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Rentrée 2019 : des professeurs inquiets de voir certaines matières disparaître au lycée

Les élèves de Première font une rentrée particulière : pour la première années, les filières classiques disparaissent. Une application de la réforme du baccalauréat qui n'est pas si facile à mettre en place.
Les élèves de Première font une rentrée particulière : pour la première années, les filières classiques disparaissent. Une application de la réforme du baccalauréat qui n'est pas si facile à mettre en place.

La rentrée scolaire est lancée, avec son lot de changements. Les élèves de Première inaugurent ainsi la fin des filières classiques, suite à la réforme du Bac. Mais l’application de cette réforme n’est pas toujours facile sur le terrain.

Ce lundi 2 septembre et tout au long de cette semaine, les lycéens font leur rentrée. Un grand changement attend les élèves de Première : les filières générales classiques S, ES et L disparaissent. À la place, un tronc commun de 16 heures, le choix de trois spécialités parmi 12 existantes, et la possibilité de prendre une option.

Mais ce gros changement, qui entre dans le cadre de la réforme du baccalauréat, n’est pas si facile à appliquer sur le terrain et concentre déjà de nombreuses inquiétudes.

Des matières vouées à disparaître ?

Ce qui inquiète particulièrement les professeurs, c’est que certaines matières, peu choisies par les élèves, risquent de disparaître. En Essonne, on craint notamment pour l’Allemand ou l’Italien. Au lycée Auguste Renoir, à Asnières-sur-Seine, les craintes sont concentrées sur les matières artistiques. L’établissement est réputé pour ses options théâtre et musique - cette dernière n’est d’ailleurs disponible nulle part ailleurs dans le département des Hauts-de-Seine.

Ces deux spécialités ont pu être sauvées cette années, mais les professeurs redoutent qu’à terme, elles disparaissent. Car en Terminale, les élèves n’auront plus que deux spécialités, au lieu de trois en Première. “La crainte est donc que l’art passe à la trappe. La réforme condamne ces enseignements”, nous précise Pascal Levoyer, professeur de philosophie dans le lycée. Il sera en effet impossible d’ouvrir une spécialité pour quelques élèves. “La réforme offre du choix aux élèves, certes, mais le choix implique d’éliminer des matières. À terme, l’offre d’enseignements sera donc moins grande qu’avant, les disciplines artistiques vont être sacrifiées”, craint l’enseignant.

Des changements de dernière minute

“La mise en place de la réforme a été précipité”, ajoute Pascal Levoyer. “Sur le terrain, dans les établissements, la situation est complexe”. D’ailleurs, certains lycées ont connu des changements de dernière minute.

Dans l’Essonne, des professeurs de lettres anciennes ont eu la mauvaise surprise de découvrir, le jour de la pré-rentrée, que leurs options avaient été supprimées, en raison d’un nombre d’élèves inscrits trop faible. Une situation qui s’explique par la répartition des volumes horaires distribués dans chaque établissement. C’est une affaire de vases communicants, comme nous détaille l’une des professeurs du département. “Si une classe est ouverte, il faudra forcément en fermer une autre”, précise-t-elle. Or, “si quatre élèves veulent faire l’option Grec mais que 40 veulent des mathématiques, on ouvrira forcément plutôt deux classes de mathématiques qu’une classe de Grec”.

Une situation “très mineure, qui arrive rarement”, nous assure l’académie de Versailles.

Des solutions pour les élèves

Dans le cas où les spécialités que souhaitent prendre un élèves ne sont pas disponibles dans son lycée, des solutions ont été envisagées au cas par cas via des commissions d’affectation, comme nous précise le ministère de l’Education national.

Il a tout d’abord été proposé à certains lycéens de changer tout bonnement d’établissement. D’autres peuvent aussi aller suivre leur spécialité dans un autre lycée. À Auguste Renoir par exemple, quelques élèves de la proche banlieue sont inscrits pour les cours d’art.

La dernière solution, c’est de suivre les enseignements souhaités à distance via le CNED. L’organisme assure qu’une convention est établie avec le rectorat d’académie dont dépend l’élève, qui n’a donc rien à débourser pour les cours à distance.

Des conséquences pour les élèves

Pascal Levoyer, professeur au lycée Auguste Renoir d’Asnière-sur-Seine, pointe du doigt les conséquences négatives de cette réforme sur les élèves. Et ça commence par des amplitudes horaires bien plus grandes. “Chez nous, il y a cours le samedi matin mais aussi le mercredi après-midi”, précise-t-il.

L’autre problème, c’est la suppression des heures d’accompagnement personnalisé. Toujours sur ce même principe de répartition du volume horaire. Un constat fait en Essonne et au lycée Auguste Renoir.

Une mise en place réussie localement

Dans certaines académies, la situation semble être plus simple. Pour l’heure du moins. “Mais il est trop tôt pour faire le bilan”, nous précise le SNALC (syndicat national des lycées et collèges) d’Orléans-Tours.

“La politique dans l’académie a été d’encourager les établissements à ouvrir un grand nombre de spécialités, même s’il n’y avait pas trop de demandes, afin de conserver la diversité”, détaille le syndicat, bien conscient que tous n’ont pas eu la même chance. “Beaucoup de moyens ont été mis dans notre académie, mais le problème, c’est que ça dépend vraiment des établissements et des rapports de force”.

La semaine à venir sera sans doute décisive dans bon nombre de lycées.

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