Samu : comment sont pris en charge les appels d’urgence ?

Comment sont pris en charge les appels d'urgence reçus par le Samu ?

Ces derniers mois, deux personnes sont mortes car leurs appels au Samu n’ont pas suffisamment été pris au sérieux. Comment les assistants de régulation et les médecins du 15 gèrent-ils les urgences téléphoniques ?

En septembre dernier, une femme de 62 ans vivant à Lachapelle-sous-Chaux (Territoire de Belfort) est décédée d’un infarctus malgré cinq appels au Samu. Une plainte pour homicide involontaire a été déposée. En novembre, un quinquagénaire a lui aussi succombé à un arrêt cardiaque près de Nancy, malgré trois appels aux urgence.

Il y a près de deux ans, la mort de Naomi Musenga avait déjà beaucoup ému. L’appel au Samu de la jeune habitante de Strasbourg n’avait pas été pris au sérieux. L’enregistrement, rendu public, dévoilait même que l’opératrice employait un ton moqueur. À 22 ans, la victime était finalement morte à l’hôpital, où elle avait été transportée plusieurs heures après son premier appel aux urgences. Six mois après les faits, l’Inspection générale des affaires sociales publiait un rapport concluant que “la procédure générale de régulation” n’était “pas conforme aux recommandations de bonnes pratiques”. 

Un manque de moyen

Mais que se passe-t-il lorsque vous appelez le Samu ? D’abord, un assistant de régulation médical est chargé “de prendre les informations sur la localisation et il doit analyser la situation, il est formé pour reconnaître le niveau de gravité”, nous détaille Christophe Prudhomme, médecin au Samu 93 et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France.

Ce premier interlocuteur est chargé d’envoyer l’appel soit vers un médecin généraliste, “dans les cas où les appelants ne peuvent pas joindre leur médecin, qu’ils ont besoin d’un conseil…”, soit vers un médecin urgentiste du Samu. 

C’est ensuite lui qui doit analyser la situation, confirmer la gravité et déclencher les moyens en conséquences. Mais ce sont justement les moyens qui posent problème. “En cas d’urgence, il faut envoyer un véhicule de réanimation, mais il n’y en a qu’un nombre très limité, la couverture sur le territoire n’est pas du tout adaptée”, estime le médecin. Résultat : “si on joue la sécurité à fond et qu’on envoie un véhicule du Smur, après il n’y en a plus. On a tendance à freiner sur l’emploi des moyens lourds pour ne pas se retrouver sans rien”, décrit Christophe Prudhomme. 

Plus de pression et plus d’erreurs

Il regrette le manque de moyens et déplore que plusieurs Samu départementaux aient fermé ces dernières années, notamment dans l’Est de la France. “Forcément, les opérateurs sont de plus en plus sous pression et le taux d’erreur augmente. On avait prévenu qu’il y aurait des accidents après ces fermetures”, précise-t-il. 

Bien sûr, dans certaines situations, le véhicule de réanimation est forcément envoyé, “pour des accidents de la route, des arrêts cardiaques, des comas…”, énumère le médecin urgentiste. La problématique se pose surtout dans les cas où le diagnostic est moins clair. 

Erreur de diagnostic

“La médecine par téléphone, ce n’est pas simple”, plaide Christophe Prudhomme, “d’autant qu’il y a souvent une différence entre la gravité réelle et la gravité ressentie. Toute la difficulté réside donc dans l’interrogation à distance”. 

C’est d’ailleurs cette étape qui a, semble-t-il, été défaillante dans le cas d’Edith Greffier, selon les information de France bleu. “La description initiale aurait effectivement pu correspondre à une gastro”, décrit le médecin, “mais il y a aussi eu des signes d’alerte que la collègue n’a pas entendus”. “Quand on est sous tension, il y a un taux d’erreur plus important”, ajoute-t-il. La justice devra décider à qui revient la responsabilité dans ce cas.

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