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Protection des dauphins : les pêcheurs du golfe de Gascogne contraints de rester un mois à quai

Comme plus de 450 bateaux, le Jeannot, ici au porte de La Rochelle le 18 janvier, va rester à quai jusqu’au 22 février.
CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP Comme plus de 450 bateaux, le Jeannot, ici au porte de La Rochelle le 18 janvier, va rester à quai jusqu’au 22 février.

PECHE - Un mois de chômage technique. À compter de ce lundi 22 janvier et jusqu’au 20 février, l’essentiel des bateaux de pêche travaillant dans le golfe de Gascogne ne pourra prendre la mer. Une décision prise pour protéger les dauphins et qui concerne une vaste partie de l’océan Atlantique, du Finistère à la côte basque.

Le gouvernement ne protège pas assez les dauphins dans le golfe de Gascogne, estime le Conseil d’État

C’est le Conseil d’État qui a décrété cette « fermeture spatio-temporelle » qui est amenée à se reproduire au moins en 2025 et 2026. La plus haute juridiction administrative a été saisie par des associations environnementales qui demandaient de réduire les décès de petits cétacés pris accidentellement dans les filets.

On estime à environ 450 le nombre de bateaux français (de plus de 8 mètres) qui sont touchés par cette interdiction, inédite depuis 1945. Le gouvernement a promis des aides financières massives (entre 80 et 85 % du chiffre d’affaires pris en charge par l’État, selon le ministre Christophe Béchu) mais la décision angoisse les pêcheurs sans satisfaire totalement les défenseurs des dauphins.

Les premiers considèrent que l’interdiction de la pêche est totalement disproportionnée au regard du nombre d’animaux concernés. Serge Larzabal qui préside le comité des pêches des Landes et Pyrénées-Atlantiques regrette aussi l’abandon des dérogations initialement prévues pour les navires équipés de caméras ou moyens de dissuasion. Le Conseil d’État a en effet estimé fin décembre qu’elles étaient « trop importantes pour que la fermeture de la pêche ait un effet suffisant sur les captures accidentelles ».

9 000 dauphins morts chaque année

Le Ciem, l’organisme scientifique international de référence, estime à environ 9 000 le nombre de dauphins communs morts chaque année par capture accidentelle sur la façade atlantique française. Selon lui, le niveau dit « soutenable » est à 4 900 décès au maximum ; la population des dauphins du golfe de Gascogne est estimée l’hiver à environ 200 000. C’est pourquoi le Ciem recommande des fermetures de l’espace maritime beaucoup plus longues : trois mois en hiver et au moins un mois en été, périodes de pics de mortalité des dauphins.

L’association Sea Shepherd France déplore « un mur de déni et une diabolisation des ONGs, savamment orchestrés par les Comités des Pêches pour empêcher tout dialogue constructif et détourner l’attention de leurs propres manquements et mensonges ». L’ONG réclame des « mesures qui s’étendent bien plus dans le temps » pour aboutir à une baisse significative des captures.

Et le consommateur dans tout ça ? « Cette fermeture (...) va se traduire par 8 000 tonnes de produits de la mer en moins et représenter une perte de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires pour le mareyage », déjà fragilisé par le Brexit, a prévenu Frédéric Toulliou, président de l’Union du mareyage français (UMF) et de l’association interprofessionnelle France Filière Pêche.

« On est aujourd’hui à 80 % de poisson importé dans l’assiette des Français. Est-ce qu’on veut passer sous les 20 % d’apport, pour importer plus de poissons capturés dans des conditions indignes à l’autre bout du monde ? », met en garde le président du comité national des pêches, Olivier Le Nézet. À court terme, pointent les poissonniers, moins de poissons pêchés en France, cela veut surtout dire des produits plus chers.

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