Le PS rejoue le Congrès de Reims, version lilliputienne

Qui, de Olivier Faure ou Nicolas Mayer-Rossignol, a le droit de se présenter à cette tribune avec le titre de Premier Secrétaire ? Ce vendredi 20 janvier, au lendemain du scrutin censé les départager, le parti socialiste n’arrive pas à s’aligner sur le nom de son Premier sercétaire.
STEPHANE DE SAKUTIN / AFP Qui, de Olivier Faure ou Nicolas Mayer-Rossignol, a le droit de se présenter à cette tribune avec le titre de Premier Secrétaire ? Ce vendredi 20 janvier, au lendemain du scrutin censé les départager, le parti socialiste n’arrive pas à s’aligner sur le nom de son Premier sercétaire.

POLITIQUE - À croire qu’au PS, les leçons ont du mal à rentrer. Le parti à la rose, humilié à la présidentielle et à peine sauvé par son accord avec la NUPES aux législatives, étale ses divisions à l’issue du scrutin pour élire son Premier Secrétaire. Après qu’Olivier Faure a revendiqué la victoire et alors que Nicolas Mayer-Rossignol s’estime en tête, la direction du parti a annoncé la victoire du dirigeant sortant ce 20 janvier au matin. Comme en 2008, cela n’a rien réglé.

Il y a 15 ans, à Reims, ils étaient à peu près 200 000 socialistes à départager Ségolène Royal et Martine Aubry. C’est finalement la seconde qui s’est imposée, avec 102 voix d’avance. Le contexte est rendu explosif par les accusations de triche, du classique bourrage des urnes aux résultats gardés secrets pour être trafiqués. Les socialistes ne s’épargnent rien, pas même des menaces de poursuite judiciaire. Il faudra l’intervention de la commission de récolement, chargé de vérifier les scrutins, pour calmer le jeu. Le psychodrame dure cinq jours, fait les choux gras de la presse et marque à jamais l’histoire du parti.

Aujourd’hui, les socialistes sont cinq fois moins : à peine 41 000 adhérents à jour de leurs cotisations en ce mois de janvier (23 000 ont voté). Mais n’allez pas croire que parce qu’ils sont moins nombreux, les adhérents à la rose s’entendent mieux.

Urne confisquée et agression

Il est une heure du matin quand Olivier Faure revendique la victoire dans la nuit de jeudi à vendredi. Nicolas Mayer-Rossignol la conteste immédiatement dans les boucles WhatsApp avec la presse. Dans les deux camps, les accusations de triches et malversations fusent. Un communiqué de la direction sortante dénonce l’agression de cinq jeunes socialistes venus en qualité de scrutateurs devant un bureau de vote de Seine-Maritime, département d’élection de Nicolas Mayer-Rossignol. Colère de ses soutiens qui crient à « l’instrumentalisation par les proches d’Olivier Faure.»

Comme une sorte de contre-attaque, les équipes du maire de Rouen s’emploient ensuite à faire remonter toutes les irrégularités dont ils accusent les fauristes. L’ex député du Val d’Oise Philippe Doucet tweete ainsi une vidéo singulière où une secrétaire de section s’insurge contre la confiscation de l’urne par le camp adversaire. « Cette personne n’était pas habilitée à participer au déroulement du vote », se justifie dans un communiqué le camp Olivier Faure.

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À Reims en 2008, les soupçons portaient principalement sur les fédérations du Nord - acquise à Aubry - et des Bouches-du-Rhône, plus favorable à Royal. Aujourd’hui, Nicolas Mayer-Rossignol s’en prend principalement aux résultats dans le Pas de Calais et en Seine-Saint-Denis. Et dire que, quelques heures plutôt, le parti socialiste prônait l’unité au côté des autres mouvements de gauche dans la bataille contre les retraites...

Récolement ou pas récolement ?

Officiellement, le parti a communiqué le nom du vainqueur ce vendredi matin : Olivier Faure devance le maire de Rouen de 393 voix. C’est certes plus que la petite centaine qui a permis à Aubry de l’emporter sur Royal à Reims, mais ce n’est toujours pas assez pour empêcher la contestation du résultat. « Nous sommes en tête de façon claire », martèle Nicolas Mayer-Rossignol ce vendredi midi en conférence de presse, évoquant « plus de 1 000 voix » d’avance sur Olivier Faure. Il en appelle à la commission de récolement « afin de valider le scrutin ».

Quinze ans plus tôt, Ségolène Royal faisait pareil. Alors que, le 22 novembre 2008, le parti donne Martine Aubry gagnante avec un écart de 42 voix, les royalistes obtiennent la réunion de la commission de récolement deux jours plus tard, le 24. Elle ne sera pas concluante pour l’ancienne candidate à la présidentielle, puisque la commission confirme la victoire d’Aubry, avec 102 d’avance le 25 novembre. Dans l’intervalle, les soutiens de Ségolène Royal manifestent devant le siège du PS rue de Solférino, brandissant des pancartes « Les militants demandent un nouveau vote ». La rose semble à deux doigts de se briser.

Ce vendredi, le maire de Rouen comme ses soutiens, dont Anne Hidalgo, ont démenti toute velléité de quitter le PS. Mais un véritable dialogue de sourd s’est installé entre les deux concurrents sur la mise en place de la commission de récolement. Le maire de Rouen assure que sa demande a été refusée, sans que cette information soit confirmée par l’équipe d’Olivier Faure. Dans un communiqué, Pierre Jouvet, porte-parole du parti et d’Olivier Faure réclame seulement la réunion d’une autre commission (celle d’organisation du congrès) pour établir le score « réel » du chef sortant, supérieur selon eux aux premières estimations.

Cette fois-ci, la justice sera-t-elle saisie ?

Nicolas Mayer Rossignol n’entend pas renoncer et se dit prêt à aller « jusqu’au bout de l’épuisement de toutes les voies de droit pour faire respecter le choix des militants. » « S’il faut que la justice se prononce pour annuler un scrutin, pour le tenir à nouveau, nous le demanderons », déclare-t-il. Là encore, il y a un air de déjà-vu. En 2008, Manuel Valls, soutien de Ségolène Royal, lançait les hostilités judiciaires en annonçant une plainte pour faux en écriture dans une section lilloise. Le dirigeant de la fédération du Nord, acquise à Martine Aubry, répliquait par une plainte en diffamation contre Manuel Valls...

Que la saisine judiciaire de Nicolas Maye-Rossignol se concrétise ou pas, le parti socialiste n’en sort pas grandi. Un parlementaire que nous avons contacté refuse de commenter ce qu’il qualifie de « farce ». Même dans le camp des vainqueurs, le succès est amer. Certains élus, pourtant plutôt réactifs d’ordinaire, préfèrent attendre avant de s’exprimer. Un jeune cadre socialiste, qui vivait son premier Congrès, se dit « très triste ». « On m’avait beaucoup parlé de Congrès de Reims.... C’est vrai qu’aujourd’hui j’ai un sentiment de gâchis », nous confie-t-il, franchement désabusé par la tournure des choses, en évoquant, pêle-mêle, une situation « étrange », voire « terrible » pour l’image de la formation.

Après 2008, les cadres du parti socialiste ont tout fait pour faire oublier cet épisode malheureux. Ils y étaient parvenus avec la victoire de François Hollande en 2012. Qui est prêt à prendre d’une telle issue en 2027 ?

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