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Réforme des retraites : ce qui se cache derrière l'appel au "bon sens des Français" d'Emmanuel Macron

Le président Emmanuel Macron au marché de Rungis le 21 février 2023. (Photo by BENOIT TESSIER / POOL / AFP)
Le président Emmanuel Macron au marché de Rungis le 21 février 2023. (Photo by BENOIT TESSIER / POOL / AFP)

À Rungis, Emmanuel Macron s'en est remis au "bon sens" des Français et a martelé qu'il fallait "travailler un peu plus longtemps" pour défendre sa réforme des retraites.

C'est l'un des éléments de langage préféré de la Macronie en temps de crise : faire appel au "bon sens". Un argument utilisé ce mardi par le chef de l'État lors d'un déplacement à l'aube à Rungis pour défendre la réforme des retraites.

Persuadé que "tout le monde a du bon sens", Emmanuel Macron a plaidé pour "un vrai débat dans notre société sur le travail", tout en reconnaissant "un contexte d'inflation difficile", dont le "pic" sera, selon lui, atteint "ce semestre".

"Une position de faiblesse, il divise l'opinion plutôt que de convaincre"

"C'est une manière de créer une fausse évidence, celle qu'il faut travailler plus alors que c'est contesté par des économistes, et une façon d'éviter de débattre du fond du problème. En parlant de 'bon sens', Emmanuel Macron sépare la France en deux, entre ceux qui travaillent tôt, symbolisés à Rungis, et ceux qui intellectualisent tout", analyse Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences-Po et président de MCBG Conseil.

Une expression et un lieu qui ne doivent rien au hasard selon lui. "En invoquant le 'bon sens' sur le marché de Rungis à propos de la réforme des retraites, le chef de l'État fait passer un message : 'Il n'y a pas besoin de débattre avec les intellectuels, ces gens qui n'aiment pas le travail et nous embêtent. Restons fidèles à ce qu'on pense'. C'est une position de faiblesse car il s'agit de diviser l'opinion plutôt que de convaincre", décrypte le communicant.

"Une expression utilisée quand on est en difficulté"

Un "bon sens" auquel se réfère souvent le gouvernement depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée en 2017. Juste avant le confinement, le 13 mars 2020, le Premier ministre de l'époque Édouard Philippe affirmait qu'il fait "prendre au sérieux cette crise sanitaire et en même temps, il faut avoir confiance dans le bon sens des Français". Trois jours plus tard, le chef de l'État annonçait le confinement du pays.

En septembre 2020, une polémique naît sur la tenue à l'école et la mode du crop-top, tenue qui laisse apparaître le nombril. Emmanuel Macron fait là encore appel au "bon sens".

Plus récemment, dans l'entre-deux-tours des élections législatives, après les résultats jugés décevants pour sa coalition, le chef de l'État a appelé les Français "au bon sens" et "au sursaut républicain" pour le second tour.

"C'est une expression utilisée en politique quand on est en difficulté, soit pour botter en touche, soit pour passer en force. Quand un gouvernement emploie cette expression, 'le bon sens', c'est le sens du gouvernement. C'est un outil de communication populiste, qui oppose bon sens populaire aux intellectuels. Une façon de dire aux Français : 'Ne réfléchissez pas, c'est évident'", prolonge Philippe Moreau-Chevrolet.

Une expression largement utilisée par l'extrême droite

Une expression qui a une histoire politique en France. Avant son usage massif par la macronie, c'est l'extrême droite qui l'utilise massivement. En 2006, lors d'un discours pour la présidentielle de l'année suivante, Jean-Marie Le Pen évoque "le bon sens et l'intuition" de ses militants, ou encore des propositions qu'il qualifie "de bon sens" pour l'Europe. Un "bon sens" qu'il évoque à plusieurs reprises quelques mois plus tard dans un discours sur sa critique des engagements écologiques des autres candidats et sur son programme en matière d'environnement.

En 2010, c'est Marine Le Pen qui affirme au JDD "incarner le bon sens", et en 2016 c'est Nicolas Dupont-Aignan qui évoquait "un patriotisme de bon sens sans les excès du Front national". "L'avantage d'utiliser cette expression, c'est qu'on laisse chacun mettre derrière le bon sens ce qu'il souhaite. Cela permet de donner l'impression que l'on est du côté de l'opinion", poursuit le communicant.

Une opinion qui reste majoritairement opposée au projet de réforme des retraites. Selon un sondage CSA pour CNews, 67% des personnes interrogées sont opposés au projet de réforme des retraites du gouvernement. Un rejet en hausse de six points en un mois.

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