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La réforme de l’allocation-chômage met la Macronie sens dessus dessous

Les députés Renaissance Sacha Houlié, Éric Bothorel et Sylvain Maillard à l’Assemblée nationale le 20 décembre (illustration).
LUDOVIC MARIN / AFP Les députés Renaissance Sacha Houlié, Éric Bothorel et Sylvain Maillard à l’Assemblée nationale le 20 décembre (illustration).

POLITIQUE - Parfois, la bataille des idées se manifeste à travers des « likes ». Exemple avec ce tweet de la députée Renaissance de Paris Astrid Panosyan-Bouvet, relayant une interview dans laquelle elle taille en pièces la volonté de Gabriel Attal d’aller taper dans les allocations-chômage pour combler un déficit plus grave que prévu.

Parmi les personnes qui ont « liké » ce contre-pied à l’exécutif, on trouve plusieurs députés macronistes, comme Anne Genetet, Laurence Maillart-Méhaignerie, Éric Bothorel ou encore Sacha Houlié. Pilier de la majorité, et incarnation de son aile gauche, le président de la Commission des Lois a lui aussi exprimé ses réserves.

« Le gouvernement devra avoir une explication en transparence avec nous. On est d’accord pour inciter au retour à l’emploi ; on est d’accord pour la contracyclicité, adapter en fonction de la conjoncture. Mais pas pour précariser les chômeurs. Ce n’est pas notre philosophie, et ce n’est pas comme ça qu’on fera avancer les choses », prévient Sacha Houlié dans Le Parisien ce samedi 30 mars, quand son collègue de Paris, Gilles Le Gendre, sort aussi les griffes.

« L’urgence n’est pas réformer l’assurance chômage »

« Prise dans l’urgence et au risque d’enfoncer un nouveau coin dans le dialogue social, cette énième réforme vise un objectif strictement financier. La motivation du plein-emploi est un alibi pour lui donner un semblant de vertu », dénonce-t-il auprès du même quotidien. Comme dit plus haut, Astrid Panosyan-Bouvet a elle aussi mené la charge. Alors que le Premier ministre estime que la réduction de la durée d’indemnisation incitera à la reprise d’activité, ce qui générera des recettes supplémentaires pour les caisses de l’État, l’élue de Paris bat en brèche ce calcul.

« Ce qu’on voit, c’est que dans les pays qui ont des conditions plus dures d’indemnisation, il y a toujours des emplois non pourvus. Donc il y a un vrai sujet aujourd’hui sur l’attractivité de ces métiers », détaille la cofondatrice d’En Marche, dont la démonstration a été applaudie par l’ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot, ou encore François Hommeril, président de la CFECGC, le syndicat des cadres.

Dans Le Figaro le 28 mars, Astrid Panosyan-Bouvet a cosigné une tribune avec un député socialiste, Dominique Potier, et un autre LR, Stéphane Viry. Les trois, tous membres de la commission des Affaires sociales, appellent le gouvernement à revoir sa copie. « Les propositions avancées par le gouvernement ressemblent davantage à une mesure d’urgence pour répondre à la situation financière et à la remontée marginale du chômage qu’à une vraie ambition », taclent les signataires.

Maud Bregeon temporise

Des réserves qui sont bien entendues, à en croire Maud Bregeon, députée des Hauts-de-Seine et porte-parole de Renaissance. « Sacha Houlié a raison, précariser les chômeurs n’est pas notre philosophie, et ne doit être notre philosophie », a-t-elle déminé sur France inter ce samedi 30 mars, tout en martelant l’argument gouvernemental, consistant à défendre « un système plus incitatif ».

Soit précisément le postulat que contestent plusieurs élus Renaissance, dont certains s’inquiètent déjà du signal envoyé par cette annonce en pleine campagne des européennes. Qui plus est dans un contexte où le candidat socialiste Raphaël Glucksmann attire dans les sondages les électeurs du centre de gauche déçus par la droitisation l’exécutif, après la réforme des retraites et loi immigration. Deux dossiers qui avaient déjà divisé la majorité. Auprès du HuffPost, un cadre de l’aile gauche fulmine par avance du potentiel effet négatif sur la campagne de Valérie Hayer : « Gabriel Attal assumera… ».

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