Recyclage, consigne, réduction de la production : le gouvernement tâtonne aussi sur le plastique

La loi sur l'économie circulaire et la lutte contre le gaspillage est actuellement discutée à l'Assemblée nationale. Mais les amendements sur le plastique peinent à convaincre.

Le projet de loi anti-gaspillage est actuellement débattu à l’Assemblée nationale. Si le gouvernement s’en félicite, les associations ne sont pas si optimistes. 

Il faudra de la patience pour voir le plastique à usage unique disparaître en France. L’Assemblée nationale a voté, ce lundi 9 décembre, un “objectif de fin de mise sur le marché” de ce type d’emballages d’ici 2040. Cet amendement au projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, actuellement étudié dans l’Hémicycle, porte sur “tous les emballages alimentaires, les flacons, bouteilles, ce qui est partout dans nos placards pour l’usage domestique et industriel”.

“Un signal très fort et concret”, selon Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire. Mais les associations ne sont pas vraiment de cet avis.

Un objectif trop lointain

Pour WWF France, “l’urgence de la crise de la pollution plastique impose des mesures immédiates. [...] On ne peut pas attendre 2040 pour interdire les sacs, les petites bouteilles ou les plastiques jetables dans les administrations publiques et lors des événements !”, avance l’association.

“Dire qu’il ne faut plus de plastique à usage unique, c’est bien, c’est nécessaire. Mais dans 20 ans, c’est beaucoup trop loin et en plus, ça ne concerne qu’une partie du problème”, estime de son côté Muriel Papin, déléguée générale de l’association No plastic in my sea.

“Pour nous, l’enjeu, c’est de réduire la production de plastique”, nous détaille-t-elle, “on peut optimiser le recyclage, mais si on en fabrique toujours plus, c’est insuffisant”. En France, 22% de ces déchets sont recyclés, contre 9% à l’échelle mondial. “Mais la production continue d’augmenter chaque année”, rappelle Muriel Papin.

Manque de concret

“La loi serait ambitieuse si elle était chiffrée. Là, ça manque d’objectifs par secteur”, poursuit-elle. “Ce qui est important, c’est ce qui se fait aujourd’hui. Est-ce que, dans les 5 ans à venir, on va diminuer la production et la consommation de plastique en France ?”, s’interroge la déléguée générale de No plastic in my sea. 

“Nous, on veut des mesures concrètes. Une loi aussi lointaine, ça n’ajoute rien au dispositif existant”, décrit de son côté Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France.

Recul sur les consignes

L’autre point de blocage concerne un amendement qui a lui aussi été voté ce 9 décembre. Il implique que 10% des bouteilles devront être consignées et réemployées d’ici 2027. “Une sacré régression” pour François-Michel Lambert, député libertés et territoires, puisque l’objectif voté initialement était d’atteindre 35% en 2025.

“Dans le même temps, le gouvernement vote l’interdiction du plastique à usage unique d’ici 2040, ce qui laisse trois possibilités : soit il n’y aura plus d’emballages, soit ils ne seront plus en plastique, soit il s’agira d’emballages en plastique réutilisables. Or, pour appliquer cette solution, il faut lancer la dynamique de la consigne”, estime le député des Bouches-du-Rhône. 

WWF France abonde dans ce sens : “pour organiser la transition vers le réutilisable, il est indispensable d’acter dans la loi le retour de la consigne pour réemploi et de fixer des objectifs contraignants [...] aux entreprises”.

“On est un peu inquiet sur la question du réemploi des emballages - des bouteilles mais aussi des bocaux par exemple. Nous, on souhaite qu’il y ait un soutien du secteur de la consigne et du vrac… La loi ne va pas dans ce sens pour l’instant”, s’alarme de son côté la directrice de Zero Waste France. 

Quelques avancées

Elle se réjouit cependant des “choses positives qui ressortent des débats”, comme par exemple la loi qui obligera les fast-foods à servir les clients qui mangent sur place dans de la vaisselle non jetable d’ici 2023.

La déléguée générale de No plastic in my sea évoque elle aussi la présence d’“amendements intéressants”, comme celui autorisant les clients à amener leurs propres contenants au supermarché, une mesure qui existait déjà mais qui n’était pas si encadrée.

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