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Punaises de lit: l'Anses alerte sur l'insecticide Sniper, responsable de 206 cas d'intoxications en 5 ans

L'Anses tire la sonnette d'alarme. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail a publié ce mardi 5 décembre un rapport concernant le produit Sniper 1000 EC DDVP.

Il s'agit d'un puissant insecticide contenant du dichlorvos, un produit interdit en France depuis 2013. Malgré cette interdiction, l'Anses rapporte que les Centres antipoison ont enregistré 206 cas de personnes exposées au produit entre janvier 2018 et juin 2023.

En effet, l'insecticide est toujours utilisé pour lutter contre des organismes nuisibles tels que les punaises de lit ou les cafards.

"Ces chiffres peuvent paraître très faibles, mais c'est une toute petite partie de l'iceberg", commente Juliette Bloch, directrice des alertes et des vigilances sanitaires à l'Anses.

Des conséquences pouvant être mortelles

Le dichlorvos est une substance classée comme mortelle par inhalation et toxique par contact avec la peau ou par ingestion. L'Anses explique qu'il peut notamment provoquer des symptômes respiratoires de type asthmatiforme, oculaires et des troubles neurologiques pouvant conduire à la perte de connaissance, ou encore entraîner une allergie cutanée.

Si la plupart des intoxications signalées étaient bénignes, près de 10% étaient de gravité moyenne et 5,5% de gravité forte dont 3 décès, selon l'agence.

Le 29 octobre, un octogénaire est décédé à Lyon des suites d'une hémorragie cérébrale. Une enquête pour "homicide involontaire" a été ouverte car l'homme avait utilisé du Sniper 1000 EC. Si le rôle de l'insecticide dans le décès de la personne âgée, qui avait des problèmes de santé, reste à déterminer par les enquêteurs, le parquet de Lyon a retenu les chefs de "mise en danger de la vie d'autrui" et de "vente non autorisée de produit dangereux" dans l'enquête.

"Il y a eu des cas très graves en particulier un enfant qui a fait un long séjour en réanimation après avoir ingéré un tiers de flacon de Sniper 1000", illustre également Juliette Bloch, qui explique que "les gens utilisent un récipient pour diluer qui n'est pas identifié comme étant un flacon dangereux qui n'a pas de bouchon sécurisé", ce qui favorise les accidents.

Alexandre Woog, chef d'une entreprise spécialisée dans la désinsectisation, expliquait à BFMTV.com que le recours au Sniper est souvent un second choix pour des personnes qui connaissent des difficultés financières: "En général, les gens nous demandent les prix, environ 400€ pour un traitement contre les punaises de lit, et ils répondent qu'ils peuvent acheter un flacon pour moins cher et le faire eux-mêmes", précisait-il.

Augmentation des intoxications

"Même s'il est interdit, c'est un produit courant, très facile d'accès" et "à la mode", détaille Alexandre Woog. Effectivement, le Sniper peut toujours être acheté "via des circuits illégaux". Le rapport de l'Anses montre que les personnes déclaraient principalement s'être procurées le produit sur des marchés (37,1%) ou dans des magasins ou bazars (20%).

Les intoxications sont par ailleurs en hausse puis 104 cas ont été enregistrés entre janvier 2022 et juin 2023. "Cette augmentation est à mettre au regard de la recrudescence des infestations par les punaises de lit ces dernières années", écrit l'Anses.

"On sait que c'est difficile de se débarrasser des punaises de lit et qu'il y a beaucoup de gens qui en sont victimes. On n'est pas très étonnés de voir que des produits dont on dit qu'ils sont très efficaces puissent séduire un public qui n'est pas assez averti", affirme Juliette Bloch.

Dans ce contexte et face à une importante médiatisation des infestations par des punaises de lit, les autorités entendent lancer l'alerte sur la dangerosité du produit. Sur son site d'alerte aux produits dangereux, Rappel Conso, le gouvernement sensibilise les consommateurs depuis le 8 novembre au sujet des flacons de Sniper 1000 EC, en demandant de ne plus les utiliser. Le rappel s'affiche d'ailleurs en page d'accueil du site.

"En cas de doute, on peut toujours appeler un centre antipoison qui pourra dire (si le produit que vous souhaitez utiliser) est une substance autorisée ou non", conseille Juliette Bloch.

Article original publié sur BFMTV.com