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Roman Polanski jugé pour diffamation envers Charlotte Lewis : leurs deux témoignages dans cette affaire

Roman Polanski (ici au festival de Deauville en septembre 2019) est poursuivi en diffamation par Charlotte Lewis (ici lors de sa conférence de presse en 2010).
AFP Roman Polanski (ici au festival de Deauville en septembre 2019) est poursuivi en diffamation par Charlotte Lewis (ici lors de sa conférence de presse en 2010).

JUSTICE - C’est parole contre parole. La défense de Roman Polanski a rendez-vous ce mardi 5 mars à 13 h 30 au tribunal correctionnel de Paris, où le cinéaste est jugé pour diffamation envers la comédienne britannique Charlotte Lewis. Cette dernière, qui accuse le réalisateur du Pianiste de l’avoir violée en 1983, le poursuit pour une interview publiée en 2019, dans laquelle il démentait toute agression sexuelle et dénonçait un mensonge.

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Le cinéaste de 90 ans, qui vit à Paris mais ne sera pas présent à l’audience, est accusé de viol par plusieurs femmes, dont la photographe française Valentine Monnier, qui a témoigné en 2019. Mais les faits présumés étant tous prescrits, il ne fait l’objet d’aucune poursuite en dehors de celle-ci – et de celle concernant Samantha Geimer, toujours en cours aux États-Unis, qu’il fuit depuis 1978.

Le HuffPost vous résume l’affaire jugée ce mardi.

• Le témoignage de Charlotte Lewis

Los Angeles, 14 mai 2010. Charlotte Lewis et son avocate américaine convoquent une conférence de presse. Face aux caméras, la comédienne de 43 ans lit un texte : « J’ai été victime de Roman Polanski. Il m’a abusée sexuellement, de la pire façon possible, lorsque je n’avais que 16 ans […] Tout ce que je veux, c’est la justice. »

Les faits présumés que dénonce Charlotte Lewis, aujourd’hui âgée de 56 ans, auraient eu lieu en 1983 à Paris. L’actrice doit y rencontrer Roman Polanski pour un rôle dans son prochain film Pirates − rôle qu’elle décrochera. Après un dîner avec une amie mannequin et le réalisateur, ce dernier les aurait invitées dans son appartement de l’avenue Montaigne. « Très vite, il a essayé de me toucher », alors que son amie est allée se coucher dans une chambre, a-t-elle raconté dans un entretien filmé pour L’Obs en décembre 2019. « Il m’a dit “Je veux que tu restes pour la nuit”. Il est devenu assez grossier, parce qu’il était évident que je n’allais pas coucher avec lui […] J’ai commencé à pleurer et il m’a donné quelque chose pour me calmer, relate-t-elle. Et après, il était sur moi… Il a pris ma tête et il a essayé de me pousser vers… Vous savez… »

Après cette prise de parole – 7 ans avant la déferlante #MeToo – des voix prennent la défense de Roman Polanski. D’anciennes déclarations de la comédienne née à Londres, publiées dans un article du tabloïd britannique News of the World en 1999, sont notamment exhumées. Elle expliquait alors sa fascination pour le cinéaste et disait vouloir « devenir sa maîtresse ». « Un tissu de mensonges », selon l’actrice, interrogée en 2021 par Le Parisien. « (Le journaliste) a reconnu que ce n’était pas les mots que j’avais prononcés », assure-t-elle à L’Obs. Stuart White, l’auteur de l’article, est cité comme témoin à l’audience par la défense du réalisateur.

C’est notamment sur cet article que s’appuie Roman Polanski lorsqu’il l’accuse, en décembre 2019 dans Paris Match, d’un « mensonge odieux ». Des mots qui ont « bouleversé » Charlotte Lewis et l’ont poussée à porter plainte pour diffamation ce qui, en droit de la presse, déclenche quasi automatiquement un renvoi devant le tribunal. « Ce sera la première fois que Roman Polanski sera jugé depuis qu’il a fui la justice américaine en 1977. Et j’espère qu’il sera condamné parce que la diffamation, c’est un viol quotidien. Roman Polanski a commis deux crimes contre moi : le viol et la diffamation », accusait-elle auprès du Parisien.

Contacté par Le HuffPost, l’avocat de Charlotte Lewis n’a pas souhaité faire de commentaire avant l’audience, à laquelle sa cliente assistera.

• Le témoignage de Roman Polanski

Le 11 décembre 2019, en pleine promotion pour J’accuse, Roman Polanski donne une longue interview à Paris Match, dans laquelle il s’exprime sur plusieurs affaires le concernant. Et le cinéaste a pris soin de se munir d’un dossier, fourni d’anciennes coupures de presse : des interviews de Charlotte Lewis, dont celle de News of the World, qui prouveraient, selon lui, qu’elle ment. « Voyez-vous, la première qualité d’un bon menteur, c’est une excellente mémoire. On mentionne toujours Charlotte Lewis dans la liste de mes accusatrices sans jamais relever ces contradictions », estime-t-il.

Interrogé sur l’intérêt que pourrait avoir Charlotte Lewis en l’accusant à tort, Roman Polanski fulmine : « Qu’est-ce que j’en sais ? Frustration ? Il faudrait interroger des psys, des scientifiques, des historiens, que sais-je ».

Charlotte Lewis et Roman Polanski le 8 mai 1986 pour la présentation de « Pirates » au festival de Cannes.
DERRICK CEYRAC, RAPH GATTI, CHRISTOPHE SIMON / AFP Charlotte Lewis et Roman Polanski le 8 mai 1986 pour la présentation de « Pirates » au festival de Cannes.

Pour se défendre, le réalisateur franco-polonais s’appuie aussi sur le témoignage de Karen Smith, l’amie qui était aux côtés de Charlotte Lewis le soir des faits présumés. En 2016, elle fait d’abord une déclaration sous serment pour confirmer la version de l’actrice, disant l’avoir vue « ébouriffée, très groggy, étourdie » au lendemain de la nuit de 1983. Mais elle change de version en septembre 2022, comme le raconte Le Point, après avoir parlé avec un ami du cinéaste. « Avec ma mémoire limitée, j’ai été poussée à raconter des choses que je n’avais jamais faites […] Mon attestation a été établie pour que Charlotte récupère la garde de son fils, et pour ce seul usage », assure-t-elle désormais.

Au total, la défense du réalisateur s’appuie sur une offre de preuves de 68 pièces − dont des témoignages de l’équipe du tournage de Pirates − qui prouvent, selon son avocate, que Charlotte Lewis « ment et qu’elle est pleine de contradictions ».

« Roman Polanski est combatif, car c’est pour lui l’occasion de s’exprimer par l’intermédiaire de ses avocats », indique au HuffPost Me Delphine Meillet, qui le défend avec Me Alain Jakubowicz. Mais elle prévient : « Ce n’est pas le procès de Roman Polanski. C’est le procès des propos tenus par Roman Polanski ».

Pour ceux-là, il encourt jusqu’à 12 000 euros d’amende.

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