Serena Williams, une empreinte bien au-delà du monde du tennis

Tennis player Serena Williams arrives for the 2019 Met Gala at the Metropolitan Museum of Art on May 6, 2019, in New York. - The Gala raises money for the Metropolitan Museum of Arts Costume Institute. The Gala's 2019 theme is Camp: Notes on Fashion
ANGELA WEISS via Getty Images Tennis player Serena Williams arrives for the 2019 Met Gala at the Metropolitan Museum of Art on May 6, 2019, in New York. - The Gala raises money for the Metropolitan Museum of Arts Costume Institute. The Gala's 2019 theme is Camp: Notes on Fashion" inspired by Susan Sontag's 1964 essay "Notes on Camp". (Photo by ANGELA WEISS / AFP) (Photo credit should read ANGELA WEISS/AFP/Getty Images)

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La trace de Serena Williams, photographiée ici lors du « Met Gala » à New York en 2019, dépasse très largement le cadre du tennis et du sport.

SPORT - « Il y a un temps dans la vie où il faut décider de prendre une nouvelle route. » Serena Williams est arrivée à ce carrefour, celui où elle ne continuera pas tout droit sa carrière dans le tennis, mais où elle bifurquera vers sa deuxième vie, celle de retraitée du sport de haut niveau. Ce samedi 3 septembre, celle qui est l’une des plus grandes joueuses de tennis a été éliminée de l’US Open, jouant très certainement le dernier match de son immense carrière.

S’il s’agit d’un tournant dans l’immense carrière de l’Américaine de 40 ans, la légende Serena Williams ne s’arrêtera pas ici, maintenant. La sportive est devenue, bien au-delà du monde du tennis, une icône, dont l’influence des prises de parole et des positions n’est pas près de s’arrêter.

Icône féministe et antiraciste

Serena Williams n’a pas seulement remporté 23 titres du Grand Chelem (dont trois Roland-Garros), sa notoriété vient également des positions engagées sur des sujets de société qu’elle a tenues tout au long de sa carrière.

À commencer par les droits des femmes. En 2016, elle publie une lettre ouverte à destination de « toutes les femmes incroyables qui visent l’excellence », les invitant à « poursuivre leurs rêves avec une résilience inébranlable ». « Les femmes doivent faire tomber de nombreuses barrières sur leur route vers le succès », écrivait-elle.

En 2017, elle répond fermement aux propos controversés de la légende américaine John Mc Enroe qui déclarait : « Si elle jouait sur le circuit masculin, elle serait aux alentours de la 700e place mondiale ». « Cher John, je t’adore et te respecte, mais s’il te plaît, s’il te plaît, laisse-moi tranquille avec tes déclarations qui ne sont pas étayées par des faits, avait-elle rétorqué sur Twitter. Je n’ai jamais joué contre un joueur classé (du circuit masculin) et je n’en ai pas le temps. »

La même année, elle se positionne sur le sujet de l’égalité salariale, insistant sur l’écart entre ce que gagnent les femmes noires et les femmes blanches à poste égal.

Ce ne sera pas la seule fois que Serena Williams dénoncera le traitement des femmes noires. En 2018, elle s’attaque aux risques bien plus élevés pour ces dernières de mourir en couche que les femmes blanches.

Au-delà de défendre les femmes noires, la légende du tennis s’est positionnée dès qu’elle l’a pu pour lutter contre le racisme. En 2001, Serena Williams décide ainsi de boycotter le tournoi d’Indian Wells pour 14 ans, tournoi lors duquel elle se déclare victime d’insultes racistes d’une partie du public.

En 2016, elle s’engage dans le mouvement « Black Lives Matter ». Sur Facebook, elle raconte une anecdote. Alors que son neveu la conduisait à l’une de ses réunions, elle aperçoit un policier. « J’ai rapidement vérifié s’il respectait la limitation de vitesse. Puis je me suis souvenue de cette horrible vidéo d’une femme face à un policier tirant son son petit ami dans la voiture. Tout cela m’est passé par la tête en quelques secondes. » Elle s’interroge alors : « Pourquoi dois-je encore y penser en 2016 ? J’ai réalisé que nous devions avancer à grands pas, car ce n’est pas le chemin que nous avons parcouru mais le chemin qu’il nous reste à parcourir », poursuit-elle.

Corps de super-héroïne

Souvent victime de « body shaming » depuis le début de sa carrière, la quadruple championne olympique a toujours parlé avec fierté de son corps, mais aussi de son mental. « J’aime mon corps et je n’y changerai jamais rien (...) Je ne vous demande pas de l’apprécier. Seulement de me laisser être moi. Parce que je vais influencer une fille qui me ressemble, et je veux qu’elle se sente bien dans sa peau », lance-t-elle dans une interview en couverture de Self en 2016.

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Revenant sur les critiques essuyées pendant des années et sur une interview de 2004 dans laquelle elle déclarait avoir pour objectif de faire une taille 36, elle répond, pour Harper’s Bazaar : « Je ne serai jamais une taille 36 ! Pourquoi est-ce que je voudrais faire ça, et être ça ? Je suis comme ça, et c’est mon arme et ma force. »

En 2018, elle s’était d’ailleurs fait remarquer pour le port d’une tenue devenue culte, une combinaison intégrale noire ornée d’une ceinture rose lui donnant des airs de super-héroïne. Sauf que sur le court, les femmes doivent jouer en jupe. Et cette initiative n’était pas passée auprès de la Fédération Française de Tennis, forçant la championne à renoncer à cette tenue lors de Roland-Garros. « Vous pouvez retirer le costume du super-héros, mais vous ne pourrez jamais lui enlever ses superpouvoirs », avait rétorqué son équipementier, Nike.

Appréhension de la maternité

Serena Williams a par ailleurs beaucoup libéré la parole sur la grossesse et la maternité chez les sportives de haut niveau.

« Nous sommes toutes passées par là. Je travaille beaucoup, je m’entraîne et j’essaie d’être la meilleure athlète possible. Cependant, cela veut aussi dire, bien que j’aie été avec elle tous les jours de sa vie, que je ne suis pas aussi présente que j’aimerais l’être », avait-elle par exemple exprimé, à propos de sa déprime post-partum, en 2018. « Entre rester à la maison et travailler, trouver le juste équilibre avec les enfants est un vrai art. Vous (les mères) êtes les vraies héroïnes. Je suis ici pour dire que si vous passez une semaine ou une journée difficile, c’est normal, parce que moi aussi ! Il y a toujours un lendemain ! »

Plus récemment, au début du mois d’août, l’athlète est revenue sur son rapport à la maternité et à sa carrière. À l’aube de ses 41 ans, Serena Williams songe en effet à avoir un second enfant, ce qu’elle estime incompatible avec sa carrière de sportive. « Je ne veux absolument pas être à nouveau enceinte en tant qu’athlète. J’ai besoin d’être à deux pieds dans le tennis ou à deux pieds en dehors », soulignait-elle pour Vogue. Son récent bilan d’athlète de haut niveau se mêlait alors à ses difficultés en tant que mère : « Je suis passé d’une césarienne à une seconde embolie pulmonaire à une finale de Grand Chelem. J’ai joué pendant l’allaitement. J’ai joué pendant la dépression post-partum. Mais je n’y suis pas arrivée » regrette-t-elle, tout en nuançant : « Mais je me suis montrée 23 fois (ndlr en Grand Chelem), et c’est bien. En fait, c’est extraordinaire. Mais ces jours-ci, si je dois choisir entre construire mon CV de tennis et construire ma famille, je choisis la seconde option. »

Role model

Il y aurait beaucoup plus de choses à dire sur les événements qui ont marqué la carrière de Serena Williams depuis sa première finale à l’US Open en 1997, à l’âge de 17 ans. Mais tout ce que nous venons de citer permet déjà de comprendre en quoi elle est un véritable role model pour les petites filles et une icône pour les sportifs en général.

« J’encourage les jeunes filles à tendre vers ce à quoi elles croient et à ne jamais abandonner la poursuite de leurs passions », expliquait-elle à Elle, ajoutant être « touchée » par le fait d’être considérée par certains comme une role model.

« Elle a donné des idées, de la force et du courage à ces gamines noires qui allumaient leur télé et voyaient cette femme qui leur ressemble dominer sa discipline, dans un sport qui a très longtemps été l’apanage des blancs. Coco Gauff en est le plus récent exemple, mais avant elle, Serena a influencé tellement de jeunes tenniswomen sur les 25 dernières années, je crois qu’on ne s’en rend pas bien compte », raconte la journaliste Alyssa Roenigk pour 20 Minutes.

Eurosport a d’ailleurs demandé à plusieurs sportifs, dont Coco Gauff, jeune joueuse de tennis de 18 ans, finaliste de Roland-Garros cette année, de rendre un hommage à Serena Williams. Et celui-ci suffit à saisir l’importance de Serena Williams au-delà de ses performances sportives : « Avant que Serena n’arrive, il n’y avait pas vraiment d’icône qui me ressemblait. Elle m’a aidée à ne pas me sentir différente parce qu’en grandissant, la meilleure joueuse du monde était quelqu’un comme moi (...) Elle garde toujours la tête haute. Elle vise toujours haut. Parfois, en tant que femme, en tant que femme noire dans ce monde, on peut avoir tendance à penser qu’on doit viser moins haut. Pas elle. Serena m’a appris ça.  »

À voir également sur Le HuffPost : Les mots de Serena Williams à Naomi Osaka après son retrait de Roland-Garros

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