Reconfinement: de Benjamin Biolay à Joann Sfar, le monde de la culture alarmé

Benjamin Pierret
·5 min de lecture

De nombreuses personnalités culturelles s'inquiètent du reconfinement annoncé mercredi soir par Emmanuel Macron, et de ses conséquences sur leur secteur déjà meurtri par la crise du coronavirus.

Le monde de la culture au désespoir. De nombreuses personnalités ont réagi à l'annonce du reconfinement, officialisé mercredi par Emmanuel Macron. Les représentants de ce secteur, déjà meurtri par les différentes mesures prises depuis le début de la crise sanitaire, pointent du doigt une ultime difficulté à surmonter.

Le reconfinement prendra effet ce jeudi à minuit. Il signera la fermeture de tous les commerces non-essentiels, dont les restaurants, les bars et les librairies, mais aussi des musées, des salles de spectacle et des cinémas. Invité ce matin de BFMTV en visioconférence, l'auteur Éric-Emmanuel Schimitt a pris la parole en tant que directeur du théâtre Rive Gauche (Paris XIV):

"Je pense que tous les directeurs de théâtre se retrouvent avec les mêmes problèmes que les commerçants, c'est-à-dire des loyers à payer qui pour l'instant ne nous sont pas remis. La ministre de la Culture nous assure des aides pour arriver à traverser cette période. (...) Bien sûr, je suis pour ce confinement. Mais ce confinement, dans certains domaines c'est un peu une mise à mort."

Critiques envers le président

D'autres s'en prennent directement au président de la République, et au fait qu'il n'ait pas mentionné le monde de la culture dans son allocution. Le dessinateur Joann Sfar, qui vient de sortir son film Petit vampire, a publié sur Instagram plusieurs croquis d'Emmanuel Macron accompagnés de bulles: "Quoi qu'il en coûte, je n'aurai pas un mot pour la culture", lui fait-il dire dans l'une. "Bien entendu, pendant que certains libraires fermeront définitivement, vous pourrez toujours commander sur Amazon", peut-on lire dans une autre.

Il a également représenté son personnage de Petit vampire en larmes, ainsi que son Chat du rabbin, qui affiche son soutien aux libraires: "On a élu des gens qui pensent que les livres ne font pas partie des biens essentiels".

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Benjamin Biolay fait lui aussi part de sa colère contre le chef d'État, qu'il qualifie de "premier de cordée": "Comme (il) nous enferme de nouveau sans un mot aucun pour les gens inutiles comme moi et qu'il semble aimer punir toute la classe: à vos playlists!", écrit-il, laissant deviner un nouveau projet: "La guitare et le chanteur vont reprendre du service. À samedi."

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Même exaspération pour Camille Lellouche. L'humoriste a publié une vidéo sur Instagram quelques minutes après l'allocution d'Emmanuel Macron. Et y feint de donner une dictée dans laquelle elle exprime son énervement:

"Nous écoutâmes le discours de monsieur le président ce soir et nous fûmes surpris quand nous voyâmes que le président ne parlut pas des humoristes, chanteurs, techniciens, régisseurs, musiciens (...) Nous nous rendâmes compte une fois de plus que nous nous faisâmes enculâtes bien fort. Il nous chialâtes dessus, une fois, maintenant deux, et pourquoi pas trois? Il jura de nous respecter, et au final, nous nous faisâmes encore niquer."

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Colère et soutiens

Christine Bravo, très remontée, s'est fendue de plusieurs tweets incendiaires contre le gouvernement mais aussi contre les Français, qu'elle juge trop négligents: "Ce reconfinement , on se le doit! Le gouvernement a été mou comme une chique et nous, on a vraiment fait n’importe quoi en mode après nous la fin du monde", accuse-t-elle. "Le président parle de 'la mobilisation de tous', du sens citoyen de tous", ajoute-t-elle. Le problème est dans ce 'tous'. En France, l’Histoire ne me contredira pas, il n’y a jamais eu de 'tous'. C’est pas dans l'ADN national."

D'autres diffusent des messages de soutien à leurs abonnés, sans partager de messages politiques. "Que des bonnes nouvelles hein", ironise la chanteuse Angèle en story, accompagnant son message d'une photo d'elle passée sous un filtre lui donnant des oreilles d'elfe, avant d'envoyer de la "Force" à ses fans. L'illustrateur Mathieu Persan, quant à lui, reprend une affiche qu'il avait créée lors du premier confinement, en l'adaptant à la période automnale: "Restez à la maison: ça n'a jamais été aussi facile de sauver des vies", peut-on lire.

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Valérie Lemercier, contrainte de reporter sine die la sortie de son film Aline, reconnaît dans les colonnes du Parisien qu'elle aurait aimé une dérogation pour les cinémas: "Dans une salle de cinéma, quand on est tous masqués, [...] personne n'ouvre la bouche, ce n'est pas comme une fête d'anniversaire où on se passe des verres ou des pétards", déplore-t-elle, avant d'ajouter qu'elle "ne cherche pas à avoir un traitement de faveur".

Accumulation de déconvenues

Cinémas et salles de spectacle sont déjà restés fermés durant toute la période du premier confinement. À ce manque à gagner s'est ajoutée la fréquentation restreinte des salles après la reprise, en raison de mesures mises en place pour éviter les contaminations. La semaine dernière, le couvre-feu est venu porter un nouveau coup à leurs revenus.

La ministre de la Culture Roselyne Bachelot a annoncé une aide de 115 millions d'euros pour le spectacle vivant et le cinéma la semaine dernière. En août, elle avait déjà déclaré qu'un budget de 435 millions d'euros avait été débloqué en faveur du spectacle vivant.

Article original publié sur BFMTV.com

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