Sexisme : L’inquiétante pensée « masculiniste » chez les 25-34 ans

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LIFE - Malgré la sensibilisation qu’a provoquée le mouvement #MeToo, le sexisme perdure en France, notamment avec des « réflexes masculinistes » chez les jeunes hommes, déplore dans un rapport rendu ce lundi 23 janvier le Haut Conseil à l’Égalité, qui demande notamment de « réguler les contenus numériques ».

Par exemple, selon le barème, « 20 % des 25-34 ans considèrent que pour être respecté en tant qu’homme dans la société, il faut vanter ses exploits sexuels auprès de ses amis (contre 8 % en moyenne) ». Pire, « 32 % d’entre eux considèrent que le barbecue est une affaire d’homme, soit quasiment 10 points de plus que la moyenne des hommes (23 %) » et « 23 % [estiment] qu’il faut parfois être violent pour se faire respecter (11 % en moyenne) ».

C’est dans ce contexte que la présidente du HCE, Sylvie Pierre-Brossolette, doit être reçue par le président Emmanuel Macron mercredi, à l’occasion de la Journée contre le sexisme. L’instance consultative indépendante, qui fête ses dix ans, participera cette semaine à une campagne de sensibilisation et ouvrira mercredi un « procès contre le sexisme », organisé par le collectif Ensemble contre le sexisme, qui sera clos par la ministre chargée de l’Égalité hommes-femmes, Isabelle Rome.

Clichés sexistes et conservatisme

Outre la pensée masculiniste, d’autres chiffres inquiètent. Selon le barème, « un employeur qui embauche un homme plutôt qu’une femme à compétences égales n’est perçu comme un problème que par 67 % des hommes, contre 84 % des femmes ». De plus, « le mansplaining n’est perçu comme problématique que par 54 % des hommes contre 75 % des femmes (21 points d’écart). Le baromètre révèle ensuite un clivage générationnel ».

Le conservatisme est aussi particulièrement fort chez les hommes de plus de 65 ans. Ils sont « 78 % à considérer qu’un homme doit prendre soin financièrement de sa famille (contre 67 % en moyenne) » et près de la moitié d’entre eux (49 %) « considèrent qu’il est normal que les femmes s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants (contre 40 % en moyenne) ».

« Le sexisme ne recule pas en France. Au contraire, certaines de ses manifestations les plus violentes s’aggravent et les jeunes générations sont les plus touchées », écrit le HCE qui note que « cinq ans après #MeToo », la « société française reste sexiste dans toutes les sphères » : publique, privée, professionnelle, médiatique...

70% des femmes ont eu un rapport sexuel non consenti

« L’opinion reconnaît et déplore l’existence du sexisme mais ne le rejette pas en pratique, majoritairement chez les hommes », selon le rapport qui s’appuie sur les chiffres officiels et sur ce baromètre réalisé par l’institut ViaVoice auprès de 2.500 personnes représentatives. 80 % de femmes disent avoir l’impression d’avoir été moins bien traitées en raison de leur sexe au cours de leur vie.

14 % déclarent avoir déjà subi « un acte sexuel imposé », et plus largement 37 % disent avoir vécu des situations non consenties dans les rapports sexuels, dont un rapport non protégé devant l’insistance de leur partenaire (12 %), non consenti sous l’effet de l’alcool ou la drogue (7 %).

Le sexisme conduit à des renoncements quotidiens, pour 9 femmes interrogées sur 10 : la moitié renoncent à sortir ou faire des activités seules ou à s’habiller comme elles le souhaitent. 8 sur 10 ont peur de rentrer seules chez elles le soir.

Les hommes de leur côté peinent « à se sentir concernés », ne se sentent pas personnellement responsables de conduites sexistes, voire pour un quart d’entre eux, pensent qu’on « en fait trop sur les agressions sexuelles ».

Le problème récurrent de la pornographie

L’image des femmes véhiculée par la pornographie est jugée problématique par la moitié d’entre eux contre 79 % des 65 ans et plus. Le HCE s’inquiète d’un « phénomène de backlash à l’œuvre partout », avec des « raids masculinistes » sur les réseaux sociaux « pour réduire les femmes au silence ou les discréditer ».

Globalement, le HCE met en garde contre une « situation qui s’aggrave avec l’apparition de phénomènes nouveaux : violence en ligne, virulence accrue sur les réseaux sociaux, barbarie dans de très nombreuses productions de l’industrie pornographique, affirmation d’une sphère masculiniste et antiféministe ».

Les pouvoirs publics « ne sont pas considérés à la hauteur des enjeux sur ces questions », note l’institution.

« Le sexisme ordinaire fait le lit du sexisme violent. Pour lutter contre, il faut prendre des mesures qui influent sur les mentalités dès le plus jeune âge : une massive action d’éducation, réguler le numérique », déclare Sylvie Pierre-Brossolette à l’AFP.

Lutter contre le sexisme en politique

Parmi les « mesures clés » identifiées par le HCE, la « régulation des contenus du secteur numérique pour lutter contre les stéréotypes, les représentations dégradantes et les scènes de violences désormais banalisées sur internet, en particulier dans les vidéos pornographiques ».

L’institution propose aussi la création d’une « Haute Autorité indépendante pour lutter contre les violences sexistes en politique », après les scandales qui ont secoué les partis l’an dernier.

Elle recommande de renforcer les « moyens financiers et humains de la justice pour des juridictions chargées de traiter des violences intrafamiliales, à l’instar de l’investissement espagnol ». Le gouvernement a confié au Parlement une mission sur de telles juridictions spécialisées.

Pour changer les mentalités, le HCE recommande d’interdire la publicité pour les jouets genrés et de conditionner le versement d’argent public à une contrepartie en termes d’égalité, par exemple en termes de formation, pour les entreprises.

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