Pour protéger la haute mer, les États membres de l’ONU s’accordent après 15 ans de discussion

ENVIRONNEMENT - Un grand pas pour la biodiversité marine. Les États membres de l’ONU se sont enfin mis d’accord ce samedi 4 mars, dans la soirée, sur le premier traité international de protection de la haute mer, destiné à contrecarrer les menaces qui pèsent sur des écosystèmes vitaux pour l’humanité.

« Le navire a atteint le rivage », a annoncé, non sans émotion, la présidente de la conférence Rena Lee, au siège de l’ONU à New York samedi peu avant 21h30 (3 h 30 à Paris), sous les applaudissements nourris et prolongés des délégués. Comme vous pouvez le voir dans notre vidéo en tête d’article, la présidente singapourienne de la conférence, Rena Lee, a même versé quelques larmes à l’annonce du compromis.

Un tournant décisif pour la protection de la biodiversité marine

Après plus de 15 ans de discussions, dont quatre années de négociations formelles, la troisième « dernière » session à New York a finalement été la bonne, ou presque. Les délégués ont finalisé le texte au contenu désormais gelé sur le fond, mais il sera formellement adopté à une date ultérieure après avoir été passé au crible par les services juridiques et traduit pour être disponible dans les six langues officielles de l’ONU.

Le ministre français de la Transition écologique, Christophe Béchu a souligné ce dimanche sur Twitter un accord « historique ». « Les États membres de l’ONU disent oui à un traité international pour protéger la haute mer. C’est plus de la moitié de la surface de la planète que nous allons sauvegarder », s’est aussi félicité Emmanuel Macron.

Après deux semaines d’intenses discussions, dont une session marathon dans la nuit de vendredi à samedi, les délégués ont finalisé un texte qui ne peut désormais plus être modifié de manière significative. « Il n’y aura pas de réouverture ni de discussions de fond » sur ce dossier, a affirmé Rena Lee aux négociateurs.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a félicité les délégués, selon un de ses porte-paroles qui a déclaré que cet accord est une « victoire pour le multilatéralisme et pour les efforts mondiaux visant à contrer les tendances destructrices qui menacent la santé des océans, aujourd’hui et pour les générations à venir ».

Le contenu exact du texte n’a pas été publié dans l’immédiat mais les militants l’ont salué comme étant un tournant décisif pour la protection de la biodiversité. « C’est un jour historique pour la conservation et le signe que dans un monde divisé la protection de la nature et des personnes peut triompher sur la géopolitique », a déclaré Laura Meller, de Greenpeace.

De son côté, High Seas Alliance, un regroupement international d’ONG œuvrant pour la protection de la haute mer a salué l’avancée, mais surtout invité l’ONU à adopter au plus vite le texte se lequel se sont accordés les États. « Le nouveau traité va permettre à la gouvernance des océans d’entrer enfin dans le XXIe siècle », salue l’organisation dans un communiqué, qui se félicite notamment que « les effets et la gestion de l’activité humaine à même d’affecter la vie marine » puissent désormais être surveillés au plus près.

La haute mer commence où s’arrêtent les zones économiques exclusives (ZEE) des États, à maximum 200 milles nautiques (370 km) des côtes et n’est donc sous la juridiction d’aucun État.

Aires marines protégées

Même si elle représente plus de 60 % des océans et près de la moitié de la planète, la haute mer a longtemps été ignorée dans le combat environnemental, au profit des zones côtières et de quelques espèces emblématiques.

Avec les progrès de la science, la preuve a été faite de l’importance de protéger tout entier ces océans foisonnant d’une biodiversité souvent microscopique, qui fournit aussi la moitié de l’oxygène que nous respirons et limite le réchauffement climatique en absorbant une partie importante du CO2 émis par les activités humaines.

Mais les océans s’affaiblissent, victimes de ces émissions (réchauffement, acidification de l’eau...), des pollutions en tout genre et de la surpêche. Alors le nouveau traité, quand il entrera en vigueur après avoir été formellement adopté, signé puis ratifié par suffisamment de pays, permettra de créer des aires marines protégées dans ces eaux internationales.

Environ 1 % seulement de la haute mer fait l’objet de mesures de conservations, et cet outil emblématique est jugé indispensable pour espérer protéger d’ici 2030 30 % des terres et des océans de la planète, comme s’y sont engagés l’ensemble des gouvernements de la planète en décembre.

« Les zones de haute mer protégées peuvent jouer un rôle essentiel pour renforcer la résilience face aux effets du changement climatique », a déclaré Liz Karan, de l’ONG Pew Charitable Trusts qui a qualifié cet accord de « réalisation capitale ».

Le traité sur « la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale » introduit également l’obligation de réaliser des études d’impact sur l’environnement des activités envisagées en haute mer.

Partage des bénéfices

Enfin, chapitre hautement sensible qui a cristallisé les tensions jusqu’à la dernière minute, le principe du partage des bénéfices des ressources marines génétiques collectées en haute mer.

Les pays en développement qui n’ont pas les moyens de financer de très couteuses expéditions et recherches se sont battus pour ne pas être exclus de l’accès aux ressources marines génétiques et du partage des bénéfices anticipés de la commercialisation de ces ressources - qui n’appartiennent à personne - dont entreprises pharmaceutiques ou cosmétiques espèrent tirer des molécules miracles.

Comme dans d’autres forums internationaux, notamment les négociations climat, le débat a fini par se résumer à une question d’équité Nord-Sud, ont commenté des observateurs. Avec une annonce vue comme un geste pour renforcer la confiance Nord-Sud, l’Union européenne a promis, à New York, 40 millions d’euros pour faciliter la ratification du traité et sa mise en oeuvre initiale.

Au-delà, elle s’est engagé à consacrer plus de 800 millions d’euros à la protection des océans en général pour 2023 lors de la conférence « Notre Océan » qui s’est achevée vendredi à Panama. Au total, la ministre panaméenne des Affaires étrangères Janaina Tewaney a annoncé que « 341 nouveaux engagements », d’un montant de près de 20 milliards de dollars - dont près de 6 milliards des États-Unis, avaient été pris lors de cette conférence pour protéger les mers.

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