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Pour sauver la planète, la géo-ingénierie solaire est une très mauvaise idée, voici pourquoi

ENVIRONNEMENT - Créer une fausse éruption volcanique ou changer la couleur des nuages, voici quelques propositions iconoclastes, mais pas si farfelues, pour limiter le réchauffement climatique. Ces différentes techniques se concentrent autour d’un même principe : la géo-ingénierie solaire.

Certaines d’entre elles sont sérieusement étudiées et toutes ont pour objectif est de réfléchir les rayons du Soleil afin de refroidir la Terre et donc ralentir le dérèglement climatique. Mais comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête de l’article, ce procédé pourrait s’avérer très dangereux et est loin de faire l’unanimité auprès de la communauté scientifique, qui craint que les humains ne jouent à l’apprenti sorcier avec le climat.

Climat: Refroidir la Terre en reflétant les rayons du Soleil, ces scientifiques sont contre

Recréer une éruption volcanique

Il existe actuellement trois manières de réfléchir le rayonnement solaire. La première, qui semble aussi la moins probable, consiste à envoyer un gigantesque bouclier dans l’espace pour en partie bloquer les rayons du Soleil vers la Terre.

Mais il y a un problème et il est de taille : pour que ce bouclier soit un minimum efficace, il faudrait qu’il fasse la taille de l’Argentine, comme l’explique au New York Times, Yoram Rozen, professeur de physique et directeur de l’Asher Space Research Institute au Technion-Israel Institute of Technology. En plus de ses immenses dimensions, ce bouclier pèserait 2,5 millions de tonnes, autant d’éléments qui rendent son envoi dans l’espace très peu réalisable.

La seconde option consiste à jouer sur les nuages. La première possibilité est d’y envoyer des cristaux de sel marin pour les éclaircir. Plus les nuages sont blancs et plus ils peuvent réfléchir les rayons du Soleil dans l’espace. La deuxième possibilité est d’injecter des particules dans les cirrus. Ces traînées de nuages en haute altitude accentuent le réchauffement climatique, en renvoyant vers le sol la chaleur terrestre censée s’échapper vers l’atmosphère. Ces injections les aminciraient, permettant à la chaleur de la Terre de mieux s’évacuer.

La dernière technique, qui est également la plus avancée, est l’envoi d’aérosols dans la stratosphère. L’objectif est de reproduire les effets d’une éruption volcanique en y envoyant des particules de soufre. Ce phénomène s’est déjà produit naturellement lors de l’éruption du volcan Pinatubo aux Philippines en 1991. Celle-ci avait refroidi la Terre de 0,5°C durant les 15 mois qui l’ont suivi, comme l’explique ce rapport de l’Union européenne.

Des effets secondaires incertains

À première vue, avoir recours à la géo-ingénierie solaire, notamment en reproduisant un phénomène naturel comme une éruption volcanique, ne semble pas insensé. D’autant plus que la limite de +1,5 °C de réchauffement négociée dans l’Accord de Paris pourrait être atteinte dès 2030. Mais voilà, ces techniques pourraient avoir des effets secondaires très incertains.

« Le système terrestre est très complexe et tout est interconnecté. Nous n’avons pas vraiment autant de contrôle sur lui avec la géo-ingénierie solaire, contrairement à ce nous pouvons penser », explique Susanne Baur, doctorante de l’unité de recherches Climat, Environnement, Couplages et Incertitudes (CECI).

Et même dans l’hypothèse où on en connaîtrait les effets et qu’on arrivait à les maîtriser, si nous décidions subitement d’arrêter d’utiliser une de ces solutions, en cas de désaccord, de guerre ou de catastrophe naturelle par exemple, les conséquences sur l’humanité seraient désastreuses. « La Terre se réchaufferait très rapidement, pour finalement atteindre le niveau auquel elle se trouverait s’il n’y avait pas eu la géo-ingénierie. Et la rapidité de ce réchauffement pourrait entraîner l’effondrement de nombreux écosystèmes », précise la doctorante, spécialisée sur la modélisation de la géo-ingénierie solaire.

Par ailleurs, ça ne réglerait pas la véritable cause du dérèglement climatique : les gaz à effet de serre. « Si on utilise ces techniques pour refroidir le climat pendant plusieurs décennies mais qu’on continue d’émettre beaucoup de gaz à effet de serre, on n’aura fait que masquer ce réchauffement », insiste Olivier Boucher, climatologue à l’Institut Pierre-Simon Laplace. Il n’existe donc qu’une seule manière de limiter le changement climatique : baisser drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.

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