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Le prince Harry vide son sac, mais pourquoi la famille royale ne répond-elle pas ?

Racisme, bagarre avec son frère William... Harry multiplie les révélations dans « Le Suppléant » et dans deux interviews diffusées sur M6 et TF1. En face, pas un mot du palais de Buckingham.

ROYAUME-UNI - « Never complain, never explain » (« Ne jamais se plaindre, ne jamais se justifier »). À l’heure où les révélations du prince Harry, qui publie mardi 10 janvier ses mémoires explosives, monopolisent la Une de la presse britannique et du monde entier, la famille royale reste fidèle à cette devise qui lui est associée depuis plus d’un siècle, et que la reine Elizabeth II respectait tout particulièrement.

L’institution aurait pourtant plus d’une raison de prendre la parole publiquement. Le roi Charles III, la reine consort Camilla, le prince William, Kate Middleton… Personne n’est épargné par les confidences parfois très embarrassantes du prince, distillées depuis début décembre dans une série Netflix, un livre donc, mais aussi deux interviews diffusées en France ce lundi (sur M6 à 19h45 et sur TF1 à 23h10). Mais pas un mot, pas un communiqué de presse n’a jusqu’ici franchi les murs du palais de Buckingham.

« Le prince William a sans doute réagi, en privé, avec de la colère et de la peine que son frère révèle des histoires comme celles-ci, commente Dickie Arbiter, ancien porte-parole de la couronne et aujourd’hui chroniqueur royal, joint par Le HuffPost. Mais vous n’entendrez rien de la part des membres de la famille royale, ils garderont un silence digne. »

Pour ce connaisseur de la famille royale, la couronne ne doit pas prendre part à ce récit contrôlé selon lui par le prince Harry et son épouse Meghan Markle. « Car dans l’hypothèse où le prince William décidait de répondre à ces allégations, par exemple en disant que la bagarre de Nottingham Cottage, où Harry dit que son frère l’a fait tomber par terre, ne s’est pas passée ainsi, les journalistes répondraient : “eh bien que s’est-il passé alors ?” »

« Ils doivent garder le silence, les gens finiront par se lasser et le livre disparaîtra », veut croire Dickie Arbiter.

Dickie Arbiter s’adresse à la presse le 1er juillet 1990 après l’hospitalisation du prince Charles à Cirencester après un accident de polo.
Tim Graham / Tim Graham Photo Library via Get Dickie Arbiter s’adresse à la presse le 1er juillet 1990 après l’hospitalisation du prince Charles à Cirencester après un accident de polo.

Pas de « on »… mais du « off »

Si le palais ne prend pas la parole en « on », les commentaires commencent tout de même à émerger en « off » dans la presse britannique. Dimanche, des proches du prince William ont confié au Sunday Times que l’héritier du trône britannique est « triste », qu’il « gère très bien la situation de l’extérieur mais qu’il brûle à l’intérieur ». L’aîné « reste silencieux pour le bien de sa famille et du pays. Il est une cible facile car Harry sait qu’il ne ripostera pas », expliquent-ils.

« Le prince William se concentre sur le travail qu’il doit poursuivre. Son engagement pour sa tâche est inébranlable », assure aussi un conseiller du prince. « La famille royale a la force de s’inspirer de la reine Elizabeth : montre-toi, ne dis rien, prouve que c’est le rôle que tu as pris en charge avec courage et décence. C’est un contrepoint très puissant à toute cette histoire », défend un autre ami de la famille.

Le revers de cette stratégie est que le public n’entend pour l’instant « qu’une version de l’histoire, celle de Harry, un jeune homme en colère contre sa famille », selon les mots de Dickie Arbiter. Et certaines révélations contenues dans ses mémoires, intitulées Le Suppléant, sont particulièrement corrosives pour sa famille, à quatre mois du couronnement du nouveau roi Charles III. « Le pire » dans ce livre est « la manière dont William est dépeint », estime Richard Fitzwilliams, spécialiste de la famille royale, interrogé par l’AFP. Il y est décrit comme « quelqu’un qui a trahi sa confiance. (...) Quelqu’un qui l’a réellement agressé. Ce n’est pas un portrait très flatteur pour un futur roi », ajoute-t-il.

Le « début de la fin » pour la famille royale ?

La déflagration est telle que certains observateurs s’inquiètent de ses conséquences sur la monarchie. Ce pourrait être « le début de la fin », estime ainsi Catherine Mayer, biographe du roi Charles III, interrogée par le Guardian. Pour elle, les accusations de harcèlement et de racisme, mais aussi les distinctions de classes entretenues par la monarchie, pourraient à terme miner la base de valeurs sur laquelle repose la couronne.

« Je ne pense pas que nous ayons jamais vu quelque chose de semblable, où un membre de la famille royale s’attaque à l’institution de la manière la plus publique qui soit », estime de son côté Craig Prescott, expert constitutionnel de l’université Bangor au Pays de Galles, contacté par l’AFP. « Si cela continue pendant une période significative - cela dure déjà depuis un an ou deux - les gens pourraient bien commencer à songer, devrions-nous commencer à penser à la monarchie d’une manière différente ? Une réforme est-elle nécessaire ? », s’interroge-t-il.

L’ancien attaché de presse du palais Dickie Arbiter préfère cependant relativiser : « Il faut remettre tout cela en perspective : c’est un problème de famille, pas un problème constitutionnel. Et il y a beaucoup de choses dans le livre que Harry lance tête baissée sans vraiment étayer ses propos. » Et sur ce point, seule la famille royale est en mesure de modifier le récit que liront les Britanniques.

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