Qu’est-ce que le "proto", cette drogue non sans risque à la mode chez les jeunes ?

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Le gaz hilarant fait fureur chez les jeunes français...

Depuis plusieurs mois, la consommation de "proto" (ou gaz hilarant) semble en forte hausse chez les adolescents et les jeunes étudiants. Supposé anodin, l'usage du protoxyde d'azote est pourtant loin d'être sans risque. Les autorités sanitaires ont pris les choses en main et multiplient les campagnes de prévention.

"Pour moi, le ‘proto’, c'est synonyme de fête. On se regroupe à plusieurs, on aspire simultanément des ballons de baudruche dans lesquels on a ‘cracké’ le gaz hilarant, et puis on se marre comme des cons ! Le fou rire dure une minute, pas plus, c'est super agréable". Samuel, jeune Lillois de 20 ans, s'est plusieurs fois laissé tenter "par curiosité" par le protoxyde d'azote, comme des milliers d'autres collégiens, lycéens, et étudiants. Et il a "aimé ça".

L'effet recherché est clair : de la joie et de l'euphorie instantanées. "Même si tu es un peu déprimé, le ‘proto’ t'oblige à rire parce que ça contracte les muscles de la mâchoire, indique Samuel. L'avantage de cette drogue, c'est qu'elle est fugace, tu n'as pas les effets du cannabis ou de l'alcool, qui te fatiguent ou te font faire n’importe quoi", témoigne le jeune homme.

"Aux urgences, on donne ce produit aux enfants, quand il faut leur poser des points de suture"

Manipulé par les pâtissiers comme gaz propulseur dans des siphons permettant de faire de la chantilly, le "proto" est aujourd’hui facilement trouvable dans le commerce sous l'apparence de petites cartouches en aluminium, pour une poignée d’euros. Ce gaz est également - et surtout – utilisé à des fins médicales, dans les hôpitaux. "Les anesthésistes en donnent aux patients pour diminuer la douleur, explique Matthieu, médecin généraliste à Marseille. Aux urgences, on fait inhaler ce produit aux enfants, quand il faut par exemple leur poser des points de suture".

Avant de rencontrer un réel succès à partir des années 2010 dans les soirées étudiantes, écoles de médecine en tête, le protoxyde d'azote, détourné à des fins récréatives a vu le jour à la fin des années 90 dans les raves ou les free parties. À cette époque, le gaz hilarant était ainsi consommé "généralement en zone rurale" par des usagers qui revendiquaient "un ensemble de références contre-culturelles comme l’autogestion, le refus du mercantilisme ou l’usage de drogues", explique Clément Gérome, chargé d'études à l'OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies). "Le protoxyde d’azote était alors consommé plutôt en fin de soirée, systématiquement associé à d’autres produits, souvent pour « relancer » et/ou potentialiser les effets des stimulants, MDMA en tête", complète le sociologue.

"J’ai une copine qui a fait un malaise lors d’une soirée"

Si elle semble anodine à première vue, cette drogue peut faire des ravages si elle est consommée à forte dose. "Son usage peut entraîner un risque d'asphyxie par manque d'oxygène, des pertes de conscience avec risque de chutes, des brûlures liées au froid du gaz, et à long terme, il peut y avoir des effets neurologiques, comme des pertes de mémoire ou des hallucinations, indique le médecin généraliste marseillais.

"J'ai une amie qui a fait plusieurs blackouts (pertes de mémoire) après en avoir pris et qui a arrêté, et une autre copine très proche qui a fait un malaise lors d’une soirée", confirme Samuel. Maux de tête, vertiges, engourdissements ou tremblements des bras et des pieds, ou troubles cardiologiques font également partie des effets indésirables de cette drogue hilarante.

Pour prévenir la multiplication des drames (comme le triste destin de Yohan), les autorités sanitaires du pays ont pris les choses en main depuis la fin du confinement. Début juillet, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) et l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) ont publié une mise à jour des données sur le "proto".

L’Anses a recensé 66 intoxications en 3 ans

Ainsi, l'Anses a indiqué avoir recensé pas moins de 66 intoxications sur les 3 dernières années, via des données récoltées dans les centres antipoison. Plus de la moitié des victimes avaient entre 20 et 25 ans et la plupart étaient des hommes. Les deux agences ont fortement recommandé "d’améliorer la réglementation et de mieux informer des risques sanitaires potentiels". L'idée, à terme, c'est de généraliser l'interdiction de vendre ce produit aux mineurs et de proposer un étiquetage spécifique.

En attendant qu'une loi soit votée par le Parlement - probablement en mars 2021 -, la Mildeca (mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) a de son côté lancé une campagne de prévention sur les réseaux sociaux, avec des conseils pratiques en cas d’usage. Ainsi, la mission interministérielle recommande notamment "d'éviter de consommer debout, car la perte d’équilibre peut faire chuter, de respirer de l’air entre les inhalations de gaz pour éviter l’asphyxie, de ne pas multiplier les prises malgré l’effet fugace du produit, et de pas prendre le volant juste après la prise".

La Mildeca insiste également sur le côté absolument pas écologique du produit qui jonche les trottoirs, les parcs et même les fonds marins comme à Antibes, et elle veut inciter les jeunes à ramasser les cartouches métalliques et les ballons jetés par terre. "Les capsules de "proto" en aluminium mettent entre 150 et 500 ans à se décomposer", indique-t-elle.

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