Réforme des retraites: encore des désaccords chez LR malgré un rapprochement avec l'exécutif

Aurélien Pradié - AFP
Aurélien Pradié - AFP

Au moment de dévoiler la réforme des retraites, Élisabeth Borne brosse dans le sens du poil son allié de circonstances. La Première ministre multiplie les gestes envers la droite. Sans elle, la majorité relative ne peut faire adopter son texte à l'Assemblée nationale, à moins d'utiliser l'article 49, alinéa 3 de la Constitution.

Dès lors, la cheffe du gouvernement enchaîne les appels du pied, répétant à plusieurs reprises "je pense aux Républicains" à mesure qu'elle égrène les différentes dispositions de la réforme. Les digues semblent tomber les unes après les autres.

A commencer par le report de l'âge légal à 65 ans, voulu par Emmanuel Macron mais jugé "trop brutal" par Éric Ciotti, malgré les engagements similaires de François Fillon puis Valérie Pécresse.

"Ces 65 ans n’ont jamais été une fin en soi", explique Élisabeth Borne au début de son intervention.

Résultat, "l’âge légal de départ à la retraite sera relevé progressivement de 3 mois par an pour atteindre 64 ans en 2030."

Petites retraites, congés parentaux...

Un premier point accordé au Sénat, dont la majorité de droite vote depuis plusieurs années un amendement consistant à porter l'âge légal à 64 ans. Mais aussi à accélérer la réforme Touraine, laquelle prévoit une hausse progressive de la durée de cotisation.

Feu vert d'Élisabeth Borne sur ce sujet. "Nous n’irons pas plus loin que les 43 ans de cotisations [...] mais nous atteindrons cette cible plus vite, en passant à un rythme d’un trimestre par an. Nous serons à 43 ans en 2027", explique la cheffe de Matignon.

Ce n'est pas tout. Il s'agit également de rassurer les LR les plus réticents à la réforme des retraites du gouvernement. Parmi eux, Aurélien Pradié. Candidat lors du congrès de son parti en décembre, il avait fait campagne contre un report de l'âge légal à 64 ans. Invité de LCP lundi, le Lotois a fixé ses "lignes rouges": que le nombre d'annuités cotisées prime sur l'âge légal de départ afin de ne pas pénaliser ceux qui ont commencé à travailler tôt ; revaloriser les petites retraites, y compris pour les retraités actuels ; prendre en compte les congés parentaux dans les cotisations.

Que dit Élisabeth Borne? Sur le premier point d'abord, la Première ministre met en avant un "système juste" permettant à "ceux qui ont commencé à travailler tôt de partir plus tôt", soulignant des améliorations pour les dispositifs de carrières longues.

"Pour ceux qui ont commencé entre 16 et 18 ans […] la retraite sera possible à partir de 60 ans et ceux qui ont commencé entre 18 et 20 ans, elle le sera à partir de 62 ans."

"Elle est où la justice?"

Ensuite, Élisabeth Borne annonce une revalorisation des petites pensions à 85% du Smic net, ce qui représente environ 1200 euros nets et une hausse de 100 euros par mois. Elle indique également avoir "décidé d'intégrer" au projet "la revalorisation des pensions des retraités actuels pour tous ceux qui ont une carrière complète au niveau du Smic". Dernier rapprochement avec la droite: les congés parentaux seront pris en compte.

Balle dans le camp des Républicains désormais. La droite "est satisfaite d'avoir été entendue", fait savoir à la presse Olivier Marleix dans la foulée. Ce mercredi, Bruno Retailleau, patron des sénateurs LR, explique sur France Inter qu'il "ne voit pas comment" son parti "ne peut pas voter" une réforme qu'il "appelle de ses vœux depuis des années".

Pari réussi pour l'exécutif ? Pas si vite. Au même moment, Aurélien Pradié est sur Sud Radio. Pour lui, le compte n'y est pas encore. "Ceux qui ont travaillé avant 21 ans, et en particulier à 20 ans, vont être les grands perdants de cette réforme". Pour eux, "il n'y a rien, sauf la perspective de devoir travailler une ou deux années de plus", juge l'élu qui rappelle son mantra: donner "la primeur [à] la durée de cotisation".

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Au micro de BFTV-RMC, Xavier Bertrand, qui avait soutenu Aurélien Pradié lors du premier tour du congrès LR, chante le même refrain.

"Elle est où la justice?", questionne le président des Hauts-de-France, jugeant que le projet du gouvernement pénalise les plus jeunes qui devront cotiser 44 ans.

Sur la même ligne de cette droite se définissant comme "populaire", Pierre-Henri Dumont constate sur RFI des "trous dans la raquette". Dans son viseur, le fait qu'Élisabeth Borne n'ait pas dit "explicitement" que les petites retraites actuelles "arriveront à 1200 euros". "Pour l'instant, il y a un flou", abonde Aurélien Pradié.

Rapport de force

L'actuel numéro 3 de LR souhaite également "aller plus loin" sur les congés parentaux. "Il faut que l’on regarde de quelle manière on peut revaloriser les trimestres dès lors que vous avez [des] enfants", dit-il.

Pour LR, souvent qualifié de "béquille du gouvernement" par les autres oppositions, il s'agit de laisser une trace importante sur ce texte en infléchissant le plus possible la position du gouvernement. Avec à l'arrivée la chanson entonnée par Bruno Retailleau ce mercredi sur France Inter. La réforme, "ce n'est pas nous qui allons la voter, c'est le gouvernement qui va faire voter la réforme que nous proposons au Sénat depuis plusieurs années", a-t-il fanfaroné.

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Pour l'instant, l'exécutif ne mord pas à l'hameçon et affiche sa fermeté. Questionné à l'issue du Conseil des ministres concernant les annuités pour les plus jeunes, Olivier Véran a répondu: "Ce qui n’est pas négociable c’est l’équilibre en 2030 […] Or, aujourd’hui le fait de demander à des Français de travailler un peu plus longtemps, c’est le corollaire indispensable à l’objectif qui est le nôtre: équilibrer le système des retraites".

Article original publié sur BFMTV.com