Pourquoi la vaccination des femmes enceintes au premier trimestre a posé question

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Mardi 20 juillet, Olivier Véran lors d’une session de questions réponses à l’Assemblée nationale a précisé la liste très restreinte des contre-indications au vaccin, la grossesse n’en faisant pas partie. Il a ainsi confirmé que les femmes enceintes pouvaient se faire vacciner contre le Covid-19 dès le “premier trimestre” de grossesse. (Photo: Wang Yukun via Getty Images)
Mardi 20 juillet, Olivier Véran lors d’une session de questions réponses à l’Assemblée nationale a précisé la liste très restreinte des contre-indications au vaccin, la grossesse n’en faisant pas partie. Il a ainsi confirmé que les femmes enceintes pouvaient se faire vacciner contre le Covid-19 dès le “premier trimestre” de grossesse. (Photo: Wang Yukun via Getty Images)

SANTÉ - C’était l’un des angles morts de la campagne de vaccination contre le Covid et de l’élargissement du pass sanitaire. Pendant le premier trimestre de grossesse, la vaccination n’était pas recommandée pour les femmes enceintes.

Mais mardi 20 juillet, Olivier Véran a précisé lors d’une session de questions-réponses à l’Assemblée nationale la liste très restreinte des contre-indications au vaccin : la grossesse n’en faisait pas partie. Il a ainsi confirmé que les femmes enceintes pouvaient se faire vacciner contre le Covid-19 dès le “premier trimestre” de grossesse.

Pourquoi un tel revirement? Si la vaccination n’était pas recommandée, pourquoi changer maintenant, alors que le déploiement du pass sanitaire se fait plus pressant? Parce qu’en réalité, cette interdiction n’était basée sur aucune donnée scientifique, si ce n’est un principe de précaution.

De solides données sur les femmes enceintes

Jusqu’alors, le vaccin contre le Covid-19 était déconseillé aux femmes en début de grossesse, en raison d’un manque de données, rappelle l’AFP. En effet, par principe de précaution, les femmes enceintes n’ont pas été intégrées aux essais cliniques réalisés avant commercialisation des vaccins.

Depuis, aux États-Unis et en Israël, les campagnes de vaccination ont été massives. Et les femmes enceintes, peu importe leur terme, ont eu accès à la vaccination. Cela représente un échantillon très important de patientes pour surveiller les effets secondaires.

Parmi les différentes études publiées sur le sujet, s’appuyant sur ces populations, une étude publiée en avril dans le New England Journal of Medicine portant sur plus de 35.000 femmes enceintes vaccinées entre décembre et février, n’a pas montré de risques accrus du vaccin pendant la grossesse, ni de complication à la naissance ou pour le fœtus pendant sa vie in utero.

En revanche, il est prouvé que le Covid-19 fait courir de vrais risques aux femmes enceintes, notamment des risques d’accouchements prématurés, de pré-éclampsies (élévation de la pression artérielle et risque d’accouchements prématurés), des soins en réanimation pour les mères comme pour les enfants. Des données confirmées par une méta-analyse (une analyse des données provenant de différentes études) portant sur plus de 430.000 femmes enceintes.

Pourquoi le premier trimestre pose question?

Malgré ces données rassurantes et l’intervention du ministre de la Santé, un flou demeure autour du premier trimestre de grossesse. Interrogé surFranceInfo, Jacky Nizard, gynécologue à la Pitié Salpêtrière à Paris, explique que, traditionnellement, “on évite le premier trimestre, comme pour tout autre médicament ou intervention d’ailleurs en général, et on encourage les patientes à se faire vacciner dès le projet de grossesse, comme ça c’est plus simple”.

Si la vaccination n’était pas recommandée jusqu’à présent au premier trimestre, “elle n’était pas non plus contre-indiquée”, précise de son côté Olivier Picone, gynécologue-obstétricien à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine), membre du Collège national des gynécologues obstétriciens et président du Groupe de recherche sur les infections pendant la grossesse (Grig). “C’est un simple principe de précaution”, détaille-t-il au HuffPost.

Le site du CRAT, un outil de référence pour les soignants et les patients permettant de s’informer en ligne sur les Agents tératogènes (des substances susceptibles de provoquer des malformations sur les fœtus), rappelle toutes les données récoltées sur les études autour de la vaccination des femmes enceintes.

Il y est précisé qu’il est conseillé “si possible de débuter le protocole entre 10 et 20 semaines d’aménorrhée (12 à 22 semaines de grossesse), c’est-à-dire après la fin de l’organogenèse (la formation des organes chez le fœtus) et suffisamment tôt pour que la femme enceinte soit protégée au 3e trimestre”. En revanche, si la première injection a eu lieu au début de la grossesse, “rien ne s’oppose à l’administration de la 2e injection, selon le schéma vaccinal recommandé”, admet le CRAT.

Pour Olivier Picone comme Cyril Huissoud, l’un des secrétaires généraux du Collège national des gynécologues et obstétriciens joint aussi par Le HuffPost, ces précautions viennent plus de la crainte d’un effet d’entraînement que de raisons à proprement parler médicales.

“La fausse couche est un événement fréquent, notamment au premier trimestre. On craint que la patiente qui ferait une fausse couche quelques jours après la vaccination fasse une association fortuite entre les deux alors qu’il n’y a aucun lien de causalité avéré entre des fausses couches plus fréquentes et la vaccination.”

Pas plus de fausses couches que d’ordinaire

Cette crainte n’est pas nouvelle. En 2017, une étude rejetée par deux revues scientifiques avait été publiée dans la revue Vaccine et vivement critiquée alors. Les auteurs faisaient un rapprochement entre le risque de fausses couches pendant le premier trimestre et le vaccin contre la grippe en s’appuyant sur un nombre très limité de cas (17 fausses couches). Ils admettaient que l’âge plus avancé des femmes en question ou d’autres raisons pouvaient tout à fait expliquer ces fausses couches.

Concernant le Covid, le Centre de contrôle des maladies et de prévention aux États-Unis a recruté 4000 femmes enceintes, dont 29% dans leur premier trimestre pour suivre l’action du vaccin sur leur organisme et celui de leur enfant à naître.

Parmi ces 4000 femmes, 14% d’entre elles ont vécu une fausse couche, en grande majorité (92%) pendant le premier trimestre. Mais cela ne veut pas dire que le vaccin a provoqué la fausse couche. En effet, ce pourcentage est concordant avec le nombre de fausses couches que subissent les femmes hors pandémie. Comme le précise l’étude, hors pandémie, 10 à 26% des grossesses s’arrêtent spontanément lors du premier trimestre.

Dans les prochains jours, selon les informations du HuffPost, le professeur Fischer, Président du conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, devrait émettre de nouvelles recommandations, notamment concernant les femmes enceintes, qui iront dans le sens des déclarations d’Olivier Véran.

Vaccination, pass sanitaire... vous avez des questions après les annonces d’Emmanuel Macron? Lisez notre article dédié au pass sanitaire et si vous n’avez pas la réponse, posez votre question à l’adresse suivante vosquestions.coronavirus@huffpost.fr

À voir également sur Le HuffPost : La France face à une hausse inédite des cas de Covid-19, alerte Olivier Véran

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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