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Réforme des retraites : le huis clos de la CMP contourné par les élus de la NUPES

Les parlementaires de la NUPES avant leur entrée dans la salle de l’Assemblée nationale pour la CMP sur les retraites.
Les parlementaires de la NUPES avant leur entrée dans la salle de l’Assemblée nationale pour la CMP sur les retraites.

POLITIQUE - Ultra-minoritaires au sein du huis clos de la commission mixte paritaire où 14 parlementaires tentent de ficeler un compromis final sur la réforme des retraites, les députés de la NUPES se sont lancés ce mercredi 15 mars sur les réseaux sociaux dans une bataille très politique pour la transparence de ces tractations.

« C’est parti pour la commission mixte paritaire » : il est 9H15, et le compte Twitter du groupe parlementaire LFI (@FiAssemblee) lance son compte rendu en temps quasi-réel des échanges dans une salle à l’Assemblée, où sont réunis sept députés et sept sénateurs de tous bords, et autant de suppléants.

Conformément à l’usage et en dépit de la demande (rejetée) des socialistes de rendre publique la séance, cette commission tient ses débats à l’abri des regards. Mais signe de la tension particulière autour de cette dernière ligne droite, même les couloirs d’accès à la salle ont été fermés aux journalistes.

GIF, ironie et critiques

Derrière les portes closes, la présidente de la CMP, la macroniste Fadila Khattabi, lance un avertissement aux députés indisciplinés qui seraient tentés de rendre compte des débats en direct. La cheffe de groupe insoumis Mathilde Panot relaie l’information, en criant au « coup de pression ».

« Je ne diffuserai donc rien en direct et n’enregistrerai pas nos échanges », fait mine de se résigner le député LFI Hadrien Clouet sur son compte Twitter, présent dans la salle comme suppléant. Mais « ouf, je réalise que Twitter permet de diffuser avec un peu de décalage. Mais rien en direct, promis », ajoute-t-il, joueur, avant de se lancer un semi live-tweet.

La gauche, farouchement opposée à la réforme, est largement minoritaire au sein de la CMP, où le camp présidentiel et la majorité sénatoriale pro-réforme (droite et Union centriste, plus le chef des députés LR Olivier Marleix) se partagent dix sièges de titulaires sur 14 votants.

Mais pour alimenter l’opposition, alors que se tient parallèlement la huitième journée de mobilisation nationale, les élus mandatés rivalisent de commentaires acerbes, visant aussi bien la majorité présidentielle que la droite et le RN. C’est ainsi que Mathilde Panot évoque les « larmes de crocodile » du député Renaissance Sylvain Maillard, tandis que ses collègues ironisent sur une de ses sorties : « ’La CMP redonne du souffle à la démocratie’. Osé quand on sait la répartition ! », tacle ainsi l’écologiste Sandrine Rousseau, présente au titre de suppléante.

« L’opposition lepéniste = un filet d’eau tiède qui chouine », écrit plus tard l’insoumis Hadrien Clouet, tandis que le socialiste Arthur Delaporte se fend d’un GIF pour moquer l’entente entre LR et Renaissance.

Lors d’une brève pause aux alentours de midi, Panot fustige une CMP « en apesanteur sociale ». « On dirait que ces gens n’ont ni entendu parler des 80 % de Français opposés à la réforme, ni de l’intersyndicale unie, ni des manifestations historiques », écrit-elle avant de donner « rendez-vous tout à l’heure dans la rue. »

« Live-tweet déformant »

Comme pour répondre aux publications de la gauche, le sénateur de la majorité Xavier Iacovelli a lui aussi publié quelques messages de l’intérieur. Mais la publicité voulue des débats a globalement été fustigée par le gouvernement, le ministre du Travail Olivier Dussopt déplorant le matin même sur Public Sénat la « tendance assez régulière des membres de LFI de vouloir casser les règles et remettre en cause le fonctionnement des institutions  ».

Le court-circuitage du huis clos n’agace pas que les élus de la majorité. « La France Insoumise a fait le choix de déformer les propos, de mentir sur un certain nombre d’éléments en diffusant sur les réseaux sociaux, ce qui peut être dit », est ainsi venu s’insurger devant la presse le député RN Thomas Ménagé, lui aussi membre de la CMP.

Le compte rendu en question sera publié sur le site de l’Assemblée, mais avec plusieurs heures voire quelques jours de décalage.

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