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Simone Veil « contre » l’inscription de l’IVG dans la Constitution ? Ce n’est pas si simple que ça

Simone Veil à la tribune de l’Assemblée nationale le 26 novembre 1974.
AFP Simone Veil à la tribune de l’Assemblée nationale le 26 novembre 1974.

AVORTEMENT - Simone Veil se serait-elle opposée à l’inscription de l’IVG dans la Constitution ? On ne le saura jamais vraiment. Mais si la femme d’État avait choisi de ne pas commenter l’évolution de la loi sur l’avortement au fil des années, le débat autour de l’inscription de l’IVG dans la Constitution pousse des politiques de tous bords à la faire parler post-mortem.

Simone Veil se remémore les critiques sur sa loi IVG dans un témoignage inédit

« Simone Veil elle-même était contre l’inscription de l’IVG dans la Constitution », a ainsi affirmé Olivier Marleix, président des Républicains à l’Assemblée nationale, ce mercredi 24 janvier sur LCI. Alors que l’Assemblée s’apprête à nouveau à débattre de l’inscription de l’IVG dans la Constitution et que le président du Sénat Gérard Larcher s’y est dit opposé, de nombreuses voix à droite estiment que Simone Veil « se retournerait dans sa tombe » à cette idée.

Leur argument ? Le discours prononcé en 1974 à l’Assemblée nationale par celle qui était alors ministre de la Santé et défendait la légalisation de l’avortement. « Cette loi prévoyait un équilibre, entre la liberté de la femme à procéder à une IVG, mais aussi le respect de la vie de l’enfant à naître », développe Olivier Marleix, qui affirme relire l’allocution de Simone Veil chaque année. « C’est l’un des discours les plus intelligents qu’on ait prononcés à l’Assemblée nationale, dont le but était de maintenir cet équilibre », souligne-t-il, craignant que l’introduction de l’IVG dans la Constitution ne vienne le « casser ».

Du côté de ceux qui sont pour son entrée dans la Constitution, on invoque aussi Simone Veil. À l’image de la nouvelle ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, Catherine Vautrin, lors de sa prise de fonction le 12 janvier dernier. « En entrant ici, je veux immédiatement rendre hommage à l’une de mes prédécesseures (...), Simone Veil », au moment « où son texte fondateur doit être gravé dans le marbre de notre Constitution », déclarait alors la ministre, qui soutient la position du Président de la République sur le sujet.

« L’avortement doit rester l’exception »

Mais revenons au discours lui-même, qui s’inscrit dans un contexte. À la tribune de l’Assemblée nationale ce 26 novembre 1974, Simone Veil défend le projet de loi sur l’IVG, devant un hémicycle composé à 95 % d’hommes. Elle prononce alors ces mots, repris aujourd’hui par ceux qui s’opposent à son inscription dans la Constitution : « Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. » Une exception qui serait en contradiction avec son inscription dans la Constitution ?

Chacun y va de son interprétation. Mais la suite de son discours renseigne sur ce qu’elle entend par « exception ». Elle ajoute ainsi : « Mais comment tolérer [l’avortement] sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme - je m’excuse de le faire devant cette assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. »

À l’époque, le sujet de l’inscription dans la Constitution n’est bien sûr pas à l’ordre du jour. 300 000 avortements clandestins sont alors pratiqués chaque année sur le territoire français. La loi Veil répond avant tout à une urgence sanitaire. « Personne ne peut éprouver une satisfaction profonde à défendre un tel texte – le meilleur possible à mon avis – sur un tel sujet : personne n’a jamais contesté, et le ministre de la Santé moins que quiconque, que l’avortement soit un échec quand il n’est pas un drame, dit encore Simone Veil. Mais nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays, bafouent nos lois et qui humilient ou traumatisent celles qui y ont recours. »

« Elle redoutait une instrumentalisation de ses propos »

Ce rappel de Simone Veil contredit l’idée parfois brandie à droite et à l’extrême droite qu’il existerait des avortements dits « de confort » et que sa loi pourrait les encourager.

Quant à savoir ce que pensait Simone Veil de l’évolution de sa loi, elle ne s’est jamais exprimée ensuite sur le sujet. En 1982, l’interruption volontaire de grossesse est remboursée par la sécurité sociale avec la loi Roudy. Onze ans plus tard, le délit d’entrave à l’IVG est créé. La loi du 2 mars 2022 a porté à 14 semaines le délai de recours à l’IVG.

Son petit-fils Aurélien Veil, cité dans cet article de La Croix, avait été interrogé sur la question par la revue jésuite Études, en novembre 2018 : « Je sais qu’elle pensait qu’il s’agissait d’une loi grave, et qu’il fallait la faire évoluer avec la gravité qui s’y attachait ». « Je pense qu’elle était circonspecte face à certaines évolutions, sans avoir des éléments tangibles pour l’affirmer. Je crois qu’elle redoutait toute forme d’instrumentalisation de ses propos, ajoutait-il. Aussi, elle a fait le choix de se taire. » Un choix du silence que certains devraient peut-être respecter.

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