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« Pour répondre à la colère des agriculteurs, il faut changer les règles du jeu » - TRIBUNE

« Pour répondre à la colère des agriculteurs, il faut changer les règles du jeu » - TRIBUNE (Photo d’illustration prise près de Bourges, le 24 janvier 2024)
GUILLAUME SOUVANT / AFP « Pour répondre à la colère des agriculteurs, il faut changer les règles du jeu » - TRIBUNE (Photo d’illustration prise près de Bourges, le 24 janvier 2024)

TRIBUNE - L’autoroute A64 en Haute-Garonne est depuis plusieurs jours bloquée par des groupes d’agriculteurs, syndiqués ou non, qui protestent contre des conditions économiques dégradées et un sentiment de déclassement. Ces actions se sont récemment teintées de tragique avec le décès d’une agricultrice et de sa jeune fille. J’adresse toutes mes condoléances à la famille. Personne ne doit mourir pour défendre ses idées et ses conditions de vie.

À Perpignan, on a suivi un blocage d’autoroute par des agriculteurs en colère

La colère agricole gronde en réalité depuis plusieurs années et cette contestation a lieu dans un contexte particulièrement tendu sur le sujet agricole au niveau européen.

La contestation part des mêmes zones qu’en 1991-1992 avec la réforme de la PAC imposée par l’Organisation Mondiale du Commerce et une Europe devenue néolibérale. Ce n’est pas une surprise. Au moment de la mise en place de cette réforme il y a trente ans, le ministère a imposé des aides à l’hectare basées sur les rendements moyens par département. Schématiquement, les céréaliculteurs du Bassin parisien touchaient des primes supérieurs à ceux de Gascogne. La différence pouvait être de 50 à 60 %. Le différentiel était encore accentué avec la vente des grains. Les éleveurs traditionnels étaient encore plus injustement traités. La prime à l’herbe atteignait à peine 30 % des montants versés à ceux qui faisaient du maïs ensilage.

Les éleveurs qui ont lancé la contestation ont été triplement pénalisés, parce qu’ils sont éleveurs, parce qu’ils ont des petites fermes et parce qu’ils sont dans le Sud-ouest

En trente ans, la situation n’a que très peu changé. Les revenus moyens des céréaliers du bassin parisien dépassent les 40 000 euros par an. Ceux des éleveurs du Sud-ouest plafonnent à moins de 10 000 euros ! Les éleveurs qui ont lancé la contestation sont du Lauragais (Occitanie). Ils ont été triplement pénalisés, parce qu’ils sont éleveurs, parce qu’ils ont des petites fermes et parce qu’ils sont dans le Sud-ouest. Les inégalités entre agriculteurs s’accroissent. Pendant qu’une minorité profite du système, la majorité s’appauvrit et ne parvient plus à vivre de son travail. Les gouvernements socialistes et de droite, main dans la main avec la FNSEA, n’ont rien fait pour réduire les inégalités.

À la fin, ce sont les agriculteurs qui se font marcher sur la tête

On marche sur la tête. Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA et président de la multinationale Avril (9 milliards de chiffre d’affaires en 2022), veut la peau de la transition agroécologique, alors qu’il faut au contraire massivement mettre des moyens sur la table pour protéger les agriculteurs, en première ligne face aux bouleversements environnementaux. C’est une question de bon sens environnemental.

La droite et les macronistes se posent en grands défenseurs des agriculteurs alors qu’ils soutiennent les accords de libre-échange et sont incapables de réguler les marchés agricoles pour assurer aux agriculteurs une juste rémunération de leur travail. Stop à l’hypocrisie. La stratégie de l’autruche ne sert que les intérêts d’une poignée d’agro-managers et d’industriels et à la fin, ce sont les agriculteurs qui se font marcher sur la tête.

Il y a urgence à agir et les agriculteurs ont un rôle de premier plan à jouer. Pour cela, ils ont besoin de stabilité et de protection.

Le Premier ministre Gabriel Attal dispose dès maintenant de marges de manœuvre importantes, notamment en adaptant la version française de la PAC, pour répondre à certaines des attentes des éleveurs du Volvestre (Haute-Garonne). Il faut cependant aller plus loin, changer les règles du jeu. Les défis sont nombreux. La guerre de la Russie contre l’Ukraine a complètement déstabilisé les marchés européens. Les missiles de Poutine coulent les cargos ukrainiens dans la mer Noire. Le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité rendent l’activité agricole de plus en plus difficile et incertaine. Les marchés mondiaux, basés sur la spécialisation des zones de production, sont de plus en plus instables et mettent en danger la sécurité alimentaire.

Il y a urgence à agir et l’agriculture et les agriculteurs ont un rôle de premier plan à jouer. Pour cela, ils ont besoin de stabilité et de protection. C’est ce que les écologistes défendent.

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