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Sonia Rolland dans la Face Katché : “Au lendemain de mon élection, j’ai reçu 2700 lettres d’insultes et de menaces de mort”

Mannequin, comédienne et réalisatrice, Sonia Rolland s’est fait connaître du grand public en revêtant l’écharpe de Miss France, en 2000. Invitée par Manu Katché dans son émission "La Face Katché", elle est revenue sur son enfance marquée par le génocide au Rwanda, sur le racisme dont elle a été victime mais également sur son couronnement.

Légende de la batterie et juré emblématique de "Nouvelle Star", Manu Katché joue avec les plus grands (Sting, Peter Gabriel, Jonasz, Cabrel, Youssou N'dour, Souchon, etc.). Pour Yahoo, et en exclusivité dans la "Face Katché", il a voulu partir à la rencontre de personnalités issues de la diversité, célèbres ou anonymes. Leurs histoires, bouleversantes, inspirantes, leurs parcours de vie : ils se livrent au plus célèbre batteur de France.

Elle est belle, médiatisée et pleine de projets. Et si tout semble lui sourire, tout n’a pas toujours été rose pour Sonia Rolland. La belle brune de 42 ans, sacrée Miss France en l’an 2000, est récemment revenue sur son parcours de vie au travers d’une fiction autobiographique intitulée “Un destin inattendu”. Un parcours, ponctué de hauts et de bas, dont elle garde encore aujourd’hui de douloureux souvenirs. Invitée par Manu Katché dans son émission "La Face Katché", sur Yahoo, elle a accepté de se livrer sur sa vie, revenant notamment sur son enfance marquée par le génocide au Rwanda (Retrouvez l'intégralité de l'interview en fin d'article).

“On apprend qu’il y a 1000 morts, 2000, 10 000 puis un million en 100 jours"

Comme elle l’explique, elle naît à Kigali, d'un père français et d'une mère rwandaise. À ses neuf ans, la tension est vive dans le pays, le génécide des Tutsis démarre. “On apprend qu’il y a 1000 morts, 2000, 10 000 puis un million en 100 jours. Ma mère prend alors la mesure de la situation, du danger”, se remémore-t-elle tout en expliquant avoir vécu des moments compliqués. L’école s’arrête alors et la population vit le couvre-feu et l’embargo. “Nous n’avions pas le droit de dormir sur les lits. C’étaient les mesures de sécurité donc nous dormions en-dessous pour nous protéger d’un éventuel effondrement”. Face à cette réalité, Sonia tente avec son frère de se créer un imaginaire, une bulle, comme pour s’évader le temps de quelques instants.

“Lorsque l’on regardait par la fenêtre, la nuit, les balles sifflaient et nous, on s’imaginait que c’était un feu d’artifice”, confie-t-elle, expliquant avoir toujours eu besoin de rassurer son frère. “Les traumas sont venus bien après”. Le père de Sonia tente alors d’installer sa famille au Burundi, un pays limitrophe, mais les violences sont trop fortes. Ils doivent fuir et finissent par s’installer en France, à Cluny en 1995, dans la cité du Fouettin.

"Les voisins se demandaient qui étaient ces Africains qui débarquaient"

Après avoir vécu la guerre, Sonia et sa famille doivent alors se confronter au racisme. Le voisinage ne voit pas forcément d'un bon oeil leur arrivée et se demande “qui sont ces Africains qui débarquent”. “On est la seule famille de Noirs de toute la ville de Cluny, ça devient très compliqué”, se souvient-elle. Forte de nombreux diplômes, sa mère tente alors de trouver un travail à la hauteur de ses compétences afin de subvenir à leurs besoins. Mais victime de discrimination, rien ne se passe.

Au collège, le ressenti est le même. Le racisme et la discrimination sociale fait partie de son quotidien mais Sonia ne l'accepte pas. Elle ne veut pas d’une vie où la peur la submerge. Son tempérament bien trempé lui assure donc de ne pas se laisser marcher sur les pieds. “Comme je ne savais pas exprimer les choses à ce moment-là, je les exprimais souvent par les poings. Je n’arrêtais pas de me bagarrer”. Très en colère, Sonia n’a plus l’envie de se rendre à l’école et s’en détache peu. “Ça a été des années très difficiles. Je n'aimais plus l'école, je n'aimais plus ce que ça représentait”.

"Je ne vois pas en quoi je représente la Bourgogne"

Finalement, sa vie bascule alors qu’elle se trouve sur un terrain de basket. Un recruteur de Miss s’y trouve et lui propose de se présenter à la présélection de Miss Bourgogne. Pour elle, c’est l'incompréhension. Surprise de cette proposition, Sonia pense tout d’abord à une mauvaise blague. “Vous devez être daltonien parce que je ne vois pas en quoi je représente la Bourgogne”, lui rétorque-t-elle tout en confiant n’avoir pas du tout l’allure d’une miss.

Encouragée par son père, pour qui cette élection devient une obsession, Sonia décide alors de se lancer à cœur perdu dans cette aventure. “Contre toute attente, ça marche et je vois que tout mon voisinage se met à y croire. Tout le monde me pousse”, explique-t-elle, encore sous le coup de l’émotion. “Ces mêmes personnes qui avaient une sorte de défiance à notre égard, sont les mêmes qui ont mis la main à la poche. Ils ont tous collecté de l'argent pour m'envoyer à Miss France”.

Mais faute d’énormément de moyens, Sonia est contrainte de faire ses achats avec les moyens du bord. “Je n’avais pas assez pour m’offrir une très belle robe pour l’élection de Miss Bourgogne. Donc je suis allée en acheter une chez Auchan, la plus basique. Et je peux me targuer d’avoir gagné avec seulement 150 francs de robe”. Quelques semaines plus tard, lorsqu’elle remporte Miss France, l’euphorie gagne sa communauté. “C’était dingue. Toute la cité était là. Ils avaient investi tous les gradins et faisaient tellement de boucan que les gens n’avaient pas d’autre choix que de voter pour moi”, en rigole-t-elle encore.

"Les racistes n’étaient pas crédibles dans notre société. Ils étaient ridiculisés"

Mais très vite, la jeune femme, qui devient la première miss d’origine Africaine, déchante. Au lendemain de son sacre, elle reçoit exactement 2 700 lettres d’insultes et de menaces de mort. Soutenue par Madame de Fontenay, elle finit par porter plainte mais refuse de faire un communiqué à l’AFP, comme le lui suggère la dame au chapeau. “Les racistes n’étaient pas crédibles dans notre société. Ils étaient ridiculisés, on les regardait comme des pauvres gens arriérés. Donc leur offrir une tribune, ce n'était pas possible parce que c'était insulter finalement tous les gens qui m'avaient élue et tous les gens qui étaient heureux de me voir les représenter”.

C’est dans ces instants qu’elle se souvient d’une phrase de sa mère, qui lui fait écho : “On ne naît pas raciste, on le devient”. Elle décide donc d’aller à la rencontre de tous ces gens qui ont une certaine défiance à son égard et de les éduquer. Elle devient alors l’étendard d’un nouveau discours politique, le même que celui de Madame de Fontenay. Les deux ont le même objectif, se battre contre la montée de l'extrême-droite.

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Sonia Rolland :