Shutter Island sur Netflix : pourquoi la fin était prévisible

Caroline Langlois

Comme tout bon film à twist qui se respecte, Shutter Island (disponible dès aujourd'hui sur Netflix) recèle de nombreuses subtilités invisibles à l'oeil nu pour qui ignore encore son dénouement. Le genre d'éléments qui font davantage sens lors d'un deuxième voire d'un troisième visionnage, pour les moins perspicaces.

Les indices

Martin Scorsese et sa scénariste Laeta Kalogridis ont volontairement glissé des erreurs visuelles et scénaristiques tout au long du film, lesquelles témoignent de l'instabilité psychologique de son héros Teddy Daniels (Leonardo DiCaprio). Par exemple, le verre d'eau d'une patiente disparaît entre deux plans (alors que sa main fait toujours le geste), Rachel (Emily Mortimer) porte brièvement un gilet qui est plus tard porté par "l'autre" Rachel et certaines phrases prononcées par Teddy/Andrew sont répétées ("Bébé, pourquoi t'es toute mouillée?"). Ces indices, parcimonieusement disséminés de façon à ne pas désorienter le spectateur, corroborent la révélation finale : toute l'histoire se déroule du point de vue du personnage principal, biaisé par sa démence, il est donc normal que certains éléments de son récit soient bancals. Ces techniques sont également utilisées dans ses rêves, montrant une similarité entre ce qu'il perçoit comme étant un rêve ou la réalité.


Ben Kingsley, Mark Ruffalo et Leonardo DiCaprio

La fin

Tout comme celle d'Inception, la fin de Shutter Island aura suscité moult débats entre les spectateurs au sortir des salles, mais également auprès des communautés philosophique, journalistique et psychologique. "Qu'y a-t-il de pire ? Vivre en monstre ou mourir en homme de bien ?" : cette phrase de conclusion prononcée par Teddy et adressée à Chuck a cela de clivant qu'elle remet en cause l'état de lucidité du personnage. Et donc le twist. Et donc tout le film. DiCaprio et Scorsese n'ont jamais donné d'explication quant à la signification de cette scène, qui est pourtant bien un choix du réalisateur puisqu'elle n'apparaît pas dans le roman de Dennis Lehane.

Cependant, le consultant psychiatrique du film, Dr. James Gilligan, a déclaré dans une interview accordée au Guardian, que Teddy avait choisi son destin (en tant qu'Andrew Laeddis, sa véritable identité) ; il a ajouté que les remords qui le hantaient - en particulier le rôle qu'il a joué dans la folie de sa femme qui l'a amenée à tuer leurs enfants - l'avaient poussé à commettre une forme de suicide en donnant le feu vert au personnel de l'hôpital de le lobotomiser complètement. Enfin, Gilligan a conclu que le parti pris du film sur le traitement que subit le héros est, d'un côté, une réussite car il montre que le personnage se retrouve face à ses illusions, mais d'un autre, un échec car sa - fausse - psychose a donné une victoire aux pro-lobotomie dans le débat qui les oppose aux partisans des méthodes de traitement non-chirurgical.