"Beaucoup de beurre dans les épinards", Angoulême assume ses prix élevés pour son 8e tour de Coupe de France contre Bordeaux

Monsieur Triaud, votre club d’Angoulême fait parler de lui en raison des prix pratiqués pour le huitième tour de Coupe de France prévu le 9 décembre contre Bordeaux. Pourquoi ce choix?

Vous parlez sûrement des propos que l’on peut trouver sur les réseaux sociaux. D’ailleurs, il y a quand même une partie des intervenants qui ne critique pas les prix et qui trouve ça génial d’aller voir un match à Angoulême. Notre position à nous, notamment sur les prix les plus contestés c’est-à-dire 40 euros pour une place dans la grande tribune, est très simple. Aujourd’hui, il ne nous reste plus que 250 places à vendre. C’est en partie lié au cahier des charges de la FFF qui nous impose d’enlever une marge de sécurité sur chaque possibilité d’accueil (pourtour, petite et grande tribunes) et donc de ne pas vendre certains billets.

On est aussi tributaires des invitations pour les partenaires de la FFF, on a un lot d’invitations à fournir. Et une fois que l’on a fait passer nos abonnés et nos partenaires en prioritaire, il ne reste que 250 places à vendre dans la grande tribune donc sur les places à 40 euros. Sur les places à 25 euros en petite tribune, ce n’est pas là-dessus que cela râlait, ce sont surtout les billets à 40 euros.

Le deuxième sujet, c’est que l’on voit que le match a été mis en caractère très sensible par la FFF. Donc on ne sait pas ce qu’il va se passer après, mais vraisemblablement le dispositif de sécurité va être hors-norme, il va être imposé et il va être assumé par nos soins. On souhaite que les ultras et les supporteurs bordelais viennent au stade. Tout ce dispositif de sécurité globale a un coût très élevé parce qu’on n’est pas habitués à recevoir 5000 personnes. Et comme vous le savez, le club est responsable de l’organisation de ce match et doit mettre en place un dispositif hors-norme.

Avez-vous fait chiffrer ce dispositif de sécurité?

On est en train. On attend de savoir combien de Bordelais on va accueillir. On attend de savoir ce que la FFF et la préfecture vont nous imposer comme dispositif. On va l’estimer et clairement, c’est très lourd. On aura les chiffres définitifs quand on connaîtra exactement le cahier des charges imposés.

Le troisième point, c’est que nous avons nous-mêmes baissé la jauge du stade Lebon. Aujourd’hui nous avons sur le papier une capacité de 7500 spectateurs. J’ai pris la décision, et via un vote unanime de notre comité directeur réuni lundi, de baisser la jauge à 5000 personnes.

"Un événement avec un caractère qui est exceptionnel et rare"

Un abaissement de la jauge pour des questions de sécurité?

Oui parce qu’aujourd’hui, le stade avec 7500 personnes, c’est quand on avait reçu Guingamp à l’époque (en 2003, ndlr). Le stade était bondé, les gens étaient les uns sur les autres. Moi, il est hors de question que je prenne le moindre risque avec la sécurité des gens que l’on va accueillir pour cette fête qui doit être une grande fête. On était tous d’accord et on a abaissé cette jauge à 5000 spectateurs donc on aura forcément une baisse de revenus.

Le choix économique reste un aspect important d’un club comme le vôtre?

Il ne faut pas oublier qui nous sommes. Nous sommes un club structuré et développé. Aujourd’hui, le club d’Angoulême c’est 41 salariés. Aujourd’hui le budget d’Angoulême, c’est 1,75 million d’euros. Et nous assurons 90% de ce budget avec des revenus privés. Alors, s’il faut le dire pour éviter tout malentendu: nous sommes dans une vraie démarche mercantile. On ne souhaite pas que les collectivités territoriales assument notre train de vie. On n’a jamais fait ça depuis près de 15 ans que je suis président du club d’Angoulême. Donc on assume, aujourd’hui, que oui nous sommes dans une démarche mercantile. Mais qui est liée à la sécurité, qui est liée à notre envie d’accueillir les gens correctement et de proposer quelque chose de paisible et serein. Pour moi, on a besoin de ça dans le foot et on ne va pas pousser à 7500 places pour faire de l’argent. On a une jauge à 5000 et on attend de voir si c’est suffisant avec les autorités comme la FFF et la préfecture.

A vos yeux, la réception de Bordeaux constitue quand même un match spécial...

Pour nous, on ne commercialise pas un match sur ce samedi-là. Nous, la manière dont on le perçoit, c’est que l’on commercialise un événement avec un caractère qui est exceptionnel et qui est rare. Exceptionnel parce que ça fait plus 50 ans que les Girondins ne sont pas venus dans notre stade en compétition. C’était en 1971 avec une victoire d’Angoulême trois à zéro avec un doublé de Jacques Castellan. C’était il y a 60 ans, ce truc (52 ans, ndlr). Un, c’est exceptionnel et donc il faudrait que tout le monde l’entende. Deux, on a une rareté car on a 5000 places et dedans il y a les invitations et les places payantes. Alors qu’à côté de ça, on a 300.000 à 330.000 Charentais. Tous ces éléments-là ont été débattus en comité directeur lundi, on a voté à l’unanimité sauf un membre qui a dit qu’il trouvait que c’était un petit peu cher. Donc voilà, on est dans une démarche construite, réfléchie et dans notre cadre à nous. Et on espère que le spectacle sera de qualité.

"On ne va pas vendre notre mère pour gagner 50 euros de plus"

L'incertitude autour de la bataille pour le maintien en National 2 (Angoulême est premier non relégable) vous pousse-t-elle à sécuriser une rentrée d'argent avant une potentielle relégation?

Non! Cela n’a aucun rapport. Aucun rapport car pour moi aujourd’hui, les coups durs… Vous savez, les clubs ont des budgets à gérer. Cela fait 15 ans que l’on existe et on n’a jamais débordé. On fait attention. Le président et les associés, quand il y a besoin, ils sont là. On n'a aucun problème là-dessus. On n'a aucune inquiétude de ce côté-là. Cela n’a pas du tout compté. En championnat, on ne va pas se dire dès aujourd’hui que l’on va descendre de National 2. On est à un point de tout le monde. Cela n’a eu aucune incidence sur notre discussion et sur la décision du comité directeur.

Avez-vous songé à recevoir Bordeaux dans un stade plus grand, pour potentiellement augmenter vos recettes billetterie? Qu’est-ce qui vous a poussé à ne pas le faire?

Vous savez on est des Charentais et on a coutume de dire que l’on va sans doute y mourir. On est impliqués sur notre territoire et on aime notre territoire. Il ne nous paraissait pas pensable d’organiser cet événement ailleurs qu’à Angoulême et de ne pas faire bénéficier à l’ensemble des Charentais de la possibilité de venir partager ce moment-là avec nous et d’en profiter. Il n’y a même pas eu d’autre question. On aurait eu une interdiction de notre stade, on serait allé ailleurs. Peut-être que l’on aurait pu faire plus d’argent ailleurs, puisque l’on a dit que nous étions dans une démarche mercantile, mais on essaye d’être équilibrés dans ce qu’on fait.

Ce n’est pas uniquement l’argent qui a guidé notre démarche. Ma démarche est de structurer le club, de le solidifier, de le sécuriser financièrement et dans la sécurisation des employés au club car on a un pôle formation assez important. Après on ne fait pas n’importe quoi, on ne va pas vendre notre mère pour gagner 50 euros de plus. On n’est pas du tout comme ça à Angoulême, on travaille sur le long terme et on construit. Sans trahir ce qui s’est dit pendant le comité directeur, on était tous d’accord pour créer cet événement-là à Angoulême et que l’on travaille pour proposer à toute la Charente. Donc il n’y a pas eu l’ombre d’un doute sur le fait que cela soit à Angoulême.

"C’est quand même beaucoup de beurre dans les épinards"

Toujours sur l’aspect financier, la tradition veut que les clubs de Ligue 1 ou Ligue 2 reversent leur part de la recette au club amateur. Avez-vous déjà échangé avec Bordeaux là-dessus? Est-ce qu’il y a une crainte que la politique tarifaire du club puisse influer sur la décision des Girondins?

Je ne sais pas. Je suis, entre guillemets, maître chez moi et eux chez eux. On n’a pas parlé de ça. Mais dans l’idée aussi, quand vous recevez les Girondins il y a bien sûr le côté image mais il y a aussi tout ce qui va avec. Et aujourd’hui nous avons anticipé des frais de sécurité très importants. On a déjà l’expérience quand on avait reçu Strasbourg il y a trois ans. Cela coûte un bras tout ça quand il faut parquer les supporteurs. Il y a un cahier des charges qui est strict, il faut qu’ils soient encadrés par les forces de l’ordre. C’est tout ça qui coûte cher. On n’a pas parlé de ça avec eux et on verra s’ils restent dans la tradition ou pas. Ce sera à eux de décider.

Justement, avez-vous déjà fait des estimations sur le coût d’organisation du match et sur les recettes envisagées? Est-ce que vous avez déjà un ordre de grandeur en tête?

C’est un peu tôt encore pour le dire car on est en train de faire le tour des partenaires. Pour construire un budget de revenus, il y a les entrées, éventuellement les services de VIP traiteur et éventuellement un peu de visibilité. On n'est qu’au démarrage mais vraisemblablement, c’est quand même beaucoup de beurre dans les épinards si je peux le dire comme ça. Je pourrai dire ce qu’il reste à la fin mais on n’a pas encore tout le cahier des charges et notamment avec le classement à risque du match. Le dispositif élevé sera à la charge du club. Contre Strasbourg, il me semble que c’était autour de 25.000 ou 30.000 euros et cela va vite. C’est très compliqué.

Et puis, est-ce-que les partenaires vont prendre de la visibilité? Ce sont des budgets qui peuvent être significatifs. Est-ce que les collectivités vont nous accompagner aussi sur certains sujets? Je ne sais pas. On va dire qu’on a estimé autour de 80.000 ou 100.000 euros de recettes. On espère ça pour être droit dans nos bottes et pouvoir dire qu’on a gagné un peu de sous en ayant fait ces prix.

Que répondez-vous à ceux qui vous critiquent sur ce choix tarifaire? Notamment sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes assurent que ce n'est pas dans l'esprit de la Coupe de France?

Dans le comité directeur, on a beaucoup parlé de la possible perception des gens à l’extérieur. Aujourd’hui, je regarde plutôt les gens qui nous accompagnent et nous disent que c’est chouette parce qu’on propose plusieurs niveaux de prix et que tout le monde peut s’y retrouver. Moi je regarde mon club, il n’y a que ça qui m’intéresse. Et aussi le fait de le faire revenir un jour à un niveau plus haut que la N2, où il fait bon vivre et où les enfants sont bien formés.

Moi j’ai besoin de quelque chose de serein et de sécurisé pour l’ensemble des parties prenantes du club. Que des gens disent que c’est trop cher, je ne les juge pas. Je ne juge pas ce qu’ils font à côté et où ils mettent leur argent. Chacun fait comme il veut donc je ne juge pas. J’ai aussi eu beaucoup d’appels de gens pour me dire que c’était top ce que l’on a fait car c’est aussi un moment pour que le club soit reconnu et qu’il ait un petit retour au niveau financier. Honnêtement, je suis toujours tourné vers le positif. Et même en disant tout cela, je suis sûr que des personnes ne seront pas d’accord avec cette vision. Mais j’ai été élu président par un comité directeur, lui-même élu par une assemblée générale donc j’ai la légitimité de porter le projet du comité directeur au mieux.

Article original publié sur RMC Sport