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Alain Delon, le sans-famille

Alain Delon à Douchy, le 31 octobre 2022. - Credit:
Alain Delon à Douchy, le 31 octobre 2022. - Credit:

Je me souviens d'une conversation au téléphone avec Alain Delon, il était assis à l'arrière d'une voiture, un chauffeur le conduisait à son domaine de Douchy dans le Loiret. Nous avions un peu parlé des « cons », pas mal de cinéma, beaucoup de la beauté de sa mère, Édith. La discussion s'était close sur ces mots sidérants : « Parisis, vous avez mon numéro. Vous le gardez pour vous. Et si on vous emmerde, n'hésitez pas : appelez-moi. » J'avais raccroché, perplexe, mais rasséréné.

À 83 ans, il parlait encore comme dans ses films, comme un samouraï, un gitan, un flic, un truand, un ami. Il ne changerait jamais, il avait toujours vécu ses rôles. C'était quelque temps avant sa Palme d'or d'honneur en mai 2019. Ensuite, rétabli d'un accident vasculaire cérébral, Delon avait encore un peu parlé aux uns, aux autres, avant que la faiblesse ne le bâillonne. Depuis, d'autres ont parlé pour lui, ses enfants, de rares proches, des avocats. Quand on parle pour Delon, ce n'est jamais bon signe. Résultat, du rififi entre héritiers, un nanar sur fond d'hypothétique compagne, d'abus divers, de traitements médicaux à poursuivre ici ou là. Rien de neuf sous le soleil noir delonien. De l'annonce à la télé de sa rupture avec sa femme Nathalie en 1967 aux embrouilles commerciales avec son fils aîné Anthony dans les années 1980, en passant par le triste sort d'Ari Boulogne qui lui réclama en vain un test de paternité, l'acteur aura empilé les psychodrames familiaux comme une fatal [...] Lire la suite