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Raconter l’Holocauste : les œuvres de fiction prennent-elles trop de place ?

On note une multiplication des œuvres de fiction où les noms tristement célèbres des camps d’extermination nazis s’affichent en titre. Selon un décompte du quotidien El País, entre 2010 et 2024, 85 livres portant la mention “Auschwitz” dans leur titre ont été référencés au registre ISBN (numéro international normalisé du livre). Un calcul qui “ne comprend pas les ouvrages scientifiques à proprement parler, […] ni les classiques écrits par des survivants”, tels que Primo Levi, précise le titre.

C’est un ouvrage récent, El barracón de las mujeres (“Le baraquement des femmes”, non traduit en français), qui pousse le quotidien à s’interroger sur le rôle des récits fictionnels dans la mémoire de la Shoah. Ce roman, qui relate l’histoire de femmes déportées à Ravensbrück et les sévices sexuels qu’elles ont subis, suscite la polémique. Les familles des survivantes remettent ainsi en question l’utilité d’un tel récit et ont accusé l’autrice de manipuler les faits sans se soucier de la mémoire des victimes.

Erreurs factuelles

“C’est regrettable, mais c’est un fait : Auschwitz et l’Holocauste sont des sujets qui font vendre”, commente auprès du titre une chercheuse rattachée au mémorial d’Auschwitz-Birkenau. La mise en récit des horreurs de la Seconde Guerre mondiale “vient illustrer un problème jamais résolu : comment peut-on raconter la Shoah, et quelles libertés peut s’autoriser un auteur par rapport à la réalité quand il se collette avec le nazisme”.

Car les critiques qui visent la véracité des faits historiques dans des œuvres de fiction relatives à l’Holocauste sont récurrentes. Le quotidien cite ainsi le cas d’un best-seller de l’autrice australienne Heather Morris, Le Tatoueur d’Auschwitz, publié en 2018, et qui avait suscité la désapprobation de la part du mémorial d’Auschwitz en raison des erreurs factuelles qui y figuraient.

Une époque sans témoins

Lors de la sortie, en 1978, de la série américaine Holocauste, plusieurs personnalités avaient sévèrement jugé l’œuvre, s’indignant de la banalisation des événements historiques. “Pour autant, la série a eu un retentissement considérable et un rôle essentiel dans la connaissance du génocide des Juifs en Allemagne. Elle a contribué à tirer de l’oubli un crime alors relativement occulté”, insiste néanmoins El País.

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