Migrants: Merkel face à l'opposition réaffirmée de la CSU

par Madeline Chambers et Sabine Siebold
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MIGRANTS: MERKEL VEUT ÉVITER UNE CONFRONTATION AVEC LA CSU

La chancelière allemande Angela Merkel cherchait jeudi à trouver un compromis avec ses alliés bavarois de l'Union chrétienne-sociale (CSU) sur la politique migratoire, afin d'éviter une crise politique qui menacerait la coalition gouvernementale au pouvoir depuis seulement trois mois. /Photo prise le 13 juin 2018/REUTERS/Michele Tantussi

par Madeline Chambers et Sabine Siebold

BERLIN (Reuters) - Les conservateurs bavarois de l'Union chrétienne-sociale (CSU) ont rejeté jeudi le compromis sur la politique migratoire proposé par la chancelière allemande Angela Merkel pour éviter une crise au sein de la coalition gouvernementale au pouvoir depuis seulement trois mois.

Signe des divisions actuelles, les parlementaires de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de Merkel et ceux de la CSU, formation du ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, s'étaient réunis séparément jeudi pour débattre des questions migratoires.

Au terme d'une réunion de quatre heures, les parlementaires de la CSU ont apporté leur soutien à Seehofer et déclaré que ce dernier pourrait même défier l'autorité de Merkel en allant au bout de son projet sans l'accord de la chancelière.

Cela serait un affront pour Angela Merkel et pourrait la pousser à démettre Horst Seehofer de ses fonctions ou à rompre l'alliance entre la CDU et la CSU, qui ne forment qu'un seul groupe parlementaire au Bundestag, la chambre basse du Parlement, depuis 1949.

Toutefois, sans l'apport des députés CSU, la CDU et les sociaux-démocrates du SPD, alliés de la chancelière au sein de la "grande coalition", n'ont pas de majorité au Bundestag.

La politique migratoire divise profondément les deux formations conservatrices, la CSU s'étant opposée en 2015 à la décision de la chancelière de laisser entrer des centaines de milliers de migrants sur le territoire allemand.

Horst Seehofer a estimé mercredi que l'Allemagne devait s'allier avec l'Autriche et l'Italie sur les politiques à mener en matière de migration et de sécurité, des dossiers désormais pilotés à Vienne et à Rome par des partis d'extrême droite.

Il défend une ligne dure sur les questions migratoires alors que les élections régionales auront lieu en octobre en Bavière, avec le risque pour la CSU de voir de plus en plus d'électeurs se tourner vers le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD).

La CSU demande que l'Allemagne refuse à sa frontière les migrants ayant déjà été enregistrés dans d'autres pays de l'UE, ce qui marque une rupture avec la politique d'ouverture de Merkel.


"NE PAS ATTENDRE INDÉFINIMENT L'EUROPE"

Durant leur réunion, les parlementaires de la CSU ont soutenu les efforts d'Angela Merkel pour trouver une solution au niveau européen sur la question migratoire mais ont dit ne pas pouvoir attendre aussi longtemps.

"Le tourisme migratoire doit cesser. L'Allemagne ne peut pas attendre indéfiniment l'Europe mais doit agir indépendamment", a déclaré le ministre-président (CSU) de Bavière, le très conservateur Markus Söder, qui exige que les migrants soient refoulés à la frontière.

La CSU décidera lundi de la suite à donner à cet affrontement avec Merkel.

"C'est sérieux, très sérieux", a prévenu Alexander Dobrindt, qui préside le groupe parlementaire CSU.

Angela Merkel a souligné pour sa part l'importance de réduire les flux migratoires et de contrôler l'immigration illégale, mais a insisté sur l'impossibilité pour l'Allemagne d'agir seule.

La chancelière avait préconisé mercredi une "approche unifiée" de la question migratoire au niveau de l'UE en vue du Conseil européen des 28 et 29 juin.

"L'immigration illégale est l'un des grands défis auxquels fait face l'Union européenne donc je ne pense pas que nous devrions agir de manière unilatérale", a-t-elle redit jeudi lors d'une conférence de presse.

La chancelière a déclaré s'être entretenue avec les présidents des régions sur les coûts liés à la politique d'immigration.

"Nous avons effectué des progrès aujourd'hui mais nous n'en avons pas encore fini avec les discussions", a annoncé Merkel.

Lors d'une réunion de la direction de la CDU jeudi matin, elle avait proposé un texte de compromis, prévoyant notamment que tout demandeur d'asile débouté une première fois en Allemagne soit automatiquement renvoyé à la frontière s'il revient faire une nouvelle demande.

"Il est tout à fait justifié de repousser des gens qui veulent entrer une deuxième fois en Allemagne, c'est un pas de Merkel en direction de Seehofer", avait déclaré, satisfait, le député CDU Mike Mohring, proche des positions des chrétiens-sociaux.

Le ministre (CDU) de la Santé Jens Spahn s'était montré plus réticent et avait demandé que les députés soient consultés sur la proposition de la chancelière.

C'est ce compromis que la CSU a rejeté.

De son côté, le Parti social-démocrate (SPD), la troisième composante de la "grande coalition", a appelé le bloc conservateur à mettre fin à ses querelles intestines. Sa dirigeante Andrea Nahles a accusé la CDU et la CSU de mettre en scène toute cette affaire à des fins purement électoralistes.

Depuis 2015, plus de 1,6 million de demandeurs d'asile, dont beaucoup de musulmans, sont arrivés en Allemagne, ce qui a eu pour conséquence d'affaiblir le bloc conservateur d'Angela Merkel lors des élections de septembre dernier au profit de l'AfD.


(avec Andreas Rinke; Jean-Stéphane Brosse, Guy Kerivel et Jean Terzian pour le service français, édité par Henri-Pierre André)