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Vers une radicalisation de la mobilisation contre la réforme des retraites?

Une pancarte lors d'un rassemblement - BFMTV
Une pancarte lors d'un rassemblement - BFMTV

Le 49.3 risque-t-il de provoquer une radicalisation du mouvement? Depuis le déclenchement du 49.3 jeudi, à l'Assemblée nationale, des rassemblements spontanés, parfois émaillés de violences, ont pris dans de nombreuses villes de France, laissant craindre un débordement de la mobilisation.

Ce samedi, les rassemblements ont été interdits place de la Concorde et sur les Champs-Élysées à Paris, et des manifestants ont envahi, dans le calme, le Forum des Halles cet après-midi.

"Pour l'essentiel, ça reste un mouvement social pacifique, déterminé et qui sort renforcer par l'utilisation du 49.3. Mais incontestablement, son utilisation a provoqué une grande colère", estime Laurent Frajerman, socio-historien et spécialiste des mouvements radicaux, ce samedi sur BFMTV.

L'exécutif prévenu d'un risque de radicalisation

L'exécutif était d'ailleurs au courant du risque de radicalisation. Il avait notamment été prévenu par les syndicats et le renseignement territorial. Dans une note datant de lundi, il est ainsi écrit: "Ce sentiment antidémocratique serait renforcé par l'utilisation du 49.3, susceptible de contribuer à revivifier la contestation et potentiellement sa radicalisation. Dans ce contexte, les opposants pourraient multiplier les actions ciblées à l'encontre des intérêts d'élus favorables au projet de réforme, voire les interpeller de façon virulente."

Dans un courrier de l'intersyndicale, envoyé à Emmanuel Macron le 8 mars, elle dénonçait le silence du gouvernement, ajoutant alors: "Cette absence de réponse constitue un grave problème démocratique, il conduite immanquablement à une situation qui pourrait devenir explosive."

"Ils auront à assumer toutes les conséquences"

Cette semaine, plusieurs leaders syndicaux ont réagi concernant le développement de ces rassemblements spontanés.

Olivier Mateu, secrétaire de l'Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône a affirmé vendredi sur BFMTV que "la violence [était] du côté du gouvernement et du patronat qui gazent les travailleurs qui sont en grève".

Avant d'ajouter: "S'ils franchissent toutes les lignes, ils auront à l'assumer et à subir toutes les conséquences, vous ne croyez pas qu'on va se laisser faire à coups de 49.3 et de matraques."

"Je ne pense pas que le mouvement nous échappe. On fait attention à ce qu'il nous embrase pas et que la violence ne le gagne pas, en faisant plus de rassemblements mais avec moins de monde", a estimé, de son côté, Cyril Chabanier, président de la CFTC, vendredi soir sur notre antenne.

Il y a cependant une colère amplifiée par le 49.3, a-t-il reconnu. Cette colère est en train de se transformer par une minorité et des mouvements de violence, que je condamne mais qui risquent de se développer."

Une nouvelle grève jeudi

Invité d'Europe 1 ce samedi matin, le leader de la CGT Philippe Martinez a martelé que les syndicats avaient "alerté" le chef de l'État. "Personne ne pourra nous dire ou nous rétorquer que nous n'avons pas alerté le président", a-t-il poursuivi.

Ce samedi après-midi, sur Twitter, Laurent Berger a également plaidé pour le retrait du texte, soulignant qu'il s'agissait de la solution la "moins coûteuse" pour le gouvernement, s'appuyant sur une analyse du directeur de recherches du CNRS Bruno Palier.

Il en profite également pour soutenir les citoyens qui "se regroupent pacifiquement à l'appel des syndicats".

"Tous les responsables syndicaux que je rencontre me disent la même chose. Quand ils vont dans les AG et écoutent la base, ils entendent à intervalle régulier cette phrase: 'Le seul moment où Emmanuel Macron a lâché, c'était au moment des gilets jaunes, lorsqu'il y avait de la violence'", rapporte Laurent Neumann, éditorialiste politique de BFMTV.

"Ils disent tout faire pour encadrer, et depuis le début tout se passe bien. Mais s'il n'y a pas de réponse de l'exécutif, il y a ce risque de débordement", prédit-il.

L'intersyndicale a appelé à la tenue le jeudi 23 mars d'une nouvelle journée de grève et de manifestations en France.

Article original publié sur BFMTV.com