Covid-19: ils racontent les leçons tirées de leur premier confinement

Céline Hussonnois-Alaya
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Une personne atteinte du coronavirus et placée en confinement prend l'air sur son balcon. - ANDER GILLENEA / AFP
Une personne atteinte du coronavirus et placée en confinement prend l'air sur son balcon. - ANDER GILLENEA / AFP

Vers un reconfinement? Le président de la République doit annoncer ce mercredi soir un durcissement des mesures sanitaires pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. Plusieurs pistes ont été évoquées, notamment celle d'un confinement national. Mais après le premier et strict confinement du printemps, difficilement vécu par certains, ce second confinement serait assoupli: les écoles et services publics resteraient ouvertes et les activités stratégiques seraient maintenues.

"Là, ça commence à être vraiment dur"

Pas de quoi rassurer Mélanie*, une entrepreneuse de 34 ans, très inquiète aussi bien pour l'avenir de son activité professionnelle que pour son équilibre émotionnel. "Là, ça commence à être vraiment dur psychologiquement", témoigne-t-elle pour BFMTV.com. Car cette dirigeante d'une start-up spécialisée dans le conseil et l'accompagnement en développement commercial se dit "très stressée" par ces prochaines semaines de confinement - pour l'instant, même si rien n'est encore officiel, il serait question d'un mois.

"On a dû réduire progressivement nos sorties et nos contacts et avec le couvre-feu, je n'ai plus de vie sociale, je ne le vis pas super bien. Et puis maintenant on va être de nouveau confiné. C'est pesant. Je vais essayer, comme la dernière fois, de garder une vision à long terme pour essayer de dédramatiser."

En avril dernier, la trentenaire avait raconté à BFMTV.com avoir réussi à maintenir des rituels de travail: elle n'attaquait pas ses journées sans être douchée et habillée. Mélanie était aussi parvenue à structurer son emploi du temps, découpé en créneaux avec chacun de petits objectifs, et se ménageait également des moments pour faire un peu d'activité physique. Mais après cette première épreuve du printemps, la lassitude a pris le pas.

Si la jeune femme et son compagnon, qui résident à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, avaient alors préféré se confiner dans la maison de ses parents, en Seine-et-Marne, cette fois-ci, il n'en est pas question. Notamment pour préserver son entreprise.

"J'ai trois salariés, il faut que j'assure leur salaire et que je garantisse leur CDI. Ce qui m'inquiète beaucoup, c'est très lourd à porter toute seule. Évidemment, il n'est pas question d'ignorer les problèmes sanitaires mais j'espère vraiment que le confinement sera modéré pour que l'activité économique puisse se poursuivre."

"Mon mari sur le dos"

Jeanne (qui a souhaité que son prénom soit modifié), qui travaille pour un service de clientèle, appréhende elle aussi ces nouvelles semaines de confinement. D'autant que celui qu'elle a vécu au printemps était idéal. Cette trentenaire domiciliée en banlieue parisienne est partie avec ses deux enfants à la campagne dans une maison avec jardin.

"C'était un confinement très agréable, je ne travaillais pas, j'ai pu m'occuper de mes enfants et leur faire l'école, se souvient-elle pour BFMTV.com. J'aurais aimé pouvoir revivre la même chose."

Cette fois, la jeune femme sera en télétravail, tout comme son conjoint. Et c'est justement ce qui lui fait peur. La famille vit dans un petit appartement, avec peu de possibilités pour s'isoler en journée.

"En plus, en ce moment, ce n'est pas la super entente dans le couple, regrette Jeanne. On ne partage rien, on est d'accord sur rien, même pas sur la musique qu'on écoute. Avoir mon mari vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur le dos, je ne m'en réjouis pas. Heureusement, les enfants seront à l'école. Sinon, je ne vois pas comment ça aurait été possible de gérer tout ça en même temps."

Quant aux week-ends confinés, Jeanne envisage de faire appel à son stock de jeux de société et prévoit déjà d'organiser des après-midi crêpes. Et tente malgré tout de positiver. "Je vais essayer de prendre les choses avec philosophie et transformer les contraintes quelque chose de positif. Que ce soit une opportunité pour faire des choses ensemble. Ça ne fonctionnera peut-être pas tout le temps, mais en mettant un peu de sagesse dans le quotidien, il y aura bien des fois où ça marchera."

Équipés pour bricoler

Benjamin* et Savinien*, 33 ans tous les deux et respectivement graphiste et responsable marketing, sont quant à eux plus enthousiastes à l'idée de rester confinés en amoureux dans leur loft de Tourcoing, dans le Nord. Si les relations sociales vont manquer au second, le premier est quant à lui "très content" de télétravailler. "Je trouve que ça marche hyper bien, même mieux qu'au bureau." Tous deux, comme ils l'avaient déjà confié à BFMTV.com au mois de mars, sont enchantés à l'idée de passer leurs journées ensemble.

Les deux trentenaires se sont cependant davantage préparés à ce nouveau confinement. Ils ont acheté le nécessaire pour réaliser des petits travaux chez eux - notamment refaire les joints dans la salle de bain et repeindre un mur - le b.a.-ba du bricoleur qui leur avait manqué au printemps. Ils se sont remis au sport à la maison depuis le début de la semaine - résolution qui n'avait pas tenue longtemps au printemps - et sont déjà prêts à appliquer de nouveau les règles qu'ils s'étaient fixées: pas de journée passée en pyjama.

Après trois semaines de strict confinement au printemps, Benjamin* et Savinien* avaient décidé d'organiser, avec leurs voisins de pallier, des soirées à thème: libanaise ou américaine, avec gastronomie spécifique et costumes appropriés. "Ça avait permis de rompre la monotonie." Et envisagent de faire de même cette fois-ci, mais avec masques et gestes barrière et une certaine période de sûreté.

"Pour nous, ce sera beaucoup plus simple de revivre un confinement, car on a pu s'y préparer. On voit que ça marche pour nous et pour le travail et on aborde aujourd'hui les choses plus sereinement."

"C'est un peu triste"

Maryse*, une retraitée de 74 ans, tente de prendre les choses avec sagesse. "Heureusement, je viens d'aller chez le coiffeur", confie-t-elle, entre humour et résignation, à BFMTV.com. Ce second confinement, elle le pressentait. "Avec le retour des enfants en classe, le nombre de cas à la hausse, je me doutais que ça allait nous tomber dessus." Cette grand-mère, qui garde cette semaine sa petite-fille, profite ainsi de ces derniers moments avec elle - son fils viendra la chercher plus tôt que prévu. "Je crains de ne pas la revoir avant Noël", déplore-t-elle. D'ailleurs, ses ambitions pour les fêtes de fin d'année en famille ont été revues à la baisse.

"On devait partir tous ensemble avec mon fils, ma belle-fille, son père, son frère et sa compagne ainsi que mes deux petits-enfants à la montagne pour Noël. Mais évidemment, on a tout annulé, il y avait trop d'interrogations. On ne sait pas si on aurait eu le droit d'être tous ensemble pour les repas ou d'aller au restaurant. Du coup, on fera Noël le 24 à midi. Ma petite-fille a dit que c'était nul."

Durant le confinement, la septuagénaire avait expliqué à BFMTV.com que son conjoint n'avait pas fait des stocks de pâtes ou de papier toilettes, comme cela a parfois été le cas, mais de baguettes, précieusement congelées. Cette fois-ci, leur priorité est de pouvoir maintenir leurs rendez-vous médicaux - son mari a très mal à l'épaule depuis plusieurs jours et doit subir des examens.

Pour garder le moral, Maryse, qui vit dans un petit village de Seine-et-Marne, se prépare à reprendre ses balades quotidiennes d'une heure dans les champs autour de chez elle auxquelles elle s'astreignait durant le confinement. "Il va falloir que je sorte mes bottes." Car en temps normal, elle a un emploi du temps chargé: c'est une habituée des randonnées en groupe, plusieurs fois par semaine, et sa vie sociale est très active. Elle espère qu'elle pourra tout de même maintenir un semblant de relations humaines.

"J'espère qu'on sera autorisé à rendre des visites, mêmes très courtes, comme à ma voisine d'en face que je vais voir de temps en temps. Depuis le Covid, on reste à distance et dans le jardin, mais ça fait tout de même du bien. J'espère qu'on pourra aussi se balader à deux, dans le village, avec une autre de mes amies. Avec les journées qui raccourcissent et les soirées encore plus longues, c'est un peu triste."

Tous les témoins marqués d'une * ont souhaité n'être présentés que par leur prénom.

Article original publié sur BFMTV.com