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Du remaniement à la crise agricole, comment Macron et Attal mettent « en pause » leur ambition écologique

Du remaniement à la crise agricole, comment Macron met en pause son ambition écologique (photo prise en septembre 2023)
LUDOVIC MARIN / AFP Du remaniement à la crise agricole, comment Macron met en pause son ambition écologique (photo prise en septembre 2023)

POLITIQUE - Emmanuel Macron l’avait dit : « Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas. » Deux ans après cette formule, lancée depuis Marseille pendant l’entre-deux tours de la présidentielle pour s’assurer le soutien de la gauche face à Marine Le Pen, l’ambition écologique du président de la République est stoppée nette.

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Les réponses apportées à la colère agricole - de la mise à l’arrêt d’un plan anti-pesticide, à la remise en cause de la méthode des jachères - s’inscrivent dans un tournant amorcé par le chef de l’État depuis plusieurs mois, sous couvert « d’écologie à la française », et confirmé par les premiers discours de Gabriel Attal.

Le chef du gouvernement, directement en charge de la panification écologique, comme sa prédécesseure Élisabeth Borne, ne place pas le climat au centre des combats à mener. Ceci, au grand dam des ONG et des responsables politiques engagés dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Quand l’écologie disparaît des discours

Cette mise au second plan s’illustre depuis les premières secondes de Gabriel Attal à Matignon. Il s’installe rue de Varennes le 9 janvier et ne prononce pas le mot « climat » ou « transition écologique » lors de la cérémonie de passation de pouvoir. Dans son discours d’une petite dizaine de minutes, il évacue la chose d’une phrase, affirmant son attachement à « garantir l’avenir de notre planète, qui est le bien commun de notre humanité. » Un peu court ?

Une semaine plus tard, le 16 janvier, Emmanuel Macron reste discret lui aussi sur l’ambition écolo de son gouvernement dans son propos avant conférence de presse à l’Élysée. Il évoque simplement son souhait d’une « transition juste », et se montre bien plus précis sur le « réarmement civique » ou « démographique » et plus loquace sur « la suppression des normes. »

Rebelote, lors de la déclaration de politique générale du Premier ministre à l’Assemblée nationale le 30 janvier. Pour son grand oral de près de 80 minutes, Gabriel Attal multiplie les annonces en tous genres, de l’assurance chômage à la justice pour les mineurs, et relègue la cause environnementale en fin de discours, lui laissant très peu d’espace et de mesures. Il annonce un plan de réduction de la pollution plastique et un service civique écolo pour les jeunes… Dont la base semble déjà exister.

La politique du gel

Force est de constater que derrière ces annonces à la portée limitée, les choix sémantiques du gouvernement traduisent une ambition à la baisse. Sinon en berne. La première vague du remaniement acte en ce sens une différence majeure : le domaine de l’énergie, orphelin d’un ministre de plein exercice, passe du giron de la Transition écologique à celui de l’Économie.

Dans la foulée, le très attendu projet de loi sur la « souveraineté énergétique » s’est retrouvé amputé de tout objectif en matière de climat et de choix des énergies. Combien de renouvelable ou nucléaire dans la France de 2030 et de 2035 ? Quels objectifs de réduction de consommation énergétique ? Plus rien ne figure dans le texte, Bruno Le Maire assume vouloir « prendre davantage de temps » maintenant qu’il a récupéré le dossier. En somme : une pause s’impose et se transpose.

Pour sortir de la crise agricole et calmer la colère des paysans, Gabriel Attal a effectivement annoncé jeudi plusieurs décisions propres à faire bondir les écologistes. Avec, au premier rang : la « mise à l’arrêt » du plan « écophyto », initialement attendu pour janvier. Cette stratégie visait à réduire l’usage des pesticides de 50 % d’ici 2030. La voilà gelée.

Et si la Macronie commençait à douter ?

Une décision « dangereuse pour la santé publique », selon les écologistes et le reflet en tout cas d’un changement de cap pour Emmanuel Macron. Alors que le président de la République s’affichait à la pointe du combat contre les pesticides depuis 2017, malgré quelques incohérences, il ne souhaite plus le faire.

Dans ce contexte, on peut également évoquer la pression exercée par la France sur Bruxelles, avec d’autres, pour obtenir une dérogation à la règle sur les jachères (laisser 4 % des terres libres pour bénéficier des aides de la PAC). Cette méthode traditionnelle de régénération des sols, critiquée par certains agriculteurs à travers l’Europe, était pourtant l’une des rares contreparties vertes à la politique agricole commune.

Proches de « l’environnement, ça commence à bien faire », la maxime de Nicolas Sarkozy prononcée au salon de l’Agriculture en 2010, ces signaux mettent en alerte les responsables politiques écologistes, les premiers visés par le gouvernement dans sa réponse à la crise agricole. Mais pas seulement.

Plusieurs voix dans la majorité, certes marginales, font entendre leurs doutes quant à ces changements de ligne. Dans un communiqué, le petit parti « En Commun » - fondé par l’ancienne ministre Barbara Pompili - estime que le moratoire sur le plan pesticide « ne résout en rien le problème principal qui est d’engager le monde agricole dans une transition qui est inéluctable. » Quand le vert n’est même plus à moitié plein.

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