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Pourquoi ces politiques parlent « d’ultra-droite » et pas d’extrême droite

POLITIQUE - « Ultra-droite ». Depuis la descente nationaliste organisée samedi 25 novembre à Romans-sur-Isère, cette expression — jusque-là marginale — a fait irruption dans le langage médiatique et politique. On l’a entendue notamment de la bouche de Gérald Darmanin et d’autres responsables politiques, que ce soit pour qualifier ces groupes ou condamner leurs activités et leurs discours.

Mais cette terminologie interroge. Certains se demandent pourquoi on ne parle pas tout simplement de groupes d’extrême droite, puisque cela correspond à leur idéologie, quand d’autres raillent cette curiosité sémantique, imaginant l’irruption prochaine des termes « méga droite » ou « giga droite ». Mais alors, d’où vient cette distinction ?

Comme c’est expliqué par plusieurs spécialistes, de l’historien Nicolas Lebourg au politologue Jean-Yves Camus, il s’agit en réalité d’une classification policière. Une sorte de code visant à désigner un groupe de personnes agissant, à la droite de la droite, en dehors du jeu électoral. C’est pourquoi ce vocabulaire est utilisé dans les communiqués préfectoraux, lesquels se retrouvent ensuite cités comme tel par les médias.

Mais pourquoi « ultra-droite » et non « extrême droite » ? Deux raisons. La première, c’est parce que l’expression « extrême droite » est déjà utilisée par les services du ministère de l’Intérieur pour désigner les formations politiques légalistes, comme le RN ou Reconquête !. La deuxième s’explique par l’histoire des classifications policières.

Une référence à la guerre d’Algérie

En 1994, une refonte des services de renseignement intérieur décidée à la suite d’un scandale provoqué par l’espionnage d’un Congrès du PS débouche sur l’interdiction pour la police de suivre l’activité des partis politiques. En revanche, le suivi d’individus motivés par des idéologies extrêmes est maintenu. Et pour ceux agissant dans le terreau idéologique de l’extrême droite, c’est le terme « ultra-droite », en référence aux « ultras » de la guerre d’Algérie, qui est retenu.

Rappelons-le, il s’agit d’une classification purement administrative, et non d’une définition politique. C’est alors que se posent deux questions : l’apparition médiatique du terme, et sa pertinence dans le débat public. Pour la première, on l’a dit, il s’agit de la reprise sans filtre par la presse du vocabulaire préfectoral. Ce qui, mécaniquement, se retrouve dans la bouche des politiques. Et pour la seconde, cela fait débat.

Car la distinction entre « ultra-droite » et « extrême droite » laisse entendre qu’il existerait une frontière étanche entre les deux groupes désignés, que ce soit sur le plan idéologique ou interpersonnel. Or, rien n’est plus faux. L’extrême droite violente et sa cousine institutionnelle partagent le même fond idéologique, et nourrissent parfois des relations personnelles et militantes.

La porosité entre des partis comme le RN et Reconquête ! et des groupuscules violents a été maintes fois démontrée : de la présence de néonazis au meeting d’Éric Zemmour à son meeting de Villepinte, au soutien exprimé par Marine Le Pen à Génération identitaire après sa dissolution. Un groupe qui était classé « ultra-droite » par les services de police.

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