Ryad envoie une liste de doléances au Qatar, Al Djazira s'insurge

par William Maclean et Rania El Gamal
Quatre Etats arabes ayant suspendu leurs relations avec le Qatar ont transmis à Doha une liste de treize requêtes présentées comme autant de conditions à une sortie de crise. /Photo prise le 15 juin 2017/REUTERS/Naseem Zeitoon

par William Maclean et Rania El Gamal

DUBAI (Reuters) - Fermeture de la chaîne de télévision Al Djazira, limitation des relations avec l'Iran, rupture des liens avec des organisations classées terroristes: l'Arabie saoudite et les trois autres Etats arabes qui ont suspendu leurs relations avec le Qatar ont transmis à Doha leurs conditions à une sortie de crise, a annoncé vendredi un responsable d'un des pays.

Dans ce texte, l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l'Egypte présentent au total treize requêtes présentées comme indispensables au rétablissement des relations.

Ils donnent dix jours à Doha pour obtempérer à ces demandes, transmises par le biais du Koweït, qui joue un rôle de médiateur dans le différend.

L'Arabie saoudite et ses alliés du Golfe, ainsi que l'Egypte et le Yémen, ont rompu le 5 juin dernier leurs relations avec l'émirat, qu'ils accusent de soutien au terrorisme et de complaisance envers l'Iran, puis fermé toutes leurs frontières aériennes, maritimes et terrestres.

Le ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Mohammed ben Abdulrahman al Thani, avait déclaré lundi que l'émirat ne négocierait pas tant que les quatre Etats n'auraient pas levé leurs mesures de rétorsion.

Dans le détail, Ryad et ses alliés exigent, outre la fermeture d'Al Djazira, la chaîne de télévision panarabe créée en 1996, et un éloignement avec l'Iran, que le Qatar rompe tout lien avec les Frères musulmans, l'Etat islamique, Al Qaïda, le Hezbollah et le Front Fateh al Cham (ancienne branche syrienne d'Al Qaïda).

La chaîne Al Djazira a dénoncé une atteinte à la liberté d'expression de la part des pays qui ont rompu avec le Qatar.

"Nous affirmons notre droit à pratiquer notre métier de journaliste de façon professionnelle sans céder aux pressions de quelconques gouvernements ou autorités et nous demandons que les gouvernements respectent la liberté des médias pour permettre aux journalistes de continuer à faire leur travail sans intimidations ni menaces", a annoncé sa direction.

RÉPARATIONS FINANCIÈRES

Ryad et ses alliés réclament aussi la fermeture d'une base militaire turque au Qatar - demande à laquelle Ankara, alliée de Doha, a répondu par une fin de non-recevoir.

S'exprimant vendredi matin sur l'antenne de la chaîne de télévision NTV, le ministre turc de la Défense, Fikri Isik, a souligné que la Turquie n'envisageait pas de réexaminer le sort de cette base. "Notre base au Qatar est à la fois une base turque et une base qui préservera la sécurité du Qatar et de la région", a-t-il dit.

La Turquie soutient Doha depuis le début de la crise. Un premier bateau turc chargé de denrées alimentaires a appareillé jeudi à destination du Qatar, où sont arrivés quelques soldats et des véhicules blindés turcs.

L'Arabie saoudite, les Emirats, Bahreïn et l'Egypte demandent aussi aux autorités de Doha l'extradition de toutes les personnes considérées comme "terroristes".

Le Qatar, poursuivent-ils, doivent leur verser des réparations financières pour tout dommage ou coût accumulé ces dernières années du fait de sa politique.

Ils attendent également que le petit émirat cesse d'interférer dans leurs affaires intérieures et étrangères et d'accorder la nationalité qatarie à leurs ressortissants.

Toujours selon ce responsable, s'exprimant sous couvert de l'anonymat, tout accord avec le Qatar sur la base de ces exigences fera l'objet d'un examen mensuel la première année puis trimestriel pendant dix ans.

Le président américain Donald Trump, qui était à Ryad fin mai, affiche une position sévère à l'encontre du Qatar, qu'il accuse d'être un parrain "à haut niveau" du terrorisme.

Mais il a aussi offert son aide aux parties impliquées pour résoudre leurs divergences tandis que le département américain d'Etat s'est dit quant à lui "abasourdi", mardi, que l'Arabie saoudite et ses alliés n'aient fourni aucune preuve à l'appui des accusations de soutien au terrorisme lancées contre l'émirat pour justifier son isolement.

Le secrétaire d'Etat Rex Tillerson a invité le lendemain les pays arabes impliqués dans la crise à remettre à l'émirat leurs doléances afin de normaliser la situation.

(avec Daren Butler à Istanbul; Julie Carriat, Jean-Stéphane Brosse, Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français)

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