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Qu'est-ce qu'un "pogrom", dont parle Delphine Horvilleur pour qualifier les attaques du Hamas contre Israël?

"Un véritable pogrom": quatre jours après les attaques contre Israël, la rabbin et écrivaine Delphine Horvilleur s'est exprimée mardi sur les violences perpétrées par le Hamas dans certaines localités.

Il y a "quelque chose d'inimaginable, voire d'indicible" dans la violence des témoignages, mais "il faut pouvoir dire que c'est un véritable pogrom", a-t-elle affirmé auprès de l'AFP.

Depuis le kibboutz de Kfar Aza, attaqué par le Hamas, le major général de l'armée israélienne Itai Veruv raconte n'avoir "jamais vu une chose pareille de toute (sa) vie". "Nous imaginions ce qu'avaient pu vivre nos grands-mères et grands-pères lors des pogroms en Europe. Mais nous ne l'avions pas revu dans l'histoire récente", ajoute-t-il.

La situation en Israël remet en lumière le terme de "pogrom" - également employé, par exemple, par Marine Le Pen à l'Assemblée nationale -, symbole de la persécution des personnes de confessions juives dans l'Histoire.

Les Juifs accusés de la mort du tsar

D'origine russe, le mot "pogrom" signifie "destruction, pillage". Historiquement, le terme désigne des attaques violentes - meurtres, viols, pillages... - commises à l'encontre de Juifs dans un mouvement antisémite prenant racine dans la Russie tsariste.

Selon le mémorial de l'Holocauste des États-Unis, le premier incident à avoir été appelé ainsi serait une émeute anti-juive à Odessa en 1821. Le terme entre dans l'usage courant avec deux grandes vagues de pogroms en Europe de l'Est et en Russie, où vivent à l'époque environ cinq millions de Juifs, entre 1881 et 1884 et autour de la révolution de 1905. Elles émergent de la diffusion de rumeurs selon lesquelles, en 1881, le tsar Alexandre II aurait été assassiné par des Juifs.

Ces "pogroms", marqués notamment par des attaques et pillages contre des magasins, sont alors surtout le fait de voisins, sous l'instigation de la police tsariste et des autorités politiques et religieuses.

"120.000 morts"

Durant la Première Guerre mondiale, de même que les Juifs étaient tenus responsables de l'assassinat du tsar, ils subissent désormais l'accusation de "judéo-bolchevisme". Après la révolution de 1917 en Russie, ils sont accusés par certains contre-révolutionnaires d'être à l'origine du bolchevisme.

"Ce nouvel antisémitisme nourrit un millier de pogroms, essentiellement en Ukraine et dans le sud de la Biélorussie, qui touchent la moitié de la population juive, font 120.000 morts, autant de victimes de viols et un demi-million de réfugiés", détaille l'encyclopédie numérique de l'université de la Sorbonne.

Cela "conduit aussi, dans une dizaine de cas, à l’extermination de communautés entières".

Cette association des personnes de confession juive avec le bolchevisme sert de ferment pour alimenter la haine et l'antisémitisme durant les deux décennies suivantes.

Importés par les nazis

C'est notamment le cas en Pologne, en Roumanie ou en Hongrie, où résident d'importantes minorités juives. La montée de l'antisémitisme et de régimes autoritaires s'accompagne de plusieurs pogroms épars pendant l'entre-deux-guerres.

À partir de l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en 1933 en Allemagne, la violence de rue contre les Juifs est tolérée voire encouragée, les dirigeants nazis jugeant qu'elle "préparerait" la population aux futures lois antisémites.

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, une campagne de violences orchestrée au plan national, notamment par Hitler et Goebbels, aboutit à un immense pogrom avec des lieux de culte détruits, des commerces pillés et une centaine de Juifs tués. Cet événement est nommé la "nuit de Cristal".

Fuir l'Europe

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des pogroms, avec différents degrés de spontanéité, ont lieu dans différentes villes d'Europe de l'Est, et "s'inscrivent dans la politique allemande d'éliminer systématiquement et entièrement les communautés juives d'Union soviétique".

Le 10 juillet 1941, des habitants de Jedwabne, en Pologne, massacrent en une journée leurs 1.600 voisins juifs. "Ces violences sont combinées à des entreprises de déportations des populations juives vers l'Est", détaille l'université de la Sorbonne.

Les pogroms perdurent dans l'après-guerre. Le 4 juillet 1946, à Kielce, en Pologne, des habitants mènent un pogrom contre des Juifs survivants de la Shoah qui étaient de retour dans la ville.

Selon le mémorial de l'Holocauste, cette peur de telles persécutions a été l'une des motivations qui a poussé une grande partie des Juifs survivants du nazisme à fuir l'Europe d'après-guerre.

Article original publié sur BFMTV.com