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Premier vol 100% durable : une goutte d'eau dans un océan de carburants fossiles ?

Premier vol 100% durable : une goutte d'eau dans un océan de carburants fossiles ?

Parmi plus de 500 vols qui arrivent et décollent aujourd'hui à l'aéroport Heathrow de Londres, l'un d'entre eux porte les espoirs de l'industrie aéronautique.

Il serait difficile de le distinguer des autres Boeing 787, mais cet avion de ligne à destination de New York est exclusivement alimenté par des carburants verts.

Les carburants durables d'aviation (CDA) peuvent être fabriqués à partir de diverses sources non fossiles. Dans le cas présent, le Dreamliner embarque 50 tonnes de carburant dérivé principalement de graisses résiduelles et de déchets de la production de maïs.

Mais les défenseurs du climat n'étaient pas au rendez-vous pour acclamer le départ du vol Virgin Atlantic de Heathrow à l'aéroport JFK à 11h30 GMT.

"Les tentatives actuelles du secteur de l'aviation pour promouvoir les vols "durables" ne sont qu'une distraction écologique qui détourne l'attention de la nécessité urgente de réduire le nombre de vols", déclare Magdalena Heuwieser de Stay Grounded("Rester sur Terre"), un réseau qui milite pour une telle réduction.

Quel est le problème avec les carburants durables d'aviation ?

Les militants affirment que les CDA ne peuvent pas être produits à une échelle suffisante pour réduire de manière significative les émissions de carbone de l'aviation, qui représentent 2,5 % du total mondial.

Environ 100 000 vols partent chaque jour dans le monde. Les CDA, qui sont déjà mélangés en très petites quantités au kérosène traditionnel, représentent moins de 0,1 % du carburant consommé lors de ces voyages.

"Les carburants de substitution ne sont qu'une goutte d'eau dans un océan de combustibles fossiles", déclare Magdalena Heuwieser. "Ils ne se développent pas à une vitesse suffisante pour éviter l'effondrement du climat".

Finlay Asher, un ingénieur aérospatial qui a travaillé pour Rolls Royce - le fabricant du moteur du Boeing - affirme que les CDA "font rarement ce qui est écrit sur la boîte".

"Le carburant qui propulse ce vol Virgin a été produit via un processus qui est une impasse technologique : son utilisation ne peut pas être durablement étendue au-delà de quelques pour cent de l'utilisation actuelle de carburant".

"Il existe une quantité limitée d'huile de cuisson usagée, nécessaire pour fabriquer le CDA, et elle est déjà utilisée dans le biodiesel pour d'autres transports", souligne Helena Bennett, responsable de la politique climatique à Green Alliance UK, sur X.

L'industrie aéronautique est consciente de ce problème. Shai Weiss, directeur général de Virgin Atlantic, reconnaît qu'il n'y a pas assez de CDA actuellement.

"La question est de savoir comment obtenir une production suffisante ici, au Royaume-Uni, dans le cadre d'une révolution industrielle et, plus important encore, dans le monde entier", explique-t-il à la BBC.

Et surtout, alors que l'industrie affirme que les "émissions sur l'ensemble du cycle de vie" des CDA peuvent être jusqu'à 70 % inférieures à celles des carburants traditionnels, les avions fonctionnant avec du vieux pétrole émettent toujours du carbone.

Alors pourquoi les compagnies aériennes qualifient-elles de ''capital" ce premier vol transatlantique de CDA ?

Néanmoins, les compagnies aériennes saluent le vol d'aujourd'hui comme la preuve qu'une alternative plus durable est possible.

"C'est vraiment le seul moyen de décarboniser l'aviation long-courrier, bien plus que d'avoir la flotte la plus récente, a ajouté Shai Weiss. "C'est un accomplissement exceptionnel".

La décroissance n'est pas sérieusement envisagée par les compagnies aériennes. "Penser qu'il est possible d'éliminer l'aviation par magie est d'une naïveté extrême", a déclaré Shai Weiss en réponse à une question de l'expert en voyages Simon Calder, qui lui demandait de réagir aux accusations de "greenwashing" (écoblanchiment).

Le géant du pétrole et du gaz BP est également impliqué dans le projet, qui a bénéficié d'un financement du gouvernement britannique. Le vol a été approuvé par l'autorité de régulation britannique, la Civil Aviation Authority, au début du mois, après les tests et analyses de rigueur.

Il n'y a pas de passagers payants sur le vol VS100, qui doit atterrir à JFK à 14h50 EST (20h50 heure de Paris), mais vous pouvez suivre le voyage en ligne.

Des militants accusent l'industrie aéronautique de faire de l'écoblanchiment lors de la COP28

Les groupes écologistes estiment que la date de ce vol qui fait la une des journaux, deux jours avant le coup d'envoi de la COP28, le sommet des Nations Unies sur le climat, jeudi 30 novembre, n'est pas une coïncidence.

Des compagnies aériennes telles que Lufthansa et Etihad font la promotion de vols "verts" à destination de la COP, en mettant en avant l'utilisation de CDA.

Le transporteur allemand, par exemple, propose "une offre 100% durable" aux passagers qui se rendent à la COP8 à Dubaï depuis l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse et la Belgique.

Les passagers de ces pays se voient proposer un tarif qui promet de compenser à 100 % les émissions de CO2 liées au vol grâce aux CDA. Les passagers de la classe affaires bénéficient en outre d'une navette aéroport-hôtel en limousine électronique.

Chuck Collins, de l'Institute for Policy Studies (États-Unis) et coauteur de l'étude "High Flyers" sur les jets privés, estime que ces derniers seront encore nombreux à la conférence.

"Nous constatons que les adeptes des jets privés sont sur la défensive en ce qui concerne leur mode de transport indéfendable sur une planète qui se réchauffe", déclare-t-il. "Ils utilisent la piètre excuse des CDA, qui ne sont ni durables, ni pratiques, ni scientifiquement réalistes, quel que soit le calendrier, pour réduire rapidement les émissions".

L'industrie aéronautique organisera également un forum de quatre heures lors de la journée de la mobilité de la COP28, le 6 décembre.