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Comment la réforme des retraites fait vaciller la Nupes

Comment la réforme des retraites fait vaciller la Nupes (photo de Hadrien Clouet prise le 3 octobre 2022)
LUDOVIC MARIN / AFP Comment la réforme des retraites fait vaciller la Nupes (photo de Hadrien Clouet prise le 3 octobre 2022)

POLITIQUE - Le programme court n’aura pas empêché un essorage intense. La réforme des retraites quitte l’Assemblée nationale pour rejoindre le Sénat après dix jours de débats difficiles, entre invectives, accusations d’obstruction ou de mensonges répétés. Les discussions se sont achevées vendredi 17 février à minuit, comme le prévoyait la procédure choisie par le gouvernement, sans vote, les députés n’ayant pas réussi à aller jusqu’au bout de l’examen du texte.

Deux semaines de discussions houleuses qui auront mis les différents camps à rude épreuve. Éric Ciotti, le chef des Républicains, a démis Aurélien Pradié de ses fonctions de vice-président du parti ce samedi, moins de vingt-quatre heures après la fin des débats au Palais Bourbon, sur fond de désaccords sur la réforme.

De son côté, la majorité a affiché de rares dissensions publiques avant de resserrer les rangs. Mais c’est surtout à gauche de l’hémicycle que les débats sur la réforme risquent de laisser le plus de traces. La Nupes (l’alliance des socialistes, insoumis, écolos et communistes) apparaît plus fragile aujourd’hui qu’avant le début de l’examen au Palais Bourbon.

Désaccords sur le ton…

Sur le fond, aucun doute : les différentes chapelles sont toutes opposées à la réforme des retraites d’Emmanuel Macron et Élisabeth Borne, farouchement. Les députés, roses, verts ou rouges usent tous des mêmes arguments contre ce projet très impopulaire. Les différences sont ailleurs, mais non moins cruciales.

Elles ont émergé à la faveur de plusieurs épisodes, à l’initiative de députés LFI. Quand Thomas Portes publie, le 9 février, une photo de lui posant le pied sur un ballon à l’effigie d’Olivier Dussopt, nombreux sont les élus socialistes ou communistes à lui demander de retirer son tweet, tandis que les insoumis volent à son secours. « Son comportement est inqualifiable », tonne par exemple l’élu PS Philippe Brun le lendemain sur BFMTV, reprochant à ces outrances de « détruire la mobilisation extraordinaire » de la rue.

Son collègue insoumis écopera finalement de la plus lourde des sanctions prévues par l’Assemblée nationale, une exclusion de quinze jours. Quelques jours plus tard, une autre scène provoque l’embarras, au mieux, des partenaires de LFI, leur colère au pire. Le député insoumis Aurélien Saintoul qualifie, au micro, Olivier Dussopt « d’assassin » en conclusion d’une question sur la recrudescence des accidents du travail. Tollé immédiat sur tous les bancs, ou presque, et excuses rapides de celui qui concède avoir mal choisi ses mots.

Son collègue communiste, André Chassaigne prendra la parole quelques secondes plus tard pour expliquer qu’il se sent « choqué », « blessé », « humilié » par ses mots. « Tenir de tels propos est absolument inacceptable » , assène l’élu, membre de l’Assemblée depuis 2012, applaudi, alors, par tous les bancs.

...Et les stratégies

Autant de différences de ton qui ont masqué, pendant plusieurs jours, des divergences plus déterminantes pour la suite de l’examen de la réforme. Jean-Luc Mélenchon a mis la lumière en premier ces désaccords stratégiques en reprochant à ses alliés communistes de retirer leurs amendements, jeudi soir, veille de la fin de l’examen au Palais Bourbon. Comme les députés PS et EELV, les communistes ont progressivement supprimé leurs propositions pour pouvoir débattre de l’article 7, celui qui repousse l’âge légal de départ à la retraite.

« Incompréhensible retrait des amendements du PCF. Pourquoi se précipiter à l’article 7 ? Le reste de la loi ne compte pas ? Hâte de se faire battre ? », s’agace alors l’ancien candidat à l’élection présidentielle, sur Twitter… Provoquant les remarques acerbes des communistes, présents en séance. « Lorsque le groupe communiste prend une décision, il le fait après avoir réfléchi, en pleine souveraineté, avec comme seule boussole être utile aux gens », répond le député Sébastien Jumel.

La Nupes remise en cause ?

Autant de doutes, ou d’échanges tendus, comme autant d’arguments supplémentaires donnés aux pourfendeurs de cette union. « Consterné par une certaine opposition qui a préféré l’obstruction. Cette stratégie LFI-NUPES n’est pas la bonne pour la gauche », fustige ainsi Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen et concurrent d’Olivier Faure au dernier congrès PS, ce samedi sur Twitter.

Plus significatif, encore, des députés qui ont toujours soutenu l’alliance commencent à émettre des réserves publiques sur ses contours pour l’avenir. C’est le cas par exemple des écolos Sandrine Rousseau et Cyrielle Chatelain. « La Nupes, ça fonctionne quand on travaille de manière concertée », a ainsi expliqué cette dernière, présidente du groupe écologiste, lors d’un entretien à l’AFP vendredi en marge de la clôture des débats à l’Assemblée.

« Chacun des partis de la Nupes est indispensable mais, pour que ça fonctionne, il faut respecter aussi l’ensemble », a-t-elle également estimé, en regrettant un « raté stratégique de LFI » sur l’idée de ne pas aller jusqu’à l’article 7. Dans cette même logique, selon sa collègue Sandrine Rousseau « il y a un effort à faire pour passer de LFI à la Nupes. » Pour elle, l’heure est même venue de « décider d’un acte II de la Nupes. » Pas simple. Au même moment, Jean-Luc Mélenchon critiquait, sur son blog, des « alliés » qui « se sont, hélas, alignés sur les leçons de bonnes manières données par la macronie. »

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