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Qui est Sofiane Pamart, "le pianiste des rappeurs"?

Pianiste virtuose, Sofiane Pamart séduit tout autant le monde de la musique classique que du hip-hop. - Julien de Rosa - AFP
Pianiste virtuose, Sofiane Pamart séduit tout autant le monde de la musique classique que du hip-hop. - Julien de Rosa - AFP

Une baskets dans le rap et l'autre dans le monde du classique, Sofiane Pamart est aujourd'hui l'un des dix artistes classiques les plus streamés du monde, comptabilisant 200 millions d'écoutes sur les plateformes.

Ce pianiste élevé aux standards classiques du conservatoire a grandi dans l'ombre des rappeurs, jusqu'à ce qu'il prenne son envol en solo avec deux albums et se propulse sous les projecteurs d'une tournée, dont les "shows" au laser font salle comble.

En moins de cinq ans, celui qui s'autoprocalme "Piano King" par autodérision sur les réseaux sociaux aura réussi à réaliser son rêve: devenir le numéro un incontestable du piano français.

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Les débuts d'un prodige

L'histoire d'amour entre Sofiane Pamart et le piano commence très tôt. Si ses parents ne sont pas musiciens, ils se rendent néanmoins compte que leur fils a une bonne oreille et lui offrent un clavier en plastique pour enfants.

"Sur ce jouet à douze touches, je reproduisais des mélodies que j'entendais à la télé", confie Sofiane Pamart lors d'une interview à l'AFP, en marge d'un récital à Toulouse, avant Luxembourg, Lyon, Madrid, Berlin...

Voyant que le talent de son fils s'affine de jour en jour, sa mère décide de l'inscrire au Conservatoire de Lille, à l'âge de six ans. Le jeune pianiste en sortira quinze ans plus tard, médaillé d'or. Selon Philippe Cannesse, son professeur de piano de l'époque, il y eu pendant cette période un "déclic" chez son élève:

"La direction m’avait confié une mission: ouvrir le piano classique à d’autres choses. On a acheté des pianos numériques avec des arrangements incorporés et il a été l’un des seuls à s’y intéresser, avec son frère Adam. Ça l’a projeté dans un univers différent de Chopin, dans lequel il était brillant aussi, mais on sentait bien qu’être enfermé dans un cadre un peu rigide lui pesait", confie le professeur interrogé par à La Voix du Nord.

Lors de ces années au conservatoire Sofiane Pamart fait ses "armes pianistiques". Avec Chopin, Beethoven, Mozart, "j'ai découvert un monde qui a fini par me passionner et m'a complètement transformé", affirme-t-il à l'AFP.

Un pianiste à l'esprit libre

Sorti du conservatoire, le pianiste "désapprend pour se sentir libre". "La carrière de virtuose classique ne m'intéressait pas parce que je rêvais de la vie de rappeur extrême, avec des moments de grâce, de vertige", indique-t-il.

Emmitouflé dans un sweat-shirt en peluche blanche, d'où scintille une épaisse chaîne en argent, il cache son regard sous un bob en vinyle noir et de grandes lunettes à verres jaunes.

Sa tenue est à l'image de sa farouche volonté de ne "rentrer dans aucune case": d'élégants boots chelsea ajoutent une note décalée, comme les longs kimonos de soie rapportés du Japon et qu'il revêt sur scène.

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"Quand je suis à mon piano, ils me couvrent le dos, je me sens protégé", explique ce musicien de 31 ans qui attribue son autre passion, les voyages, à ses ascendances nomades et à une enfance au contact des cultures du monde.

"Ma mère enseigne le français au collège, et à des étrangers, avec mon père qui dirige un centre spécialisé. Petit, je (les) accompagnais à leur taf et plein de cultures venaient à moi", dit-il, évoquant ces "Coréens, Zimbabwéens, Afghans, etc." qui ont élargi son horizon.

"J'ai la chance de m'épanouir au piano. Mais je n'oublie jamais que le destin de ma famille en France a commencé sous terre grâce à mon grand-père berbère venu du Maroc travailler dans les mines du Nord", confie le musicien.

Du classique au rap français

Sofiane Pamart grandit entre ses "potes, la rue, le conservatoire" et un oncle "avec toute l'attitude de la street culture, des sapes incroyables", qui l'initie au hip hop.

"Tous ces grands, j'avais envie de leur ressembler. C'est comme ça que s'est développée mon histoire d'amour avec le rap", assure-t-il.

Pour parvenir à ses fins, il monte d'abord un groupe dans lequel il croise rap et classique. Il poursuit ensuite ce mélange dans un projet nommé En Résidence. Le concept: une série de vidéos publiée sur YouTube dans laquelle il accompagne en live acoustique des grands noms du rap français. Kery James, Seth Gueko, les Psy 4 de la rime, Nekfeu, Médine, Vicelow, Fababy, Swift Guad, Sadek, Gaël Faye, Guizmo, Mokless, Grand Corps Malade ou encore Scylla sont autant de MC de renom qui se sont prêtés à l'exercice.

Parmi ces collaborations prestigieuses, Sofiane Pamart va particulièrement tisser des liens avec Médine. Le rappeur havrais va lui offrir la première partie de ses concerts et signera avec le pianiste, une version accoustique de son morceau Bataclan, clippée au cœur même de la salle parisienne.

Par la suite il compose et joue avec SCH, Maes, Vald, Scylla, JoeyStarr, des artistes grâce auxquels le pianiste décroche ses premières reconnaissances commerciales: il obtient deux singles d'or pour son travail sur les titres Matin de Koba LaD et Journal Perso II de Vald.

En parallèle, Sofiane Pamart fait aussi profiter de son talent des artistes hors rap tels que Arno, Kimberose ou Bon Entendeur... Puis il se lance en solo avec un premier album Planet en 2019 puis un second en février dernier intitulé Letter, lettre d'amour à son public.

De Pleyel à Bercy

Cette année, Sofiane Pamart enchaîne les dates, en solo pour accompagner la sortie de son dernier projet. Désireux de "spectacles qui embrassent plusieurs genres", le pianiste parle de "shows" plutôt que de concerts et veut "faire voyager intensément les gens".

Dans une ambiance futuriste, une voix d'aéroport invite à "partir pour une aventure émotionnelle". Des tubes néons bleus, violets, orangés cernent le piano. En fond de scène, son portrait détouré. Les yeux au laser balaient un public qui l'ovationne entre chaque morceau.

"C'est comme s'il nous racontait une histoire. Il arrive à rendre le piano accessible à tout le monde", s'enthousiasme Emile Metrat, 20 ans, étudiant, parmi les 1.200 spectateurs de tous âges du récital toulousain.

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Aux critiques lui reprochant un style consensuel, le pianiste répond qu'il "aime les mélodies simples" et celles "qui ont du feu en elles" tels le tango, le flamenco. "Je ne veux pas que ma musique soit savante. Je veux surtout toucher les cœurs", assure-t-il.

Sofiane Pamart ne cache pas non plus son bonheur de remplir des lieux "très intimistes" mais aussi la prestigieuse salle Pleyel "qui le faisait rêver".

Point d'orgue de sa tournée: Bercy et ses 15.000 places à Paris, où sont passés The Who, Daft Punk, Lady Gaga... En novembre prochain, il sera le premier pianiste à y jouer en solo.

Article original publié sur BFMTV.com