"On m'a proposé 15 millions d'euros": l'auteur du livre sur les Ehpad Orpea raconte les pressions reçues pour stopper son enquête

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Victor Castanet le 26 janvier 2022  - BFMTV
Victor Castanet le 26 janvier 2022 - BFMTV

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Les remous sont encore puissants. La diffusion ce lundi par le quotidien Le Monde des bonnes feuilles du livre Les Fossoyeurs, dans lequel le journaliste Victor Castanet dépeint les graves dysfonctionnements dans les Ehpad gérés par le groupe Orpea, a eu l'effet d'un électrochoc. Dans les jours à venir, le patron du groupe sera convoqué par le gouvernement afin de donner sa version des faits tandis que l'action en bourse d'Orpea a dévissé de manière impressionante, perdant près de 40% de sa valeur en 48h.

Tentative de corruption

Ce mercredi, jour de parution du livre, Victor Castanet était convié sur le plateau de BFMTV afin de retracer l'évolution de l'enquête, qui a débuté il y a trois ans. "Ça a été une enquête longue et difficile", explique-t-il.

"J'ai reçu des pressions et menaces de la part du groupe, tout comme les gens qui ont participé à cette enquête. J'ai eu des sources qui m'ont rencontré, donné des documents, et qui après avoir été contactées ont du jour au lendemain fait machine arrière."

Selon ses propos, il aurait lui-même été victime d'une tentative de corruption. "A la moitié de mon enquête, via un intermédiaire, on me fait une proposition me demandant si j'étais prêt à arrêter mon enquête pour 15 millions d'euros", se rappelle-t-il.

"C'est un sujet tellement sensible. Quand on enquête sur un groupe qui pèse des milliards d'euros, il faut un appui juridique. Il n'y a aucune interrogation ou accusation qui ne soit pas accompagnée par un témoignage à visage découvert. Ça a pris des mois, des années, et je l'ai fait parce que j'ai ces témoignages." 876450610001_6293730604001

Rationnements

Sur le fond de l'enquête, Victor Castanet estime qu'il existe une raison principale à ces dysfonctionnements: l'impuissance de l'État. "Les contrôles de l’État sont défaillants, clairement. J’ai des sources de l’intérieur, des cadres dirigeants de l’entreprise qui me racontaient la facilité avec laquelle ils pipeautaient. Les contrôles étaient prévus à l’avance, ils avaient tout le loisir de prendre des mesures de nettoyage avant qu’ils n'arrivent", assure l'auteur.

Se défendant de faire de l'Ehpad-bashing, l'auteur est revenu sur l'un des points les plus controversés de son ouvrage, celui du rationnement de certains pensionnaires en ce qui concerne la nourriture mais aussi les soins.

"J’ai des témoignages très clairs, c'était trois couches par jour, pas plus, parfois moins. Quand des résidents malades nécessitaient plus, ils ne pouvaient pas avoir plus de protections. C'est un problème systémique, récurrent", assure-t-il.

L'auteur précise également que ce sont les membres du personnel qui l'ont contacté en premier pour témoigner. Selon lui, depuis la publication des bonnes feuilles par le quotidien du soir, de nombreux autres témoignages de familles de résidents s'accumulent.

"Un mail toutes les cinq minutes", précise-t-il. 876450610001_6293730340001

Lors de cette interview, Victor Castanet a également révélé l'existence dans les établissements chapeautés par Orpea d'une sorte de catégorisation des résidents en fonction de leur statut social.

Selon celui-ci, "vous êtes plus ou moins bien traité. Il y a les moins bien lotis, les résidents des unités protégées, avec des troubles cognitifs, eux étaient selon les témoignages, abandonnés. Il y a les résidents valides, moins dépendants, qui souffrent moins des dysfonctionnements. Puis les VIP, des pensionnaires issus du monde du spectacle, d’une famille de gens célèbres de journalistes, de politiques, ils sont mieux traités", détaille-t-il.

"Le groupe fait très attention à son image, aux personnalités médiatiques"

Détournements d'argent public

Dans ce livre, il est également question de la manière dont le groupe Orpea gère l'argent public, qu'il reçoit sous forme de dotations. "Chaque établissement reçoit entre 1 et 2,5 millions d'euros. Tout le personnel soignant ainsi que les produits de santé sont payés par les dotations publiques."

Or, selon le journaliste, Orpea aurait mis en place un système comptable parallèle afin de récupérer une partie de ces sommes.

"On me rapporte que le groupe captait, au moins de manière indirecte, l’argent qui n’allait pas au bénéfice des personnes âgées. C'est un système de rétrocession d'argent. Le groupe a une dotation publique de 10.000 euros pour les protections. A la fin de l'année, ils ont une facture qu'ils doivent remettre. Mais entre temps, le fournisseur lui reverse de l'argent qui va au siège: une partie de ces 10.000 euros, 28% de l'argent public pour ces protections."

Un détournement qui a des répercussions directes. "La qualité des protections baisse puisque le fournisseur a moins d'argent pour les produire."

Article original publié sur BFMTV.com

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