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Réforme des retraites : Comment Macron s’est retrouvé en première ligne

Emmanuel Macron, lors d’un hommage national  au gendarme Maréchal des Logis-Chef Arnaud Blanc tué en Guyane lors d’une opération de lutte contre l’orpaillage illégal.
Emmanuel Macron, lors d’un hommage national au gendarme Maréchal des Logis-Chef Arnaud Blanc tué en Guyane lors d’une opération de lutte contre l’orpaillage illégal.

POLITIQUE - Dans les manifestations, les pancartes visant Emmanuel Macron deviennent presque aussi nombreuses que celles contre la réforme des retraites. « Louis XVI, 1754-1793. Macron : 2017-2023 », pouvait-on par exemple lire sur l’une de celles aperçues à Rennes, ce mardi 28 mars. « Manu Ciao » était tagué à divers endroits le long du parcours du cortège qui a traversé Paris le même jour. Au bout de trois mois de manifestations aux affluences records, la contestation contre la réforme des retraites se mue en contestation contre le président de la République.

Le couple exécutif n’a jamais cédé d’un pouce sur le fond du texte et sa mesure la plus controversée, qui consiste à reculer l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Le 21 février à Rungis, Emmanuel Macron maintient qu’il faut « travailler un peu plus longtemps ». Une rare prise de parole publique depuis la présentation du texte, plus d’un mois auparavant. Dans l’intervalle, l’intersyndicale a déjà organisé cinq journées de mobilisation.

A protester holds a placard reading "Louis XVI 1754-1793; Macron 2017-2023" during a demonstration after the government pushed a pensions reform through parliament without a vote, using the article 49.3 of the constitution, in Rennes, western France, on March 28, 2023. - France faces another day of strikes and protests nearly two weeks after the president bypassed parliament to pass a pensions overhaul that is sparking turmoil in the country, with unions vowing no let-up in mass protests to get the government to back down. The day of action is the tenth such mobilisation since protests started in mid-January against the law, which includes raising the retirement age from 62 to 64. (Photo by JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

Hormis cette brève déclaration, le président de la République a laissé Élisabeth Borne et Olivier Dussopt monter au front et encaisser les coups. Jusqu’au jeudi 16 mars. Après trois réunions de crise à l’Élysée – le lieu a son importance – Emmanuel Macron donne son feu vert à Élisabeth Borne pour engager la responsabilité du gouvernement sur le texte.

Le tollé est immédiat et se concrétise dans la rue avec une semaine de manifestations spontanées, émaillées de heurts. La Première ministre monte au créneau le soir même sur TF1 pour justifier sa méthode. Sans convaincre : elle est déjà visée par deux motions de censure (dont elle réchappe de peu) et, dans le contexte, c’est la parole du président de la République qui est attendue. Il descend dans l’arène – le 13 heures de TF1 et France 2 – six jours plus tard, le 22 mars. Et persiste : le chef de l’État se dit prêt à « endosser l’impopularité » de sa réforme, qu’il espère voir « entrer en vigueur d’ici la fin de l’année »

« Le président de la République suscite la colère »

Le lendemain, jeudi 23 mars, la mobilisation renoue avec une affluence record, mais cette neuvième journée d’actions marque aussi le début de la violence dans des manifestations jusqu’alors remarquables par leur calme : l’Intérieur procède à 457 interpellations, 441 policiers et gendarmes sont blessés dans toute la France et, à Bordeaux, la porte de l’hôtel de ville est incendiée. La gauche déplore ces violences et renvoie la faute… sur Emmanuel Macron. « Le Président de la République joue le pourrissement et suscite de la colère », écrit Fabien Roussel sur Twitter.

Les opposants à la réforme s’inquiètent. Le soutien de l’opinion aux manifestations est primordial, alors que ces dernières sont vues comme l’un des derniers moyens de pression sur l’exécutif. Après presque 100 jours, il ne s’est pas démenti : selon un sondage Elabe pour BFMTV daté du 23 mars, 60 % des Français interrogés expriment toujours leur sympathie pour l’action de l’intersyndicale, un chiffre stable depuis janvier. Mais la lassitude et surtout la montée des violences et les dégradations de biens publics ravivent les craintes de voir la passion populaire diminuer.

Borne « fusible », Macron au centre du jeu

Néanmoins, cette stratégie du « pourrissement » n’est pas non plus sans risque pour le couple exécutif. La Première ministre Élisabeth Borne est sortie fragilisée de l’examen du texte et du 49.3, et la question de son maintien à Matignon circule en coulisses, surtout depuis qu’elle a assumé devant des ministres et cadres de la majorité le fait d’être « un fusible ».

Mais c’est surtout Emmanuel Macron et la poursuite de son quinquennat qui sont au centre du jeu. Le président a fait de la retraite la mesure principale de sa campagne de 2022 et sa majorité n’hésite d’ailleurs pas à le rappeler pour justifier sa détermination à mener le projet à son terme : « On a tous fait campagne, moi y compris, sur le fait qu’on allait demander aux Français de travailler plus longtemps », répétait Olivier Véran sur LCI le 13 mars.

De quoi faire du président de la République celui qui incarne le texte, avec tous les inconvénients qui peuvent en découler. « Si l’exécutif joue le pourrissement, quoi qu’il arrive, Emmanuel Macron en paiera les conséquences », estime l’ancien secrétaire général de Force Ouvrière Jean-Claude Mailly, auprès du HuffPost.

Le spécialiste en communication politique Philippe Moreau Chevrolet pointe un premier écueil : « Jouer le pourrissement, ça ne fait qu’amplifier le problème, car cela provoque une logique de surenchère », analyse-t-il auprès du HuffPost. Dans L’Obs, le politiste Xavier Crettiez évoque aussi le risque de « favoriser l’accès au pouvoir de partis nettement plus inscrits que le sien dans une logique d’ordre ». L’extrême droite de Marine Le Pen est en embuscade.

« C’est à l’Élysée que tout se décide malheureusement » - Fabien Roussel

L’analyse est partagée au sein de la Macronie. Sur franceinfo, ce jeudi 30 mars, le député de Paris Gilles Le Gendre met en garde sur une « très mauvaise stratégie, qui amènerait directement à un surcroît de radicalité dans notre pays ». Néanmoins, pour ce macroniste de la première heure, ce n’est pas le choix qu’a fait le président. Preuve en est, selon lui, l’invitation d’Élisabeth Borne aux syndicats en début de semaine prochaine.

Sauf que cette main tendue a été jugée insuffisante par une partie de l’opposition. Vendredi 31 mars, le secrétaire national du PCF Fabien Roussel a ainsi décliné l’invitation de la Première ministre et demandé « à être reçus par le Président de la République » car « c’est à l’Élysée que tout se décide malheureusement ». Son homologue chez LFI Manuel Bompard a fait de même. Les parlementaires LFI prévoient un cortège mardi pour demander le retrait du texte. Pas devant Matignon, mais devant l’Élysée.

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