Réunion entre le gouvernement syrien et l'opposition en janvier

par Angus McDowall

par Angus McDowall

RYAD (Reuters) - Une délégation commune de l'opposition syrienne rencontrera dans les dix premiers jours de janvier des représentants du gouvernement syrien, a annoncé jeudi soir le Saoudien Abdoulaziz al Sager, qui a présidé pendant deux jours à Ryad une conférence de plusieurs groupes hostiles au président Bachar al Assad.

Ce seront les premières discussions de ce type depuis deux ans.

"Il y aura en janvier une réunion décidée par (l'émissaire de l'Onu Staffan) de Mistura. Une rencontre entre l'opposition et le régime syrien pour aller vers une période de transition", a dit lors d'une conférence de presse le responsable saoudien, directeur du Gulf Research Center. Cette réunion "aura lieu dans les dix premiers jours de janvier", a-t-il ajouté.

Dans une déclaration commune approuvée à l'issue de cette réunion, les représentants de l'opposition appellent à la création d'un Etat "civil" inclusif et démocratique en Syrie et exigent le départ du président Bachar al Assad dès le début de la période de transition.

Le texte du communiqué de la conférence de Ryad, que Reuters a pu consulter, assure qu'il n'y aura pas dans la nouvelle Syrie de discriminations ou d'exclusions "sur des bases religieuse, sectaire ou ethnique".

Il promet la préservation des institutions étatiques et la restructuration de l'armée et des services de sécurité.

Selon l'agence de presse saoudienne, les opposants appellent aussi le gouvernement syrien à faire des gestes de bonne volonté avant le début de négociations de paix, en libérant des prisonniers politiques et en levant le siège militaire de zones rebelles.

Le groupe rebelle islamiste Ahrar al Cham, le mouvement armé le plus puissant participant à la conférence, avait annoncé jeudi son départ mais a finalement signé la déclaration finale.

DÉLÉGATION COMMUNE

Les insurgés islamistes avaient pourtant dénoncé la trop grande place accordée, selon eux, à l'opposition politique interne, le Comité national de coordination des forces de changement démocratique (CNCD), basé à Damas et jugé trop proche du régime de Bachar al Assad.

Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, Ahrar al Cham avait également jugé que la conférence n'avait pas assez mis en avant "l'identité musulmane" du peuple syrien.

Un peu plus tôt, un membre de la Coalition nationale syrienne (CNS), principal organe de l'opposition en exil, avait déclaré que les opposants s'étaient entendus sur le principe de la formation d'une délégation commune réunissant mouvements politiques et groupes armés.

Monzer Akbik, qui s'exprimait à Dubaï, où il a été informé des décisions prises en Arabie saoudite, a précisé que ce groupe de 25 délégués serait composé de six membres de la CNS, six représentants des factions rebelles, cinq représentants de la CNCD et huit personnalités indépendantes.

"Ils représenteront toutes les factions de l'opposition, politique et militaire, et seront chargés de prendre les décisions en vue d'un règlement politique", a-t-il déclaré.

Monzer Akbik n'a cependant pas été en mesure de dire si les participants à la conférence de Ryad avaient pu s'entendre sur les noms des délégués en question. "Dieu seul sait" si les discussions aboutiront sur ce point, a-t-il ajouté.

La formation d'une délégation commune constituerait une avancée importante après les accords conclus mercredi sur des points plus consensuels, comme le refus de voir Bachar al Assad et ses proches jouer un rôle dans la transition politique et le départ des forces étrangères de Syrie.

KERRY SE VEUT OPTIMISTE

La volonté de priver Bachar al Assad de tout rôle dans l'avenir du pays est exprimée de manière bien plus vigoureuse par ses opposants que par les pays occidentaux qui les soutiennent.

Si les Occidentaux appellent au départ du dirigeant syrien, ils restent relativement évasifs sur la date à laquelle ils souhaiteraient le voir quitter le pouvoir, certains n'excluant pas son maintien pendant une période de transition.

A Paris, le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a qualifié la conférence de Ryad de "très constructive", et a estimé qu'elle progressait.

"Je pense que tout le monde va dans la direction souhaitée pour que débute un processus politique", a-t-il dit. "Il y a donc des progrès, mais il reste des sujets ardus à aborder."

Une réunion le 18 décembre à New York est possible mais pas certaine, les différentes parties attendant toujours le résultat de la conférence de Ryad, a ajouté le chef de la diplomatie américaine, qui doit se rendre la semaine prochaine à Moscou pour discuter du dossier syrien.

Les dissensions au sein de l'opposition ont fait échouer la précédente tentative de pourparlers, à Genève, il y a près de deux ans. Elles compliquent aujourd'hui la tâche des Occidentaux, qui s'efforcent de soutenir des rebelles "modérés", et profitent aux groupes islamistes les plus radicaux, Etat islamique (EI) ou Front al Nosra, qui s'appuient sur ces divisions pour renforcer leur pouvoir.

Jeudi, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amirabdollahian, dont le pays est avec la Russie le principal soutien de Bachar al Assad, a accusé, sans les nommer, "certains groupes" représentés à Ryad d'être liés à l'EI.

"Certains groupes terroristes liés à l'EI participent aux discussions (...) Nous ne laisserons pas ces groupes terroristes décider de l'avenir de la Syrie", a-t-il déclaré selon des propos rapportés par l'agence de presse semi-officielle Fars.

(Avec Sylvia Westall et Tom Perry à Beyrouth, Suleiman al Khalidi à Amman, Sami Aboudi et Dominic Evans à Dubaï; Jean-Stéphane Brosse, Nicolas Delame, Tangi Salaün et Guy Kerivel pour le service français)