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Le Salon de l’agriculture s’achève et la séquence en dit long sur le poids des agriculteurs

Huit jours après son inauguration chahutée par le président de la République, le Salon de l’Agriculture ferme ses portes ce dimanche 3 mars après une 60e édition dans un contexte inédit, entre crise de la profession et échéances électorales européennes.
LUDOVIC MARIN / AFP Huit jours après son inauguration chahutée par le président de la République, le Salon de l’Agriculture ferme ses portes ce dimanche 3 mars après une 60e édition dans un contexte inédit, entre crise de la profession et échéances électorales européennes.

POLITIQUE - La fin du foin. Huit jours après son inauguration chahutée par le président de la République, le Salon de l’Agriculture ferme ses portes ce dimanche 3 mars. La 60e édition du rendez-vous annuel des agriculteurs s’est déroulée dans un contexte inédit, entre crise de la profession et échéances électorales européennes.

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Le 24 février, Emmanuel Macron maintient sa déambulation dans les allées du Parc des Expositions. Quelques heures plutôt, des agriculteurs désireux de l’interpeller ou mécontents de sa venue ont forcé les grilles et le président circule entouré de forces de l’ordre, du jamais vu Porte de Versailles. Mais mieux vaut ça que renoncer : annuler la visite aurait sonné comme une défaite terrible pour le chef de l’État, rendue d’autant plus éclatante par contraste a posteriori.

Les RN Jordan Bardella et Marine Le Pen, les LR Éric Ciotti, François-Xavier Bellamy et Laurent Wauquiez, les insoumis Manon Aubry et François Ruffin, le socialiste Olivier Faure et le député européen Raphaël Glucksmann, les écologistes Marine Tondelier et Marie Toussaint, le communiste Fabien Roussel, Éric Zemmour et Marion Maréchal pour Reconquête… En une semaine, tous les autres responsables politiques de premier plan ont circulé dans les allées sans incident notable - même si Marion Maréchal et les ministres Christophe Béchu et Marc Fesneau n’en sont pas sortis totalement indemnes. Leurs photos, entourés de vaches ou dégustant les produits locaux, sont instantanément mises en ligne. À cent jours des élections européennes, il est important de se montrer Porte de Versailles et de s’y montrer à l’écoute et si possible bien accueilli.

1,5 % d’électeurs qui en valent 20

Pourquoi tant d’empressement ? Avec environ 400 000 agriculteurs en France, la profession ne pèse pas lourd sur le plan électoral. À peine 1,5 %. Mais les agriculteurs ne représentent pas que les agriculteurs. « Les agriculteurs sont consubstantiels de l’idée que l’on se fait du monde rural », analyse pour Le HuffPost Emmanuel Rivière, directeur associé de l’agence Grand Public. Dès lors, « ce n’est pas le poids électoral des agriculteurs » qui compte mais celui « de la ruralité ». Lequel pèse en moyenne 20 %, nettement plus intéressant pour un parti politique.

Le monde rural, la France dite « des périphéries », celle des agglomérations de moins de 2000 habitants est convoitée par tous. Par le camp présidentiel, qui tente de casser l’étiquette de « candidat des villes » d’Emmanuel Macron, par la gauche qui se voit reprocher par certains de l’avoir oubliée mais aussi par le Rassemblement national qui y a progressé lors de la présidentielle de 2022.

À ces enjeux purement politiques s’y ajoutent d’autres. Primo, la perception positive que les Français ont des agriculteurs. Selon une étude d’opinion Ifop de mai 2022, 78 % des sondés en ont une « bonne image », qui se maintient deux ans plus tard comme en témoigne le soutien massif de l’opinion aux manifestations des derniers mois : 82 % selon une enquête YouGov pour Le HuffPost menée fin janvier.

Ensuite, « il y a une sensibilité très forte en France sur la situation des agriculteurs », la difficulté du métier, la faiblesse des revenus, observe Emmanuel Rivière qui souligne également la dimension « symbolique » du secteur en France, terre de traditions et de gastronomie où l’on « manifeste de l’intérêt pour la manière dont nos produits agricoles et alimentaires sont produits. »

L’agriculture, un thème tapis rouge

Entre un poids électoral insoupçonné, la résonance dans l’opinion publique et les symboliques multiples, les agriculteurs ont donc de nombreux atouts dans leur manche pour attirer les politiques. Assez en tout cas pour « faire plier facilement ceux qui sont au pouvoir » - les salves d’annonces du gouvernement, quitte à se mettre à dos les écologistes et à devoir justifier en permanence la promesse d’un « quinquennat écologiste » le prouvent. Assez aussi pour « rallier ceux qui y aspirent », analyse Emmanuel Rivière.

Bonus de taille : parce que la politique agricole de l’UE est au cœur des revendications, la crise a permis à chaque formation de dérouler son discours alors que le 9 juin se rapproche et que certains jouent le clivage entre europhiles eurosceptiques. Ainsi, Emmanuel Macron ne perd pas une occasion de déclarer que « l’agriculture française a besoin de l’Europe, d’un grand marché européen, d’une PAC forte » même si des évolutions sont nécessaires. À l’inverse, au Rassemblement national, c’est l’occasion rêvée pour critiquer la politique des 27, accusée de mettre à mal la souveraineté française dont l’extrême droite se fait le premier défenseur.

« L’agriculture est aussi très emblématique de la manière dont il faut revisiter notre modèle par rapport aux changements climatiques, avec toutes les questions que cela pose sur la façon de le faire de façon juste », souligne en parallèle Emmanuel Rivière. Pas anodin, alors que le scrutin de 2019 a été marqué par une percée des écologistes et que le changement climatique est le premier sujet de préoccupation des électeurs selon une enquête d’opinion menée par le think-tank European Council on Foreign Relations (ECFR) dans neuf pays de l’UE.

Que l’agriculture se rassure : malgré la baisse continue de ses représentants, le secteur est plus que jamais porteur en tout cas sur le plan politique. Il est même digne d’un tapis rouge sur lequel les élus se ruent, quitte à se prendre les pieds dedans.

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