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Réforme de l’assurance chômage : pourquoi le gouvernement tient tant à cette mesure aux résultats incertains

La réforme de l’assurance chômage annoncée par Gabriel Attal sera la troisième depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Elle a lieu alors que le débat sur l’aggravation du déficit est houleux, et dans le contexte bien précis des élections européennes.

Gabriel Attal à l’Assemblée nationale, le 26 mars.
Xose Bouzas / Xose Bouzas / Hans Lucas via Reu Gabriel Attal à l’Assemblée nationale, le 26 mars.

POLITIQUE - Du « quoi qu’il en coûte » au « coûte que coûte ». Au 20h de TF1 mercredi 27 mars pour parler déficit, le Premier Ministre Gabriel Attal a fixé deux lignes rouges et annoncé une nouvelle réforme de l’assurance chômage. Ses contours sont encore flous, mais il s’agit de la seule mesure concrète présentée à ce stade par l’exécutif pour rétablir les finances publiques, alors que le déficit public a été officiellement chiffré à 5,5 % du PIB pour 2023.

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Devant les Français sur TF1, le chef du gouvernement n’a évoqué ni la TVA sociale, ni les collectivités territoriales, ni des coupes des dépenses de santé, pistes pourtant distillées ces derniers jours par son ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Ce jeudi 28 mars sur franceinfo, sa collègue du Travail, de la Santé et des Solidarités Catherine Vautrin va même jusqu’à balayer celle sur la prise en charge réduite des affections longue durée : « J’ai dit, je redis que nous ne touchons pas aux affections longue durée », assure-t-elle.

Le levier du travail

Le message est clair : pour réduire le découvert de la France, le gouvernement privilégie le levier du travail. Et en profite pour (tenter de) faire d’une pierre deux coups : réduire le déficit et « en même temps » atteindre l’objectif de plein-emploi à l’horizon 2027 cher au président de la République.

Sur TF1, Gabriel Attal a martelé qu’en 2023, il n’y avait pas eu « de dérapage » sur les dépenses mais a insisté sur les recettes plus faibles que prévu. Sous-texte : l’enjeu n’est pas de réduire la voilure, mais de faire rentrer de l’argent.

Pour autant, pas question de laisser dire que la réforme de l’assurance chômage n’est faite que dans cet objectif. Catherine Vautrin dément vigoureusement ce jeudi : « non, nous faisons cette réforme pour ramener les gens vers l’emploi », assure-t-elle sur franceinfo. Ce qui ne l’empêche pas de reconnaître qu’« avec 5 % (de taux de chômage), on répond aux besoins des offres des entreprises et on règle nos comptes sociaux ».

En déplacement quelques heures plus tard dans l’usine L’Oréal de Rambouillet, Gabriel Attal renchérit sur le même thème : « On doit toujours chercher à avoir un modèle social tourné vers l’activité. (...) Plus vous avez de gens qui travaillent, plus vous avez de recettes pour financer nos politiques publiques. À chaque fois que vous avez un Français qui travaille, c’est moins d’allocations-chômage versées, mais surtout, c’est plus de cotisations sociales qui sont payées (et) plus de recettes fiscales. » Et de conclure : « Donc plus on aura de Français au travail, moins on aura de problème pour équilibrer notre budget. »

Rassurer l’électorat (et la paix sociale)

Réformer l’assurance chômage permet donc de cocher une des principales cases du macronisme sur la valeur du travail. Elle offre en plus deux avantages stratégiques, alors que le Premier Ministre vise une présentation du texte à l’été pour une adoption à l’automne.

Primo, celui de ne pas toucher à son électorat dans un contexte d’élections européennes où la liste de Renaissance et ses alliés commence la course en mauvaise posture par rapport au RN. Ainsi, la première réponse du gouvernement ne concerne pas en premier lieu les retraités, qui sont la catégorie socioprofessionnelle la plus susceptible de voter pour le camp présidentiel en juin.

Selon l’enquête Ipsos pour le CEVIPOF, Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et l’Institut Montaigne du mois de mars, les retraités sont les plus intéressés par le scrutin (60 % se disent « certains » d’aller voter) et c’est aussi la catégorie où Renaissance obtient le plus d’intentions de vote : 26 %, à égalité avec le RN.

Deuxième avantage : l’exécutif mise sur le fait que les organisations syndicales ne parviendront pas à « massivement mobiliser là-dessus » comme sur la réforme des retraites, de l’aveu même d’un proche du Premier Ministre à l’AFP. Dit autrement : même si le texte était présenté avant les Jeux Olympiques, Matignon estime que la mobilisation ne serait pas de nature à gâcher la fête.

Mettre tous ses œufs dans un seul panier ?

Si elle a donc des avantages pour l’exécutif, la réforme de l’assurance chômage n’est pas sans risque. Politiquement tout d’abord : à peine annoncée, le projet a fait l’unanimité contre lui, la gauche accusant Gabriel Attal de vouloir « faire les poches » aux moins favorisés, droite et extrême droite dénonçant « enfumage » et « escroquerie ». Dans ce contexte, et alors qu’au sein même de la majorité des voix s’élèvent pour mettre (aussi) à contribution les ménages les plus aisés, le passage de ce projet au Parlement s’annonce houleux.

Tout miser sur le plein-emploi - un objectif difficilement atteignable -, c’est aussi faire abstraction de facteurs difficiles à anticiper susceptibles de venir perturber les plans. La pandémie de coronavirus et la guerre en Ukraine l’ont montré et (ironiquement) c’est aussi par un facteur difficile à estimer précisément - en l’occurrence la baisse de l’inflation - que Bruno Le Maire a justifié les mauvaises prévisions du gouvernement sur le déficit 2023.

Reste enfin un dernier point, sans doute le plus important : combien rapporterait donc une nouvelle réforme de l’assurance chômage dans les caisses de l’État ? Les contours étant à peine esquissés, il est difficile en l’état d’avancer un chiffre. Mais les analyses de la réforme de février 2023 qui réduisait la durée maximale des droits peuvent donner une indication. Selon les estimations de l’Unedic, les économies réalisées seraient de l’ordre de 4,5 milliards d’euros par an mais pas avant l’horizon 2027 et « si la conjoncture ne se retourne pas ». Pas négligeable, ce chiffre est néanmoins à mettre en perspective avec celui de 18 milliards d’euros qui représente l’écart entre les prévisions du gouvernement pour le déficit de 2023 (initialement prévu à 4,9 % du PIB français par l’INSEE) et le déficit réel, établi donc à 5,5 %.

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