.

Dans la soirée, Vladimir Poutine "félicite" le groupe de mercenaires Wagner et l'armée russe pour leur capture revendiquée de la ville ukrainienne, désignée sous le nom d'Artemovsk, son appellation soviétique.

• Que répond de son côté l'Ukraine?

Pourtant, dès samedi, Kiev dément ces affirmations. La vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Maliar, affirme en effet sur Telegram que si la "situation est critique", la ville n'est pas tombée aux mains des Russes. "Nos défenseurs contrôlent certaines installations industrielles et infrastructures de la zone ainsi que dans le secteur privé", jure-t-elle.

Ce dimanche, Volodymyr Zelensky a eu, de son côté, des propos ambigus sur le sujet, en marge du G7 au Japon. Alors que des journalistes lui demandent: "Bakhmout est-elle encore aux mains de l'Ukraine ? Les Russes disent avoir pris Bakhmout", le président répond: "Je ne pense pas", sans qu'il soit clair s'il répond à la première ou à la seconde partie de la question.

"Il n'y a rien dans cet endroit (...) juste des ruines et beaucoup de Russes morts", souligne-t-il.

Il affirme ensuite dimanche que les troupes russes se trouvent bien dans la ville, mais assure qu'elle "n'est pas occupée" en tant que tel par Moscou, sans préciser, encore une fois, ses propos.

• Que sait-on de la situation dans cette ville?

Concrètement, il est difficile d'évaluer la situation sur place, alors que la guerre se poursuit.

"La situation est très confuse", souligne ce dimanche sur notre plateau le général Jérôme Pellistrandi, consultant défense pour BFMTV.

"On peut dire que 98% de la ville est contrôlée par les Russes", estime-t-il cependant. "Mais les forces ukrainiennes ont effectué ces derniers jours des contre-attaques au nord et au sud de la ville et donc vont continuer à harceler les forces russes".

De Bakhmout en tant que tel, il ne reste pas grand chose, comme le montrent plusieurs photos prises par satellite. "La ville est complètement détruite", c'est "un champ de ruines", décrit notre envoyé spécial en Ukraine Jérémie Paire.

• Que représente ce succès revendiqué pour Moscou?

Vladimir Poutine a rapidement salué samedi la victoire revendiquée par le groupe Wagner. Il s'agit d'une "première" et d'une "vraie reconnaissance de la part (du président russe)", souligne ce dimanche sur BFMTV le correspondant à Moscou Paul Gogo. Pour le journaliste, cette prise de parole du président russe apparaît comme "originale", alors que le groupe Wagner ne constitue qu'une milice privée.

Pour autant, la sortie de Vladimir Poutine n'est pas surprenante. Après avoir essuyé de nombreux revers, la prise annoncée de Bakhmout par l'armée russe est "un cadeau" pour Moscou, selon Paul Gogo.

"C'est quelque chose qu'on peut annoncer aux Russes dans cette guerre qui a tendance à durer", développe-t-il. • Pourquoi n'est-ce pas forcément une défaite cruciale pour Kiev?

Plusieurs experts tempèrent cependant l'importance de la prise revendiquée par Moscou. Tout d'abord, le général Jérôme Pellistrandi rappelle la situation de la ville: "les Russes ont libéré un tas de ruines".

Il souligne également que cette bataille a coûté cher aux Russes. Le "bilan (est) au final extrêmement intéressant du côté ukrainien puisqu'on estime que les Russes ont perdu entre 20.000 et 30.000 soldats" depuis le mois de décembre auxquels on peut ajouter les blessés pour atteindre un total de "100.000" soldats russes hors d'état de combattre.

"C'est un chiffre énorme, c'est autant de soldats indisponibles pour défendre les lignes, alors que la contre-offensive ukrainienne se prépare", estime-t-il.

Pour l'analyste géopolitique Ulrich Bonat, il s'agit d'une "victoire à la Pyrrhus de la part des Russes".

Il souligne également que la victoire est plus symbolique que déterminante sur le plan militaire. "Le potentiel intérêt stratégique que pouvait avoir la ville comme tremplin vers d'autres villes du Dombass a complètement disparu avec l'extermination totale de cette ville", analyse-t-il.

• Est-ce que cela va changer quelque chose pour la contre-offensive ukrainienne?

Pour l'ancien aviateur militaire et rédacteur en chef digital de Air et Cosmos Xavier Tytelman, la prise potentielle de Bakhmout ne devrait pas constituer un tournant de la guerre.

"Ce serait très étonnant que les Ukrainiens lancent la contre-offensive du côté de Bakhmout", estime-t-il sur BFMTV.

Il avance une hypothèse en revanche: "C'est l'occasion de fixer les Russes à un endroit. À partir du moment où on continue à avoir des combats intenses autour de Bakhmout, ça permet d'éviter que les Russes puissent se répartir sur le reste du territoire", notamment là où Kiev voudrait lancer une contre-attaque.

Globalement, l'expert militaire estime que le front est stabilisé et que l'avancée potentielle des Russes n'est pas primordiale. "1 seul km² pris sur tout le mois de mars, 5km² sur tout le mois d'avril. À deux rues près, ça ne bouge pas".

Il rappelle par ailleurs que le rapport de force reste à l'avantage des Ukrainiens. "La ville d'Izioum, il a fallu deux mois aux Russes pour la prendre, il a fallu deux jours aux Ukrainiens pour la reprendre"

"(Cette annonce) ne trompe personne, ce n'est pas la capture de ce qu'il reste de Bakhmout qui va changer la guerre. Les Russes sont incapables de trouver une solution stratégique, ils sont dans une impasse", estime notre consultant.

Article original publié sur BFMTV.com