Quelles conséquences pour le président Erdogan après la perte d'Istanbul ?

Comment le président turc Recep Tayyip Erdogan va-t-il se remettre du cinglant revers essuyé dimanche par son parti lors de l'acte 2 du scrutin municipal de la capitale Istanbul ?

Dimanche, les 13 000 voix d'avance du candidat de l'opposition Ekrem Imamoglu engrangées lors du premier scrutin annulé en mars dernier ont été multipliées par 60, selon des résultats provisoires.

Un camouflet pour Erdogan, que le parti du président tente pourtant de relativiser :

"Ce sont des élections locales et les électeurs votent pour des motifs locaux, pour la personnalité des candidats, pour des projets au niveau local, et pour un parti" , explique Harun Armagan , ancien haut-dirigeant du parti au pouvoir.  "Si vous interprétez ces résultats comme s'il s'agissait d'une élection nationale, vous pouvez parvenir à de mauvaises conclusions. Istanbul est plus grand que certains pays d'Europe. Par conséquent, son budget et sa gestion sont équivalentes à celle d'un petit Etat. Le vainqueur, Ekrem Imamoglu, va devoir faire ses preuves".

Quelles conséquences nationales ?

Si le parti islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan reste le plus populaire à l'échelle nationale, il recule ces derniers mois, dans un contexte économique difficile, marqué par une inflation à 20% et un chômage élevé.

Les kurdes, ulcérés par la répression brutale exercé contre eux, ont joué un rôle crucial.

Le camouflet est d'autant plus important, que le parti au pouvoir a mobilisé médias et tout ce qu'il peut contrôler pour inverser la tendance du premier scrutin.

"Parce que le président Erdogan a fait campagne si ardemment, cette défaite apparaît aux yeux des capitales européennes comme un coup dur personnel pour le président. Les électeurs, principalement dans la capitale et dans les grandes villes, ont voulu montrer leur opposition contre un système autoritaire lors de l'élection du 31 mars dernier" , explique Marc Pierini, l'ancien ambassadeur de l'UE à Ankara joint par Euronews.

Cette défaite marque-t-elle pour autant le début de la fin pour le président Erdogan ? Tous les yeux sont désormais rivés sur son partenaire de coalition, le parti ultranationaliste MHP. Si ce dernier décidait de rompre son alliance, cela pourrait priver le président d'une majorité au Parlement et le forcer à avancer les prochaines élections générales.