Quelle que soit la langue, les jurons se ressemblent sur un point, selon une étude

Un dictionnaire présenté à l'Académie française. (Photo d'illustration) - Académie française
Un dictionnaire présenté à l'Académie française. (Photo d'illustration) - Académie française

De l'universalité dans l'injure. Dans plusieurs langues différentes, les sons qui composent les mots grossiers se ressemblent, selon une étude publiée mardi dans la revue Psychonomic Bulletin & Review. Les auteurs ont commencé par étudier, de manière statistique, la récurrence de certains sons dans les jurons de plusieurs langues.

"Dans un premier temps, nous avons recueilli des jurons dans différentes langues (par exemple, l'hébreu, l'hindi, le hongrois) et avons comparé les sons des jurons aux sons d'autres mots dans ces langues", détaille sur Twitter Shiri Lev-Ari, psychologue spécialiste du langage et co-autrice de l'étude.

"Nous avons constaté que les approximantes (par exemple, [l], [w], [r], [y]) sont particulièrement absents", souligne-t-elle.

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Une approximante, ou consonne spirante, est une consonne réalisée de telle sorte que l'articulateur se rapproche du lieu d'articulation, mais sans que le conduit vocal soit suffisamment rétréci pour donner lieu à un bruit de friction (par exemple [w] dans "ouate" [wat]).

Le son et le sens des mots

Les auteurs de l'étude ont voulu confirmer cette observation. Ils ont donc confronté 215 personnes ayant diverses langues maternelles (arabe, chinois, finlandais, français, allemand et espagnol) à des mots inventés, leur demandant d'estimer si ces mots étaient des jurons ou non.

La conclusion est claire: selon l'étude, un mot a plus de chances de ne pas être vu comme un juron s'il comporte des consonnes spirantes comme [l], [w], [r], [y] en anglais.

Enfin, l'étude a testé la possibilité que l'introduction de ces sons dans des jurons les rendent moins grossiers à l'oreille. En anglais par exemple, dire "darn" au lieu de "damn" est considéré moins grossier - ces mots signifient "extrêmement".

Les psychologues ayant mené l'étude ont donc fait une liste de 67 jurons euphémisés en anglais. Ils ont ensuite compté le nombre d'occurences d'approximantes pour ces mots "aseptisés" et les ont comparé avec le "vrai" juron. Par exemple, en anglais, "friggin" est la version atténuée de "fucking", et contrairement au mot original, il contient le son "r".

Shiri Lev-Ari note que "les versions aseptisées comportent beaucoup plus d'approximantes que les jurons originaux".

Selon la psychologue, l'étude démontre qu'il "existe une relation entre les sons et la signification des mots". C'est le concept du symbolisme phonétique, "plus répandu" qu'on ne le pense.

Article original publié sur BFMTV.com