Publicité

Prévention des génocides : ces pays risquent des tueries de masse en 2023

Près de 800 000 personnes ont été tuées lors du génocide rwandais d'avril à juin1994.
Près de 800 000 personnes ont été tuées lors du génocide rwandais d'avril à juin1994.

À l’occasion de la journée internationale de prévention des génocides, tour d’horizon des pays les plus à risque de connaître des tueries de masses en 2023.

Les génocides n’appartiennent pas qu’au passé. Pour ne jamais oublier les drames et éviter que l’histoire ne se répète, l’Assemblée générale des Nations Unies a créé une journée internationale de "commémoration des victimes du crime de génocide, d’affirmation de leur dignité et de prévention de ce crime" le 9 décembre. La date n’a pas été choisie au hasard puisqu’il s’agit de l’anniversaire de l’adoption de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide. Plus de 70 ans plus tard, plusieurs pays sont à risque de connaître des tragédies similaires.

Depuis 2015, le centre Simon-Skjodt du musée du mémorial de l’Holocauste américain publie un rapport annuel visant à identifier les pays à risques de tuerie de masse, dénommé Early warning project. D’après les dernières données publiées le 29 novembre 2022, le Pakistan, le Yémen et le Myanmar sont en tête de liste.

Le Pakistan

Le mouvement des Talibans du Pakistan, responsable de la plupart des attentats sur le territoire depuis 2001, la présence de l'État islamique et des mouvements séparatistes font craindre de nouvelles tueries de masse sur le territoire. "Cette évaluation des risques se rapporte à la possibilité d'un nouvel épisode", note le rapport. Les lois sur le blasphème "continuent d’inciter à l’augmentation de la violence populaire contre les minorités religieuses" dans un contexte d’inondations à répétition et d’instabilité politique.

Le Yémen

Depuis 2014, les Houthis, membres d'une organisation armée, politique et théologique zaïdite, soutenus par l’Iran, contrôlent le Nord du pays et la capitale. Le reste du pays est aux mains des forces gouvernementales, appuyées par une coalition menée par l’Arabie saoudite. D'après l'ONU, au moins 377 000 personnes ont été tuées, une grande majorité en raison des conséquences indirectes des combats, comme la faim et les maladies. Ce conflit est considéré comme l'une des pires catastrophes humanitaires au monde.

Le Myanmar

Les musulmans du pays, à majorité bouddhiste, ont été forcés à un exode massif vers le Bangladesh après une répression militaire en 2017. Un rapport de l'ONU fait état de 1600 tués et plus de 12000 arrestations. Aujourd'hui, environ 850 000 Rohingyas se trouvent dans des camps au Bangladesh et 600 000 autres membres de la communauté sont demeurés dans l'État Rakhine en Birmanie. Le 21 mars 2022, le chef de la diplomatie américaine a reconnu le génocide des Rohingyas.

Les dernières données mettent également en évidence les pays qui ont été régulièrement classés à haut risque sur plusieurs années (Afghanistan, Éthiopie, Inde et Nigéria) et les pays où le risque estimé a considérablement changé depuis l'évaluation de l'année dernière (Tchad, Zimbabwe, Rwanda et Turquie ).

Les critères d'un génocide

Selon le dictionnaire Larousse, le génocide est un crime contre l’humanité "tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux". Les atteintes volontaires à la vie, à l’intégrité physique ou psychique et les conditions d’existence mettant en péril la vie du groupe, les entraves aux naissances et les transferts forcés d’enfants dans un tel but sont ainsi qualifiés de génocides.

En plus des actes commis, la Convention précise qu’il doit y avoir une "intention avérée" de détruire un groupe pour son appartenance "nationale, ethnique, raciale ou religieuse". Elle ajoute que "la destruction culturelle ne suffit pas", ni "l’intention de simplement disperser un groupe". Ces deux dernières peuvent cependant constituer un crime contre l’humanité.

Trois génocides reconnus dans l'Histoire

Après le massacre de centaines de civils dans la ville de Boutcha, en Ukraine, en avril 2022, le président Volodymyr Zelensky a parlé de génocide. Or, le Pr Didier Rebut, directeur de l’Institut de criminologie et de droit pénal de Paris, souligne dans un article publié dans Le Monde du Droit : si "les victimes ont bien été assassinées ou exécutées à raison de leur nationalité (...), il n’est pas possible de conclure à l’intention de destruction à partir des seuls assassinats et exécutions observés" sans une enquête plus approfondie.

À ce jour, l’ONU reconnaît trois génocides : le génocide des Arméniens commis par l’empire ottoman (1915-1916), le génocide des Juifs par les nazis (1941-1945) et le génocide des Tutsis par les Hutu au Rwanda (1994). D’autres massacres de masse font débat et ne sont pas reconnus comme tels par l’ONU. C’est le cas du massacre des Bosniaques de Srebenica (1995), du massacre de Cambodgiens par les Khmers rouges (1975-1979) ou encore du massacre des Kurdes d'Irak (1988).

VIDÉO - Génocide des Tutsis : « Le silence des mots », le doc en 2 minutes du samedi