Pourquoi Pio Marmaï fait polémique à Cannes

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Pio Marmaï le 10 juillet 2021 à Cannes lors de la conférence de presse de
Pio Marmaï le 10 juillet 2021 à Cannes lors de la conférence de presse de

C'est la petite phrase qui, sortie de son contexte, fait polémique depuis vingt-quatre heures sur la Croisette. Samedi, lors de la conférence de presse de son dernier film La Fracture, une comédie dramatique de Catherine Corsini sur les déchirures de la société française, Pio Marmaï s'est lancé dans une tirade où il semble déclarer vouloir "péter la gueule" d'Emmanuel Macron.

"Macron, j'aimerais bien aller chez lui en passant par les chiottes et par les tuyaux et lui péter la gueule, ça évidemment, un peu comme tout le monde, dans l'absolu...", explique le comédien dans une vidéo partagée près de 1.000 fois sur Twitter (et visionnée près de 300.000 fois). La phrase coupée de son contexte a suscité la polémique. Elle a provoqué une montée au créneau de plusieurs élus LREM, dont Christophe Castaner:

"L’appel à la violence n’a sa place nulle part, et votre statut 'd’artiste' ne le rend ni plus intelligent ni plus acceptable", a ainsi répondu sur Twitter le président du groupe LREM à l'Assemblée Nationale. "C’est même l’inverse: vous remportez la palme du propos le plus vulgaire."

D’autres députés lui ont emboîté le pas: "Lorsque le rance et l’apeuprèisme fracturent toute parole qui se voudrait intelligente… Dans l’absolu, l’analyse politique du réel version Pio Marmai lui confère haut la main, la palme d’or du FrancisLalannisme", a écrit Alexandre Freschi, député de Lot-et-Garonne.

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Une phrase du film

La phrase prononcée par Pio Marmaï est en réalité, comme le souligne le critique des Echos Adrien Gombeaud, une "référence à un dialogue du film": "Ce ne sont pas 'ses mots' mais ceux de son personnage qu'il répétait là dans la conférence de presse." Pio Marmaï répondait d'ailleurs à une journaliste lui demandant ce qu'il dirait à Macron si celui-ci l'invitait à projeter La Fracture à l'Elysée.

L'acteur a profité de la question pour détailler le parcours de son personnage, camionneur "gilet jaune" blessé par une grenade tirée par les forces de l'ordre - et dont il a essayé de retranscrire la révolte sans le caricaturer, raconte-t-il non sans émotion: "Je n'ai pas grand-chose à dire à pas grand monde, et certainement pas à Macron. Je ne donne de leçon à personne. Cela dit, ce que j'essaye de raconter en jouant ce mec, c'est qu'il y a cet endroit de la révolte qui touche à l'ordre de l'intime", explique-t-il, avant d'ajouter:

"Quand on pousse des gens à un moment de fragilité et de violence pareilles, c'est sûr qu'il y a un moment où une maladresse peut survenir. Un moment de dureté, de révolte brute. C'est ce que j'ai essayé de raconter: quelqu'un d'un peu dépassé, mais qui veut quand même rester dans une sorte de réalité. C'est comment on essaye de s'accrocher au réel quand on est poussé dans un endroit de fragilité totale. En l'occurrence, Macron, j'aimerais bien aller chez lui en passant par les chiottes et par les tuyaux et lui péter la gueule, ça évidemment, un peu comme tout le monde, dans l'absolu... Mais ce qui est intéressant, c'est comment raconter cette révolte: par la parole? par l'acte de violence? C'est ce que j'ai essayé de raconter."

"Ce n'est pas évident comme trajectoire", renchérit-il. "Je ne voulais pas tomber dans l'excès d'incarnation d'un truc que j'ai pu voir à la télé, des mecs qui cassent ou qui sont sur des ronds-points. Je n'ai aucun jugement sur ça. J'ai été sensible à la trajectoire d'un type qui est dans une sorte de naïveté, qui est assez belle, assez poétique et romanesque. C'est dingue l'existence: c'est quelqu'un qui se prend une grenade dans la jambe alors qu'il veut juste conduire son camion. C'est cette réalité qui m'a ému. Après, si j'avais Macron en face de moi, je lui dirais, 'mon pote, merde, qu'est-ce qui se passe là?' Et malheureusement il n'est pas là."

https://www.youtube.com/embed/MUUmEF9D3ec?rel=0&start=1759

La Fracture raconte l'histoire de Rafaela (Valeria Bruni Tedeschi), une dessinatrice en couple avec Julie (Marina Foïs), une éditrice qui veut la quitter. Lorsque les deux femmes atterrissent aux urgences après une chute de Rafaela, elles rencontrent Yann (Pio Marmaï), un camionneur "gilet jaune" blessé par une grenade tirée par les forces de l'ordre.

Tournée avant la crise du Covid-19, La Fracture fait écho à la situation actuelle des hôpitaux français et des soignants qui dénonçaient déjà avant l'épidémie un manque structurel de moyens. "Avec ce film, j'ai voulu rendre hommage aux soignants qui prennent soin de nous tous", explique la réalisatrice à l'AFP. Le film n'a pas encore de date de sortie.

Article original publié sur BFMTV.com

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