Qu’est-ce que la « rivière atmosphérique », qui fait pleuvoir en Californie après la France ?

Ce phénomène, à l’origine des précipitations intenses et des inondations qui ravagent depuis fin décembre la côte ouest des États-Unis, gagnera chaque année en intensité avec le réchauffement climatique.

CLIMAT - Une succession de « rivières atmosphériques » se déversent sur la Californie. Alors que de nouvelles intempéries sont attendues ce dimanche 15 janvier après trois semaines de précipitations inédites qui ont fait au moins 19 morts, le président américain Joe Biden a déclaré l’état de catastrophe majeure dans cet État de l’ouest des États-Unis, le plus peuplé du pays. En cause, un phénomène naturel dénommé « rivière atmosphérique » qui décharge donc des trombes d’eau.

Ces « rivières atmosphériques » sont en fait des bandes d’air chaud et très fortement chargées en humidité qui transportent de grandes quantités de gouttes d’eau, et qui peuvent provoquer des pluies très importantes, détaille le climatologue Robert Vautard, joint par Le HuffPost.

« Les quantités d’eau tombées sont astronomiques »

Le terme « rivière atmosphérique » n’a pas de définition scientifique à proprement parler, précise le chercheur. C’est une manière imagée d’évoquer un phénomène connu et étudié depuis des années. « L’eau s’évapore des océans, puis monte le long de ces fronts et se précipite sur les continents et les océans. Ces mouvements forment une sorte de couloir d’eau atmosphérique qui peut s’étendre très loin dans l’Atlantique ou le Pacifique et peut donner l’impression d’une rivière ».

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Si le phénomène n’est pas exceptionnel, « ce qu’il se passe en Californie est très inhabituel, il arrive qu’il pleuve en Californie du sud, mais jamais de manière aussi prolongée », tient à préciser Robert Vautard. L’État fait en effet face à sa huitième « rivière atmosphérique » en moins d’un mois. Résultat : « ces précipitations extrêmes ont provoqué des crues soudaines, des coulées de boue et des dommages catastrophiques pour la population », déplore l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique.

« Les quantités d’eau tombées sont astronomiques et elles sont tout à fait exceptionnelles, s’étonne encore Robert Vautard. La localisation de ces tempêtes, au sud de l’État, est aussi très surprenante pour un hiver La Niña. » Pour rappel, la Niña est un effet climatique de refroidissement qui se caractérise par une phase froide et favorise normalement les dépressions, mais plutôt au nord de la Californie.

Le réchauffement climatique comme coupable évident

Derrière cette anomalie au niveau des pluies, le réchauffement de la planète joue un rôle prépondérant, comme l’explique très bien le climatologue : « Avec le changement climatique, ces bandes contiennent plus d’humidité, engendrant des pluies de plus en plus intenses. »

C’est en fait une boucle aux effets pervers : plus les températures sont élevées, plus l’eau des océans s’évapore et l’air se charge en humidité, et plus ces phénomènes de « rivières atmosphériques » seront intenses. À chaque degré en plus, l’atmosphère peut contenir 7 % de vapeur d’eau supplémentaire, rappelle Robert Vautard.

Concernant la fréquence de ces phénomènes, les scientifiques ne peuvent en revanche pas certifier que ces rivières dans le ciel seront plus nombreuses dans les années à venir. « Des études montrent que le réchauffement climatique tend à accroître la fréquence de ce phénomène, comme on peut le voir sur la dernière décennie. Mais pour l’instant, nous n’avons aucune certitude », avance dans les colonnes de Libération Françoise Vimeux, climatologue et directrice de recherches à l’Institut de recherche pour le développement.

Si les États-Unis et l’Australie sont fréquemment touchés par des « rivières atmosphériques », l’Europe ne passera pas entre les gouttes de pluies diluviennes dans les années à venir. D’ailleurs, la France a connu une dépression fin décembre-début janvier s’apparentant à ce phénomène, avec pour conséquence les précipitations très importantes vécues autour du Nouvel an.

« Jusqu’au bout, la Saint-Sylvestre 2022 sera extrême et emblématique d’un climat qui change à cause de l’influence humaine. Records de température prévus, mais aussi pluies diluviennes dues à une rivière atmosphérique (...) », rapportait le 31 décembre 2022 Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS et climatologue, sur son compte Twitter. La grande douceur de la fin d’année avait d’ailleurs amplifié le phénomène. Et en moins de trois jours, l’équivalent d’à peu près un mois de pluie s’était déversé sur la Bretagne.

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La tempête Gérard, une « rivière atmosphérique » ?

Le début de l’année 2023 a également été bien arrosé. Il est tombé le 10 janvier, en seulement 24 heures, l’équivalent de trois semaines à un mois de pluie sur le massif des Pyrénées.

Et rebelote ce dimanche : la tempête Gérard arrive en France via la façade ouest et va traverser le pays dimanche 15 et lundi 16 janvier. « Cette profonde dépression provoque un coup de vent de la façade atlantique au nord du pays, avec des rafales proches de 120 km/h en bord de mer et 90 à 100 km/h dans les terres », analyse le météorologue Gilles Matricon sur le site de La Chaîne Météo.

« Magnifique système perturbé aujourd’hui au nord, bien alimenté en eau d’une (modeste) rivière atmosphérique, avec une douceur étonnante (mais qui n’étonne plus) près des Pyrénées : 20 °C », a renchéri ce samedi 14 François Jobard météorologue à Météo France.

Si François Jobard évoque une « rivière atmosphérique » pour expliquer la tempête Gérard, Robert Vautard n’emploierait pas ce terme : « Personnellement, je dirais plutôt que c’est un tourbillon, une dépression qui se creuse très vite, qui provoquera énormément de pluies et d’humidité. »

Malheureusement, ce déluge en France ne sera pas suffisant pour compenser le déficit de pluie depuis le début de l’année 2022. « C’est une bonne nouvelle pour les nappes, mais il faudrait plusieurs épisodes comme cela pour les recharger », complète-t-il alors que la sécheresse de l’été 2023 s’annonce déjà pire que celle de 2022.

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