Résignés ou farouchement opposés : comment les Français se préparent à un possible reconfinement

Céline Hussonnois-Alaya
·8 min de lecture

La France pourrait de nouveau être confinée dans les prochains jours. Une catastrophe pour certains, un soulagement pour d'autres.

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"Pas une atteinte à mes libertés"

Evelyne*, une retraitée de 73 ans, voit les choses avec philosophie. "Le reconfinement, c'est certainement très contrariant mais cela peut être utile, remarque-t-elle pour BFMTV.com. Le premier avait tout de même donné des résultats." Trois pistes sont actuellement à l'étude au plus haut sommet de l'État

La septuagénaire reconnaît que son discours de raison est plus facile à tenir lorsque, comme elle, on ne travaille plus et que l'on n'a plus d'enfants en bas âge à garder à la maison. "C'est vrai que pour moi, ça ne changerait pas grand chose." Du fait du contexte sanitaire mais aussi parce qu'elle vient de subir une intervention chirurgicale, elle a beaucoup réduit ses sorties et ses contacts avec ses proches.

"C'est très égoïste, mais je ne vois pas ça comme une atteinte à mes libertés. La seule chose qui me contrarie, c'est de ne pas pouvoir voir mes enfants et mes petits-enfants. Ma petite-fille a fait ses premiers pas et je ne l'ai pas encore vue marcher."

Faire "des sacrifices"

Pauline*, 35 ans, partage le même point de vue. Pourtant, cette directrice de crèche et mère de deux enfants a bien conscience de ce qu'un nouveau confinement impliquerait: un bébé d'un an et demi et une petite fille de 5 ans enfermés toute la journée à la maison. "Quand on voit l'évolution de la situation, j'ai du mal à imaginer qu'on ne repasse pas par un confinement total", s'inquiète-t-elle. Cette ancienne infirmière en néonatalogie et son conjoint ont déjà radicalement réduit leurs contacts: ils ne reçoivent plus personne et la dernière fois qu'ils ont vu des amis, il y a un mois, c'était à distance et en forêt.

"On l'a déjà fait une fois, on arrivera à gérer un nouveau confinement. Mais c'est vrai que pour nous, c'est plus facile: nous vivons dans une maison et nous avons un jardin. Et on a la chance de pouvoir télétravailler."

Pauline assure être prête à faire "des sacrifices" pour pouvoir un jour reprendre une vie normale. "On a la chance de ne pas avoir été touché de près. Si tout le monde se mobilise, on pourra éviter bien des drames." Alexandra*, 30 ans, est sur la même longueur d'onde. Pour cette jeune femme en reconversion professionnelle, le confinement est une nécessité. Et elle s'y prépare.

"De toute façon, je ne sors quasiment plus depuis le début de la crise sanitaire, je m'y suis habituée. Si ma formation implique des cours en présentiel une semaine sur deux, je sais qu'on est prêt à basculer en 100% distanciel à tout moment et je m'y attends. Face à une telle crise, on ne peut pas être égoïste et prendre les choses par dessus la jambe."

Sa mère et sa grand-mère, qu'elle n'a pas vues depuis le mois juillet, lui manquent "beaucoup" mais elle sait que tout cela a un sens. "C'est pour les protéger, c'est mieux comme ça."

"On va péter les plombs"

D'autres sont moins sereins à l'idée d'un reconfinement. Séverine*, une enseignante de 43 ans, craint surtout pour son fils, qui vient d'entrer en 6e. "J'ai très peur que les écoles ferment", s'inquiète-t-elle pour BFMTV.com. Des épidémiologistes appellent à ne pas rouvrir les écoles après les vacances de la Toussaint. Si la quadragénaire se dit prête à renoncer aux sorties, aux visites à la famille et aux loisirs, et assure qu'elle accepterait sans trop de souci un confinement le soir et le week-end, elle craint de revivre un scénario similaire à celui du printemps.

"Mon fils a déjà perdu trois mois l'année dernière. En terme de désocialisation et de perte d'apprentissages, ça fait beaucoup. Et l'école à la maison, c'est très lourd. Avec les frictions potentielles et puis moi en télétravail, on va péter les plombs."

Séverine angoisse même à la perspective d'un reconfinement plus drastique. Au point même que cela joue sur son moral.

"Il y a un côté retour à la case départ. J'ai l'impression qu'on ne va jamais s'en sortir de ce virus et qu'on n'en viendra pas à bout."

Un flou "insupportable"

Si Marylyn*, une secrétaire médicale de 46 ans, considère qu'un reconfinement est "inévitable", est elle tout de même très inquiète pour l'avenir universitaire de ses deux enfants. L'aîné est en deuxième année de Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives) et la cadette entame sa première année dans l'enseignement supérieur.

"Ils ont déjà une semaine sur deux de cours à distance, ce qui est un peu aberrant surtout quand on est en Staps. Ça casse le rythme et c'est plus difficile pour eux de s'investir. Ce n'est vraiment pas évident et j'ai peur que ma fille, inscrite dans une filière qu'elle n'a pas choisie, ne décroche. Elle a de la volonté et c'est une bonne élève, mais elle pourrait se démotiver."

Pour David Le Breton, anthropologue et sociologue, "le plus insupportable, c'est cette indécision", pointe-t-il pour BFMTV.com. Car selon lui, les Français seraient prêts à accepter de nouvelles mesures plus contraignantes, "mais ils ont besoin de savoir à quoi s'en tenir".

"Les voyages prévus pourront-ils avoir lieu? Pourra-t-on se réunir pour les fêtes de fin d'année? Sera-t-on limité à des déplacements dans un rayon de 100 km? Qu'en sera-t-il si des régions sont confinées et pas d'autres? s'interroge ce professeur à l'université de Strasbourg. Je pense que l'immense majorité des Français est consciente qu'il y a menace sur la santé des uns et des autres, que c'est le prix à payer et que ce n'est pas une lubie du gouvernement. Mais ils ont besoin de savoir."

"Ridicule"

Pour d'autres, la perspective d'un reconfinement est loin d'être une évidence. Pauline*, une travailleuse sociale de 22 ans et mère d'un bébé de deux mois, est en colère. "Un reconfinement le soir et le week-end, ce serait ridicule!" gronde-t-elle pour BFMTV.com. Car pour cette jeune femme, qui va "régulièrement chez les copains" le week-end et pour qui rentrer à 21 heures, "c'est pas trop dans nos habitudes", cette mesure serait vouée à l'échec.

Quant à un reconfinement total, Pauline considère que ce serait comme "reculer pour mieux sauter". Pour Fanny Parise, anthropologue et chercheuse associée à l'université de Lausanne, si le premier confinement a été globalement accepté et respecté par les Français et Françaises, il n'est pas certain qu'il en soit autant pour un second, analyse-t-elle pour BFMTV.com.

"Nous sommes dans une nouvelle gestion culturelle du risque. Certains se sont rendus compte qu'ils pouvaient avoir une liberté d'interprétation permettant de rendre plus acceptables les contraintes, le relâchement des gestes barrière en est une preuve. Nous faisons ainsi pencher la balance d'un côté ou de l'autre selon notre propre jugement de ce qui est dangereux ou inapproprié et selon nos propres priorités. Ces petits ajustements permettent aussi de rendre acceptable l'insupportable."

"Un grand gâchis"

Pour cette anthropologue, ces mécanismes irrationnels sont aussi une manière de résister "à un quotidien difficile et à un futur qui fait peur", ajoute Fanny Parise.

"Pour certains, le confinement n'a pas été rose et ils savent que les prochains mois ne le seront pas non plus. C'est tout à fait paradoxal alors que l'épidémie bat des records. Mais ils se retrouvent ainsi dans une sorte d'entre-deux et se disent 'c'est le moment de profiter' avant d'affronter le pire."

Marion*, 34 ans, est elle aussi irritée par l'éventualité d'un reconfinement, mais pour d'autres raisons. "Je comprends bien que le confinement soit la seule solution alors que c'est la folie dans les hôpitaux et qu'il faut soulager les soignants, mais comment a-t-on pu en arriver là?" Si la jeune femme, intermittente du spectacle, se dit "triste" à l'idée de ces nouvelles semaines entre parenthèses, sans perspectives professionnelles ni rencontres amicales ni fête pour son anniversaire dans quelques jours, elle dénonce "un grand gâchis".

"En vérité, l'origine de cette crise, ce n'est pas un virus mais des décennies d'économies faites dans la santé et de choix politiques de suppressions de lits. Et l'on va payer ce coût humain pendant des années."

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Article original publié sur BFMTV.com

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