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Les Républicains en opération survie, essorés par le virage à droite d’Emmanuel Macron et Gabriel Attal

Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et président des Républicains, le 16 janvier 2024 à l’Assemblée.
THOMAS SAMSON / AFP Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et président des Républicains, le 16 janvier 2024 à l’Assemblée.

POLITIQUE - Rude mois de janvier chez Les Républicains. Après l’entrée au gouvernement de figures LR - dont l’emblématique Rachida Dati -, le président de la République qui surfe sur les thèmes (et le vocabulaire) de la droite lors de son « rendez-vous avec la nation », voilà que le Premier ministre a enfoncé le clou du même côté lors de sa déclaration de politique générale le 30 janvier.

Au lendemain du discours de Gabriel Attal, même le chef des sénateurs LR Bruno Retailleau a été obligé de reconnaître, ce mercredi 31 janvier sur TF1 que « la ligne mélodique était à droite ». Entre des saillies prônant la fermeté, une annonce de réforme du droit du travail pour « libérer les énergies » des entreprises ou encore la généralisation du conditionnement du RSA, le chef du gouvernement a ratissé dans les jardins de la droite et Les Républicains ne peuvent pas le nier.

LR réduit à chercher « les trous »

À cinq mois des élections européennes, il y a urgence à se (re)créer un espace sous peine d’être menacé de disparition. Mardi soir, le président du parti Éric Ciotti s’empresse de fustiger un discours qui « a manqué de vision », déplore l’absence de « réformes profondes » et relègue Gabriel Attal au rôle de « conseiller en communication d’Emmanuel Macron ».

Sur TF1, ce mercredi Bruno Retailleau insiste sur « les trous, les manques » : « Rien sur la dette, rien sur l’immigration, rien sur le vieillissement », égrène-t-il avant d’évoquer le volet sécuritaire. « Ce n’est pas plus de policiers et de gendarmes qu’il faut, c’est une révolution pénale », plaide le sénateur remettant sur le tapis les peines pour les mineurs et plancher. Dans Le Figaro le même jour, il pointe « l’absence d’engagements concrets sur la maîtrise de la dépense publique » et estime, dans un contexte de crise agricole, que la réponse du gouvernement n’est pas à la hauteur et que le discours du Premier ministre a été « très insuffisant » sur les pratiques commerciales européennes.

À défaut de pouvoir s’opposer frontalement sur les idées, voilà LR contraint d’anticiper un éventuel manque de concrétisation de l’exécutif. « Certains mots sonnaient juste, mais ce ne sont pas les mots qui comptent : ce sont les actes », résume Bruno Retailleau dans le quotidien. Et quel meilleur angle d’attaque pour appuyer ce propos que la loi immigration ?

Se rattraper après la loi immigration

Après la censure par le Conseil constitutionnel de la majorité des mesures introduites par la droite, le président LR du Sénat, Gérard Larcher, a appelé l’exécutif à représenter les dispositions écartées dans un texte spécifique. Une demande immédiatement balayée par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. La droite fulmine, mais... « La loi sur l’immigration a eu au moins un mérite : elle a montré qu’Emmanuel Macron ne voulait pas travailler avec la droite, pour la bonne et simple raison qu’il n’est pas de droite. J’ai toujours dit que nous n’étions pas solubles dans le macronisme », déclare opportunément Bruno Retailleau au Figaro.

C’est dans ce contexte qu’a été évoqué lors d’une réunion de groupe à l’Assemblée nationale le 30 janvier, le possible dépôt d’une motion de censure. Certes, ce n’est pas une première, mais cette fois, comme le souligne L’Opinion, l’idée a été mise au débat par le président du groupe Olivier Marleix lui-même. Elle a été soutenue par la députée et secrétaire générale du parti Annie Genevard qui a fustigé « la duplicité » de l’exécutif sur ce dossier et évoqué « la censure » comme un « moyen à notre disposition » pour riposter, selon des propos rapportés dans L’Opinion.

Interrogé sur TF1, Bruno Retailleau y est aussi favorable : « je pense que dans les prochains mois, nous devrons déposer une motion de censure », déclare-t-il même s’il plaide pour « laisser une chance à Gabriel Attal » avant de prendre une décision.

La censure en « réaction » ?

Quid du grand chef Éric Ciotti ? Reçu à Matignon début janvier après la nomination du Premier ministre, le président du parti avait déjà mis en garde contre une « réaction » de LR en cas de 49.3 sur les textes budgétaires à l’automne. Le discours n’est pas inhabituel à droite. Mais depuis, la loi immigration a accentué les rancœurs.

Outre la censure des Sages, Éric Ciotti crie depuis mardi soir à la « trahison de la parole donnée » alors que Gabriel Attal a annoncé une réforme de l’AME par voie réglementaire plutôt que législative. En décembre, l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne avait promis que les parlementaires seraient « pleinement associés à ces travaux ».

À la tribune le 30 janvier, Olivier Marleix le président du groupe à l’Assemblée nationale n’y est pas allé par quatre chemins : « Souvenez-vous que la durée de vie de votre gouvernement (...) dépend aussi de cette Assemblée nationale où vous êtes minoritaire et dont vous n’aurez pas la confiance », a-t-il répondu à Gabriel Attal. Énième coup de pression ou véritable menace d’un parti prêt à repousser une de ses limites pour exister ?

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